Un été à l’ombre de lectures de Chine…

L’été a pointé son nez la semaine dernière… Je cède à un des marronniers médiatiques et vous propose aujourd’hui une liste de lectures chinoises à emporter sur la route de vos vacances !

La société vue par les auteurs chinois

– Yu Hua, un de mes auteurs chinois préférés, avec Le vendeur de Sang, 1986, et l’excellentissime Brothers, dont je vous parlais il y a peu.

– Jung Chang et Les cygnes sauvages, une fresque familiale sur fond du tourmenté 20e siècle chinois

– Lisa See et son magnifique Fleur de Neige, un voyage dans la Chine féminine du 19e siècle

– Mo Yan avec le très court et bon Maître a de plus en plus d’humour et peut-être Le Pays de l’alcool

La Chine contemporaine par le prisme du polar

– Qiu Xialong, qui excelle dans ce style avec les enquêtes de l’inspecteur Chen dans Mort d’une héroïne rouge, De soie et de sang, et Encres de Chine.

– Peter May, découvert il y a peu et ses Meurtres à Pékin

Des livres pour voyager

Passagère du silence, de Fabienne Verdier, où l’initiation d’une Française à la calligraphie et à la Chine dans la Chine des années 1980

– Ella Maillart avec Oasis Interdites, le récit d’une traversée de l’Asie hors du commun… en 1935 !

– Le très bon Road Book, pour trouver l’inspiration pour ses prochains voyages, en Chine ou ailleurs !

Ou encore…

– un portrait de la société chinoise avec Jean-Luc Domenach et La Chine m’inquiète

– Rachel Delcourt et Shanghai l’ambitieuse, ou un portrait économique de la ville

– une BD pour les amateurs du genre avec l’excellent Une vie chinoise

– et pour finir, un petit hors-sujet avec la magnifique Chronique Japonaise de Nicolas Bouvier

Bonnes lectures et bel été à vous !

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Instant décisif (ou presque) #3: L’orage

L’orage quotidien arrive au-dessus de notre Guest House à Luang Nam Tha, Laos.
(photo non retouchée!)

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De la schizophrénie post-voyage et autres petits étonnements…

Dans le post annonçant mon arrivée en France, Sandro me demandait quel était mon « ressenti » suite à mon retour à la maison mère… Je profite de l’occasion pour ne pas être logique du tout: plutôt que de commencer par le récit chronologique de mon voyage, faisons un saut dans le temps et passons directement à mon actualité…

Neuf jours après avoir atterri à Charles de Gaulle, elle pourrait se résumer en un seul mot: SCHIZOPHRÉNIE, au sens étymologique du terme (pas encore pathologique, enfin du moins je l’espère).
Schizophrénie signifie à l’origine fractionnement de l’esprit, tout un programme me direz-vous… Voici, entre autres, pourquoi:

– ma tête passe de l’Asie à Paris ou de Paris à l’Asie environ (dix, vingt, ?) de trop nombreuses fois par jour.

– mon esprit fait précisément des allers-retours constants entre mes souvenirs de voyage (et envies d’écrire à ce propos) et mes réflexions sur ma vie professionnelle à construire.

– j’ai passé un entretien d’embauche moins de 20 heures après mon atterrissage.

– j’ai très envie de raconter mon expérience passée mais les mots me paraissent si fades que j’ai du mal à dire quoi que ce soit…

– Shanghai et la Chine me manquent (plus que je ne l’aurai cru) mais je suis plus qu’heureuse d’avoir retrouvé ma famille et mes amis ici.

– j’ai très envie de redémarrer une vie posée à Paris et pourtant je réfléchis déjà intensément à ma prochaine (lointaine) destination !

– Paris semble ne pas avoir bougé d’un iota en deux ans, ressemble plus que jamais à un village et pourtant je n’y ai plus de repères…

– Shanghai, quittée le 4 avril, me parait si lointaine, et elle s’approche pourtant le plus de ce qui pourrait aujourd’hui être mon home sweet home

Et à part ceci, quelques uns des autres sympathiques étonnements d’un retour en France après deux années de Chine et 72 jours de route sont les suivants:

– je n’arrive pas à me faire à la lumière du jour qui dure jusqu’à 22 heures passées (dans l’Asie où je me suis baladée, à 19 heures, la nuit tombe, même en juin) !

– je me surprends à écouter avec attention toutes les discussions en français autour de moi (déformation de la voyageuse qui recherche/évite des compatriotes)…

– je me surprends aussi à apprécier les touristes anglophones et à me sentir beaucoup plus proches d’eux qu’avant mon départ.

– je suis ébahie par la non-sympathie des commerçants français !

– je suis épatée par la politesse des Français de la rue (et du métro).

– à propos de métro, les stations parisiennes me paraissent toutes petites et collées les unes aux autres.

– je sais que je suis différente mais je suis un peu moins sûre de savoir qui je suis…

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Instant décisif (ou presque) #2: La douceur

La douceur incarnée dans un petit village près de Muang Sing, Laos

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Un voyage en Asie plus tard – me revoilà !

Je rentre tout juste de mon long voyage en Asie. Comme vous savez, c’était aussi mon voyage « d’adieu » à la Chine (ou peut-être d’à bientôt?), que je quitte après deux années de vie sur place. Un voyage très fort comme vous pouvez vous en douter…

J’ai tellement de choses à raconter: je vous réserve des articles détaillés sur chacune des destinations croisées, mais la liste étant assez longue, j’ai besoin de temps pour tout mettre en ordre, digérer mes émotions, trier mes photos et vous proposer des articles dignes de ce nom…
Et puis je suis en plein ré-organisation de ma vie parisienne (pas une mince affaire), et je dois penser priorités !

En attendant – pas trop longtemps je l’espère – d’entrer dans les détails, voici un petit inventaire de ces semaines sur les routes asiatiques :

Pays visités: Thaïlande, Laos, Cambodge, re-Thaïlande, Inde (par rapport à mon plan initial le Japon a disparu, et l’Inde s’est ajoutée)

Jours voyagés: 72 (au lieu de 99 initialement prévus – 53 jours en couple, 3 jours entre amis, 10 jours seule, 6 jours avec d’autres amis)

Moyens de transport utilisés: avion, bus, train, moto, éléphant, bateau, vélo, taxi, tuk-tuk, pieds.

Et aussi:
. photos: plus de 2.000 prises !
. temples visités: beaucoup, et plus encore…
. fleuves: Mékong très longuement longé, Gange entrevu
. 1 épais carnet de notes achevé
. 1 sac à dos qui est passé de 12,5 à 11 kg
. 1 cérémonie de désenvoûtement-retour de l’esprit effectuée
. des dizaines de cieux observés
. je peux dire bonjour-merci-combien-aurevoir (et parfois un peu plus) en 4 langues de plus
. j’ai de nouveaux amis dans ce bout du monde-là…
. ma conception des voyages est en plein évolution… !

A bientôt, pour plus de détails, et avec pas mal de changements pour ce blog : à suivre!

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Portrait de Chine (12), Hu Mi, chauffeur à Lanzhou

Je suis sur les routes d’Asie d’avril à juillet ; ce billet a été écrit au mois de mars avant mon départ de Shanghai…

Vous souvenez-vous de mon dernier voyage en Chine, du côté de Lanzhou ?
Nous avions fait la route de Lanzhou à Xiahe avec un chauffeur de taxi, avec qui j’avais bien accroché. Les trois heures de route avaient semblé moins longues… et il avait accepté que je l’interviewe !

Qui es-tu ?
Je m’appelle Hu Mi, j’ai 31 ans, je suis de Lanzhou. Mes parents sont aussi d’ici.

As-tu déjà eu envie de partir d’ici pour une autre ville ?
Oui, je me suis déjà dit que ce serait bien, pour le travail surtout… mais c’est trop difficile, surtout pour trouver un endroit où vivre…

Pourquoi as-tu choisi d’être taxi ? as-tu fait des études pour cela ?
J’ai été pendant 8 ou 10 ans à l’école. Et après j’ai suivi deux ans de formation pour être taxi. Je fais ce métier pour gagner ma vie, et aussi car mon père était taxi, lui aussi. J’ai commencé à travailler à 18 ans, et à 21 ans je me suis mis à mon compte.

Comment se passent tes journées ?
Je travaille tous les jours, entre huit et dix heures par jour. Je gagne entre 3.000 et 4.000 rmb par mois.

Es-tu marié, as-tu des enfants ?
Je suis marié et j’ai un garçon de deux ans ! j’ai connu ma femme par le travail : je conduisais pour ses parents. Elle est professeur d’anglais. Elle m’a appris quelques mots, comme ça je peux parler si j’ai des clients étrangers.

Que penses-tu de ta vie ?
Je trouve qu’elle est plutôt bien. Je peux faire des économies. Quand j’ai de l’argent je fais un peu plus de choses, quand j’en ai moins, j’en fais moins…

As-tu un rêve ?
J’aimerai avoir une grande maison… un travail toujours régulier et je souhaite que mon enfant aille bien. C’est ça, mon rêve ! J’aimerai que mon fils puisse étudier, qu’il ait un bon travail… c’est tout : plus on a de grandes attentes, plus la chute est dure…

Quel message souhaites-tu passer aux personnes qui lisent ce blog ?
Mener au mieux votre propre vie…

Retrouvez les précédents Portraits de Chine : Juanjuan, Abby, Catherine, Woody, Wang Qing, Ye Shilan, Tony ,Yani, Tian Jingyang, Rosalyn et Zhou Xiao Liang.

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Lecture: Encres de Chine

Je suis sur les routes d’Asie d’avril à juillet ; ce billet a été écrit au mois de mars avant mon départ de Shanghai…

Je termine un nouveau roman de mon auteur policier chinois favori, Qiu Xiaolong. Il s’agit d’Encres de Chine, le troisième épisode où l’on retrouve l’inspecteur Chen et son adjoint Yu dans les rues de Shanghai, après Mort d’une héroïne rouge, que j’avais adoré et Visa pour Shanghai – que je n’ai pas encore lu. Bon, je sais, j’avais dit que j’essaierai de les lire dans l’ordre, j’avais découvert cet auteur et ses personnages fétiches par De soie et de sang, alors que ce n’était pas le premier de la série. Mais on m’a prêté Encres de Chine et, une fois que je l’avais en main, je n’ai pas pu résister à l’envie de le lire!

C’est donc une nouvelle enquête de l’inspecteur Chen, l’inspecteur de police passionné de littérature, de cuisine et lassé des pressions politiques qui sévissent dans ce Shanghai des années 1990. Une fois de plus, j’ai énormément apprécié la description de tous les personnages, et la narration de leurs difficultés à s’adapter à un monde qui change extrèmement vite. Dans ce livre-ci, c’est aussi la manière de représenter Shanghai qui m’a beaucoup marquée. On est ici à la croisée de deux mondes, avec la vie traditionnelle dans les Shikumen d’un côté, et de l’autre, la génèse d’un des symboles de la nouvelle Shanghai, le complexe New Word (on reconnait facilement Xintiandi) – ou comment faire de l’argent avec de vieilles architectures vidées de leur substance et tournées à des fins capitalistes.
J’ai malheureusement trouvé l’enquête au cœur du roman assez peu palpitante… On suit ici l’enquête autour du meurtre d’une auteure dissidente et j’ai trouvé cette affaire assez longue, et sans assez de suspense à mon goût…
Le retour sur le passé mouvementé de la victime pendant la Révolution Culturelle, période difficile qui est aussi en filigrane du roman, est par contre très fin et édifiant.

De mon point de vue, Encres de Chine vaut tout de même le coût d’être lu. Si l’histoire en elle-même n’est donc pas très prenante, tout le décor qui l’entoure, que ce soit les personnages principaux et secondaires ou la ville en elle-même, sont tellement bien décrits, que ce serait dommage de passer à côté!

Ce qu’en dit la quatrième de couverture:

Une ex-garde rouge devenue dissidente est retrouvée assassinée. Une enquête délicate à mener pour l’inspecteur Chen et son adjoint Yu… Le gouvernement souhaite en effet étouffer l’affaire et fait pression sur la police pour qu’un coupable soit rapidement arrêté. Chercheraient-ils à faire croire que l’affaire n’a rien de politique, en dépit du lourd passé de la victime?
Après Mort d’une héroïne rouge et Visa pour Shanghai, voici de nouveau nos deux enquêteurs plongés dans les secrets de la Chine rouge.

C’est par ici pour acheter Encres de Chine en ligne !

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