11 ans de blog – et un sens à trouver
Avr 04, 2020 Le Chemin 22

Je rouvre enfin le brouillon de cet article en attente depuis quelques temps déjà.
Nous sommes le énième jour de la troisième semaine de confinement. Je suis confinée, vous êtes confinés, nous sommes confinés. Con-fi-né, un mot inusité jusqu’il y a si peu. Entendu à propos de la lointaine Wuhan tout d’abord et qui désormais rythme l’entièreté de notre quotidien, et du quotidien de la moitié de l’humanité…
Je suis confinée, mes deux enfants sont le temps de leur sieste dans les bras de Morphée, j’entends parfois un merle chanter gaiement à ma fenêtre, et une bougie allumée me donne cœur à l’ouvrage.

Des journées confinées s’ajoutent à des journées confinées. Des humeurs parfois optimistes, d’autres fois plus lourdes à porter. Un rythme centré sur les enfants, comme une bouée qui me raccroche imperturbablement au présent. La vie de couple avec ses hauts et ses bas, où rien ne peut être fui, rien ne peut être caché sous le tapis – c’est dans la transparence d’un huis-clos, les yeux dans les yeux, que deux êtres se regardent, s’acceptent, s’apprécient.
Alors que le nombre de ces journées s’allongent, une envie s’impose, comme un murmure au tout début, et avec la puissance d’un cri aujourd’hui : écrire.
L’envie d’écrire, le besoin d’écrire. Entre les colonnes de ce blog ? Ailleurs ? Oser relancer un projet d’écriture jadis abandonné ? Repartir d’une page blanche pour un article de blog ou pour une forme beaucoup plus longue ? Je ne sais point encore.
Et un matin, tomber sur l’article fêtant les dix ans de mon blog. Il y a plus d’un an déjà.
Je célèbre donc aujourd’hui officieusement ou officiellement (je ne sais) les onze ans de mon blog.

Onze ans de blog et plus que jamais un sens à trouver.

Le sens de ce blog a évolué avec le temps. Je listais les différentes étapes dans l’article à propos de cette dixième bougie : témoigner sur ma vision de la Chine était au tout début la mission de mes écrits, puis à mon retour en France, j’ai souhaité conserver un œil voyageur et témoigner de ma vision du monde. Ce fut ensuite le témoignage sur notre vie quotidienne métissée que j’ai voulu partager. Pour finalement assumer que je souhaitais apporter ma contribution à la lutte contre l’étroitesse d’esprit trop souvent présente dans nos espaces de parole publique dès qu’il est question de l’Autre. Un poil ambitieux peut-être…

Et aujourd’hui, je me questionne…
Un sens à trouver. Continuer à écrire, c’est une certitude, la seule peut-être, mais écrire dans quelle direction ?
Écrire sur les voyages ? cela me paraît d’un autre temps, une autre décennie, une autre vie même. Cette envie-là reviendra peut-être. Écrire sur mon quotidien de famille mixte franco-malienne, islamo-chrétienne, sud-nordiste. Peut-être aussi, sans doute même.
Et puis, une idée a germé en ces temps confinés : écrire aussi sur « l’autre histoire », la vraie, pour emprunter les mots de l’écrivain Nicolas Mathieu dans ce post instagram aussi joli qu’engagé. Peut-être oserai-je ?
Depuis quelques jours le brouillon de cet article est donc ouvert. La question plane tourne et virevolte sans lieu d’atterrissage défini : sur quel sujet écrire en cette heure si étrange ? Mettre en lumière des bulles de joie, d’amour et de sérénité, comme j’ai eu envie de m’y essayer ? Partager un optimisme qui se nourrit notamment de ce partage lui-même ?
Ou bien, écrire l’Histoire vraie. Vraie de mon point de vue, tout simplement.
Le point de vue d’une femme française de 37 ans mère de famille et résidant à Paris, une femme qui n’est pas issue du monde des « pontes et des belles personnes », pour emprunter encore les mots de Nicolas Mathieu, qui flirte tout de même parfois à la lisière de ce monde, et qui ne vient pas non plus du plus du très bas de notre société.
Une femme qui, par son ascendance directe paysanne et ouvrière, et par son alliance choisie avec une des nationalités dites les plus pauvres de la planète, a une vue peut-être plus réaliste que d’autres de la vérité de nombre de ses homologues sapiens, et par une suite de hasards, ou de rendez-vous peut-être, a les mots pour le dire.

Une partie de moi est Malienne

L’Histoire vraie…

L’Histoire vraie. Mon histoire vraie. Des histoires vraies… ponctuées des bulles de joie, d’amour, de sérénité et d’optimisme quand même. Quel mélange cela pourrait-il donner ?
Les textes toujours poétiques et parfois engagés de Cabrel comme dans ses « cardinaux en costume » m’inspirent. En quelques mots, en quelques vers justement trouvés décrire le quotidien de quelques-uns…
Je m’étais essayée à partager ces morceaux de vraie vie avec les Portraits de Chine, sous forme d’entretiens. Ce n’était pas vraiment poétique, mais c’était vrai et engagé. Je m’y suis essayée plus récemment avec le portrait de Thérèse, une rencontre qui m’a tant touchée.

L’univers des immigrés africains de France m’inspire.
Combien sont-ils ces anonymes à assurer tant d’emplois qui ne sont plus voulus par nous, Français-bien-nés : aide-soignant, balayeur, vigile, éboueur, caissier, magasinier, livreur ou auxiliaire de vie… Des emplois tous décriés et déclassés. Au-delà du monde médical, ce sont pourtant les occupations qui permettent aujourd’hui à notre France de tourner en mode survie. Et eux ne sont pas applaudis lors de élans de solidarité confinée de 20h.
Par le réseau de ma moitié ou par le mien, je pense connaître et même apprécier une personne exerçant chacun de ces métiers. C’est peut-être d’eux dont je devrais parler un peu plus… J’y songe sérieusement, sous forme d’un roman ou de brefs portraits ici, je ne sais pas encore.

Ou simplement raconter ma version de l’Histoire, autrement dit, ma vie. Partager le carnet de gratitude que je tiens depuis le début du confinement et dont je vous parlais il y a quelques temps ? Vous raconter la faune à plume que je guette avec plus d’acuité chaque jour à ma terrasse ? Décrire peut-être ces moments fugaces et magiques de l’enfance, ceux qui font que mes tout-petits sont des guides pour traverser l’épreuve du confinement ? Raconter aussi les transformations que je vis entre mes deux oreilles depuis quelques mois – la lente révolution de mon esprit, la place croissante de la méditation et du yoga dans ma vie ?
Qui sait, peut-être oserai-je ?…

Enfin, voici deux belles citations m’inspirent en ces jours-ci…

La plume est l’interprète de l’âme ; ce que l’un pense, l’autre l’exprime. -Cervantès

Usage de la fenêtre : inviter la beauté à entrer et laisser l’inspiration sortir. -Sylvain Tesson

Et vous ?

Qu’aimeriez-vous lire sur ce blog, amies lectrices et amis lecteurs ?
Je ne suis plus dans la course aux statistiques depuis bien longtemps, donc si vous êtes arrivé.e à la fin de ces lignes, avant tout, je vous en remercie du fond du cœur… Et je me permets de vous demander : qu’est-ce qu’il vous plairait de lire en ces colonnes, vous qui me suivez depuis une décennie ou depuis une dizaine de jours ?
Au plaisir de vous continuer à partager avec vous mes écrits, et ce jour, de vous lire…

Une direction à trouver… – là, c’était en Colombie Britannique!

22 comments on “11 ans de blog – et un sens à trouver

  1. Ce qui me plairait de lire est ce que tu voudras bien y écrire… car comme le dit si bien Cervantès, que tu viens de citer, « la plume est l’interprète de l’âme  » et c’est pour entrevoir la tienne que nous venons ici ♥

  2. Une idée…En ces temps où les frontières réapparaissent pour  » se protéger des autres » parler de votre expérience de mixité et de ses richesses .

  3. Les portraits de ces immigrés, invisibles mais si essentiels ! Les instants de bonheur avec tes tout-petits qui te portent dans les moments difficiles… et si en plus c’est un « vrai livre »… ô joie ! Ta belle plume à découvrir au calme le soir 😉

  4. Moi, je me permets de partager ma joie de fêter nos 50 ans de mariage.
    C’est ma bulle d’amour d’aujourd’hui.
    J’aimerais bien lire l’histoire de votre vie tout simplement, car l’on perçoit une telle profondeur dans vos écrits.
    J’ai aussi commencé un carnet avec quelques aquarelles
    Amicalement
    Maryse

    1. Tous mes voeux pour votre anniversaire de mariage Maryse, 50 ans – c’est impressionnant !
      Et merci pour vos mots qui me touchent beaucoup. L’histoire de ma vie ? Je vais y songer !
      Amitiés,

  5. Je te lis depuis des années et j’apprécie beaucoup tes écrits. Je serais très intéressée par ces portraits d’immigrés que tu évoques.
    Je suis aussi allée voir le compte instagram dont tu parlais, quel texte effectivement… cela m’a donné envie de lire ce livre, 911, et aussi d’écrire mon histoire de cette histoire…
    Merci pour ce chouette article et ces réflexions !

    1. Ravie que ces lignes t’aient inspiré pour écrire également Aurélie !
      Un grand merci pour ta fidélité et pour avoir pris le temps de laisser un mot ici 🙂
      Amicalement,

  6. Mon avis te permettra de reprendre la plume pour nous parler des nombreux personnages que tu as rencontrés et aimés. Le Portrait est un exercice difficile mais tellement gratifiant pour ceux qui les .decouvrent Avec mon époux qui est dans mon coeur pour toujours depuis son départ vers d’autres cieux..mon compagnon de tant d’annees (60) nous avons dėcouvert dans de nombreux pays d’Afrique la vraie vie…celle de la gaietė, du partage, de la confiance, du sourire des chants et danses. Merci de faire revivre pour moi ces instants précieux qui rėchauffent mes soirées. Alors courage j’attends avec impatience tes beaux écrits
    Affectueusement

    1. Mille mercis Geneviève pour votre mot ici, il me touche beaucoup !
      C’est certain, je continuerai à écrire, et j’espère que mes mots sauront encore vous réchauffer !
      Amitiés!

  7. Je serai toujours heureuse de te lire, quels que soient les sujets que tu abordes. Tu as une belle âme et tes mots résonnent toujours beaucoup en nous, alors fais-toi plaisir ! L’Afrique, le Mali, les voyages, tes enfants, tes humeurs, n’hésite jamais à te livrer si tu en as envie !

    Joyeux anniversaire à ton blog ! 11 ANS, BRAVO !!!

  8. Ton histoire, tes ressentis… j’aime les écritures personnelles et vraies car je sais que c’est difficile de faire tomber les barrières et même les voiles, alors je suis admirative de ceux qui osent et savent trouver les mots enfouis.

  9. Bon anniversaire de blog Aurélie. C’est vrai que nous sommes du même mois ou presque, car je viens de fêter mes 9 ans de blogging. Je serai heureuse de lire ton quotidien confiné, ta révolution de l’esprit, ta vérité, ta réalité en somme. A très bientôt!

    1. Merci beaucoup beaucoup pour ta fidélité Anne ! Et pour ce commentaire aussi.
      Oui, raconter des vies (dont la mienne!) me plait énormément… c’est un exercice auquel je m’emploierai encore beaucoup – c’est certain !
      Amitiés!

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