Lecture: Encres de Chine
Juin 07, 2011 Art 5

Je suis sur les routes d’Asie d’avril à juillet ; ce billet a été écrit au mois de mars avant mon départ de Shanghai…

Je termine un nouveau roman de mon auteur policier chinois favori, Qiu Xiaolong. Il s’agit d’Encres de Chine, le troisième épisode où l’on retrouve l’inspecteur Chen et son adjoint Yu dans les rues de Shanghai, après Mort d’une héroïne rouge, que j’avais adoré et Visa pour Shanghai – que je n’ai pas encore lu. Bon, je sais, j’avais dit que j’essaierai de les lire dans l’ordre, j’avais découvert cet auteur et ses personnages fétiches par De soie et de sang, alors que ce n’était pas le premier de la série. Mais on m’a prêté Encres de Chine et, une fois que je l’avais en main, je n’ai pas pu résister à l’envie de le lire!

C’est donc une nouvelle enquête de l’inspecteur Chen, l’inspecteur de police passionné de littérature, de cuisine et lassé des pressions politiques qui sévissent dans ce Shanghai des années 1990. Une fois de plus, j’ai énormément apprécié la description de tous les personnages, et la narration de leurs difficultés à s’adapter à un monde qui change extrèmement vite. Dans ce livre-ci, c’est aussi la manière de représenter Shanghai qui m’a beaucoup marquée. On est ici à la croisée de deux mondes, avec la vie traditionnelle dans les Shikumen d’un côté, et de l’autre, la génèse d’un des symboles de la nouvelle Shanghai, le complexe New Word (on reconnait facilement Xintiandi) – ou comment faire de l’argent avec de vieilles architectures vidées de leur substance et tournées à des fins capitalistes.
J’ai malheureusement trouvé l’enquête au cœur du roman assez peu palpitante… On suit ici l’enquête autour du meurtre d’une auteure dissidente et j’ai trouvé cette affaire assez longue, et sans assez de suspense à mon goût…
Le retour sur le passé mouvementé de la victime pendant la Révolution Culturelle, période difficile qui est aussi en filigrane du roman, est par contre très fin et édifiant.

De mon point de vue, Encres de Chine vaut tout de même le coût d’être lu. Si l’histoire en elle-même n’est donc pas très prenante, tout le décor qui l’entoure, que ce soit les personnages principaux et secondaires ou la ville en elle-même, sont tellement bien décrits, que ce serait dommage de passer à côté!

Ce qu’en dit la quatrième de couverture:

Une ex-garde rouge devenue dissidente est retrouvée assassinée. Une enquête délicate à mener pour l’inspecteur Chen et son adjoint Yu… Le gouvernement souhaite en effet étouffer l’affaire et fait pression sur la police pour qu’un coupable soit rapidement arrêté. Chercheraient-ils à faire croire que l’affaire n’a rien de politique, en dépit du lourd passé de la victime?
Après Mort d’une héroïne rouge et Visa pour Shanghai, voici de nouveau nos deux enquêteurs plongés dans les secrets de la Chine rouge.

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5 comments on “Lecture: Encres de Chine

  1. Je suis assez d’accord avec toi, Qiu ne brille pas lar la qualité de son suspense. J’ai lu tous ces romans, celui-ci me semble faire partie des meilleurs quand même temps. Qiu n’est pas du tout représentatif des auteurs chinois car il ne pourrait pas publier un tel roman en Chine. D’ailleurs, il écrit en anglais et ses romans sont traduits, en fait en partie seulement, certains passages, sensibles, sont coupées, selon lui. J’avais écrit un article sur le roman :

    Yue Lige, intellectuelle dissidente, est assassinée dans son appartement. Malgré des congés lucratifs, l’inspecteur Chen suivra cette enquête sensible au niveau politique. Qiu Xiaolong a construit une intrigue assez solide pour tenir le suspense tout au long du livre sans qu’une piste prédomine – meurtre crapuleux? littéraire? vengeance? politique? – toutes sont envisageables.

    Si l’auteur sino-américain a composé un roman policier, l’ouvrage prend d’autres dimensions avec un engagement politique et une dénonciation d’une société des années 90 où l’argent devient roi,  » L’argent est devenu en Chine le seul standard de la réussite ». L’aléatoire couverture sociale des années 90 est égratignée, l’inspecteur Chen fait des traductions en dehors de ses heures de travail, une partie est à destination des frais d’hospitalisation de sa mère. « La traduction avait pourtant du bon. L’hôpital réclamait un acompte avant d’admettre un patient. L’avance tombait à pic car elle couvrait largement la somme exigée. Il n’aimait pas cet aspect des réformes économiques de la Chine. Comment se débrouillaient ceux qui n’avaient ni argent ni relations? » On se rappellera des faits rapportés par les journaux locaux, des cas de malades qui sont morts faute de soin ou encore un directeur d’hôpital qui a accepté une paysanne enceinte mais qui l’a menottée après l’accouchement en attendant le paiement; il a répondu aux journalistes qu’il devait gérer un établissement sans le mener à la ruine. Qiu nous montre que les règlements sont flous, au final l’entreprise de sa mère consent à régler les frais en vertu de son ancienneté et de ses bons services. On croise les laissé-pour-compte de la Nouvelle Chine, tel cet ancien professeur réduit à vendre au noir des billets de train.

    L’omniprésence du politique est bien marquée, le secrétaire du Parti Li explique que « … les autorités supérieures ont toutes raison de souhaiter que nous résolvions l’affaire sans complications politiques. Aussi, nous avons intérêt à la dépolitiser. » On sent bien que le puissant Parti prévaut dans cet état qui cherche son droit.

    Qiu refuse cette amnésie qui consiste à oublier les plaies de l’histoire; la plupart de ses ouvrages évoquent les séquelles de la Révolution non culturelle. « je comprends que l’on souhaite oublier le passé. Mais je n’admets pas qu’on force les gens à ne jamais y penser »

    Pour revenir au terrain plus littéraire, Qiu a su construire une galerie de personnages accrochants, notamment cet inspecteur Chen, amateur de littérature, gastronome, presque ambivalent. Il se trouve dans diverses situations où la faille la menace. Succombera-t-il à la tentation d’une corruption passive en faisant jouer ses relations pour l’homme d’affaires qui le paie et le remercie grassement pour une traduction? Parviendra-t-il à se réfréner face à une très jeune et charmante secrétaire envoyée par son second généreux employeur. Une bonne partie du roman est tout en retenue, on guette le craquement à divers endroits mais Qiu préfère rester dans la nuance au lieu de tomber dans la facilité.

    Si les journalistes aiment les catégories et les hyperboles, il est difficile de les suivre quand ils célèbrent Qiu Xiaolong comme le maître du polar chinois pour diverses raisons. Un écrivain chinois en pleine Chine écrit rarement des attaques aussi frontales; il faut éviter les foudres de la censure et de l’autocensure, les critiques sont plus voilées alors que certains blog d’intellectuels montrent plus de latitude. Qiu n’est pas vraiment représentatif du genre chinois. Par ailleurs, nombre de passages semblent plus à destination de l’étranger avec un brin de pédagogie pour expliquer la situation. Je ne retrouve pas du tout le même style de roman et de critiques auprès des auteurs chinois qui écrivent dans leur langue dans leur pays. Qiu n’écrit-il pas en anglais, ces ouvrages sont traduits en chinois par une autre plume.

    Peu importe, nous avons un bon roman entre policier, découverte d’une Chine en mutation et d’un Shanghai au parfum d’hier et d’aujiourd’hui.

  2. Juste une intrusion sur le billet écrit ainsi que sur le premier commentaire très éclairé de Vatopedi; He jiahong, juriste et criminologue de Beijing a également publié 5 polars dont 4 traduits à ce jour aux éditions L’AUBE. Le premier « crime de sang » (ou la folle dans sa version Italienne), suivi de « L’énigme de la pierre oeil de dragon », puis de « le mystérieux tableau ancien » et enfin « crimes et délits à la bourse de Pékin » méritent le détour.
    L’ordre donné ci-dessus ne correspond pas à celui de l’éditeur qui malheureusement n’a pas du lire les récits……….
    Bonne lecture

  3. Quelle belle histoire!!! Je n’ai lu que ton résumé et je trouve déjà que cette histoire a l’air super bien,je vais chercher ce livre pour le dévorer .

  4. @ Vatopedi: merci beaucoup pour ce commentaire et cette analysé très éclairés en effet !

    @ frank d’Ivry: je ne connais pas He Jiahong, mais je le note dans un coin pour une prochaine fois…

    @ Fredo: bonne lecture alors !

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