Rester chez soi – ou l’art de cultiver la joie, l’amour et la sérénité (malgré tout)
Mar 22, 2020 FranceLe Chemin 6

Amies lectrices, amis lecteurs, j’ai déjà partagé quelques lignes à propos de notre inédite situation la semaine dernière, alors que je ne m’estimais pas particulièrement légitime. Ce sentiment perdure, à l’heure où beaucoup de médias et certains grands artistes nous aident à traverser du mieux que possible ces heures étranges… Pourtant, je souhaite aujourd’hui reprendre la plume. Suite à mon premier article « Rester chez soi », j’ai reçu des commentaires, en bas d’article, sur facebook ou partagés personnellement, qui m’ont entièrement encouragée.

Si j’ai déjà apporté un peu d’apaisement à ces vingt personnes qui se sont manifestées auprès de moi, alors le jeu en vaut la chandelle ! Je me remets au charbon.
Une idée occupe mes pensées et une partie de mes journées ces temps-ci : à nous de cultiver la joie, l’amour et la sérénité, malgré tout. A nous de cultiver la joie, l’amour et la sérénité, peut-être aujourd’hui plus que jamais.

Oui la situation extérieure est inquiétante et paraît toujours digne d’un scénario de science-fiction : nous ne maîtrisons rien, ceux qui nous gouvernent font ce qu’ils peuvent pour maîtriser ce qui peut l’être, l’incertitude et son cortège de peurs sont toujours là. A propos de tout cela, à moins d’être soignant, chercheur ou membre du gouvernement, nous ne pouvons rien faire.
Mais nous pouvons tout à fait prendre le pouvoir sur le sens que nous donnons à cette période.
Il est tout à fait légitime d’avoir peur et d’être parfois dépassé par ces peurs. Cela m’est arrivé, cela m’arrivera encore souvent, c’est ainsi. Nous n’avons rien d’autre à faire que d’accepter cette peur.
Aussi, l’espace nous est purement et simplement confisqué.
Mais le temps, lui, nous est donné en abondance. A nous de choisir l’histoire que l’on écrit à partir de là. Soit je choisis de laisser l’incertitude et la peur prendre toute la place dans mon esprit, et finalement dans ma vie, soit je choisis d’orienter mon esprit différemment et de créer des pensées autres.

Pour ma part, j’ai fait mon choix. De manière parfois artificielle et délibérée, d’autres fois très heureusement spontanée, je choisis de cultiver la joie, l’amour et la sérénité…
Si l’espace physique nous est en grande partie confisqué, l’espace virtuel n’a jamais été aussi vaste. Si vous ajoutez la réinvention créative possible dudit espace physique (aussi restreint soit-il), à toutes les possibilités de l’espace virtuel et au temps libre, alors la joie, l’amour et la sérénité peuvent fleurir dans votre quotidien…
Voici quelques pistes, totalement personnelles, dûment testées et approuvées ces jours-ci, qui vous mettront peut-être sur un chemin plus facile pour traverser cette période…
Si certaines d’entre elles ne vous parlent pas, passez évidemment à la suivante, l’idée est simplement de partager ici quelques petites choses qui m’aident à vivre différemment ce présent inédit, et espérons-le, semer quelques graines…

Cultiver la joie

Faisons-nous plaisir : cultivons la joie, la bonne humeur, et tout ce qui nous procure de la satisfaction…

Au rayon musique, nous sommes servis : de nombreux artistes nous ouvrent les portes de chez eux et nous permettent de vibrer avec eux. La plus belle découverte musicale du moment a été pour moi d’entendre ce cher Francis Cabrel sortir exceptionnellement de son silence médiatique. Il nous donne rendez-vous chaque soir sur la page facebook animée par sa fille Aurélie Cabrel. J’ai pour ma part (et pour le moment) adoré les chansons du Jour 2 et du Jour 5… D’autres bonheurs musicaux-confinés sont à venir, une joie rien que d’y penser. Une autre grande joie, celle d’écouter -M- en concert solo (ou presque) dans son salon…
La liste de ces joies musicales pourraient être beaucoup plus longues, mais je me suis promis de ne parler ici que de celles que j’ai testées… et je termine avec les concerts pensés et proposés pour les enfants par Toma Sidibé. Je suis et adore cet artiste aux inspirations maliennes depuis des années, il a enjaillé mes enfants ce premier samedi de confinement. Il nous donne rendez-vous en famille tous les mercredis et samedis sur sa page facebook, et si vous ne le connaissez pas, courrez découvrir sa page youtube bonne humeur à tous les étages !

Une autre chose qui me met régulièrement en joie est la lecture. Je n’arrive pas à m’y adonner en ce moment, les enfants me prenant pas mal de temps et d’énergie, mais si vous le pouvez, lisez ou relisez toute l’œuvre d’Eric-Emmanuel Schmitt ou de Didier Van Cauwelaert, ce sont deux auteurs dont les livres m’ont toujours donné le sourire. Je triche donc ici car je n’ai pas encore lu en ces temps confinés, mais j’écoute par contre des podcasts de lecture, et en écoute énormément avec mes enfants. Ca peut pas faire de mal ou Feuilleton pour moi, OLI ou Des histoires en musique pour eux.

Je réalise que cet article pourrait devenir fleuve et ainsi se desservir, alors abrégeons.
Au rayon de la « culture de la joie », citons aussi : écouter, observer différemment ce que l’on a sous les yeux et que l’on prend peu le temps d’apprécier en général. Ce merle qui s’époumone seul sur la branche en bas de chez nous, ces fleurs de l’année passée qui annoncent un nouveau printemps dans leurs jardinières. Dans l’une d’elles j’ai trouvé hier des escargots et ai créé une escargotière avec mes fils – et hop, un vieux tuperware a fait l’affaire. On a depuis adopté dix escargots de compagnie – dont un qui voulait fuir ce confinement imposé…

Bien sûr cuisiner (avec et) pour ceux qu’on aime gonfle votre stock de joie disponible. Pour ma part, c’est plutôt au rayon gâteaux que je m’exprime, mais qui sait, un jour mes talents s’exprimeront peut-être plus encore ?

Le confinement est enfin un catalyseur de créativité. Qui eut cru que j’arriverais à m’amuser avec mes enfants sur une bande unique de trottoir ? nous y avons inventé hier une folle course poussette contre vélo… Ce jeu dans cet interstice de liberté avait une saveur bien particulière (je précise : nous y sommes restés 15 minutes, nous sommes arrêtés dès qu’un piéton s’avançait et nous sommes scrupuleusement restés à plus de 2 mètres des rares passants passant).

La dernière chose que je souhaite citer ici est le fait d’applaudir nos soignants à nos fenêtres, en communion, tous les soirs à 20h. Qu’il est bon de se sentir unis, même quelques poignées de secondes, et tous tendus dans le même désir… La première fois, j’en ai pleuré. Depuis mes émotions sont ici conjurées en hurlant !

Cultiver l’amour

Cultiver l’amour est pour moi le meilleur antidote à la peur (je vous en parlais dans mon précédent article). Ici, le remède est simple si vous avez des enfants en bas âge (et je suppose que cela marche aussi avec les plus âgés) : les câliner, les câliner encore, et les câliner plus fort encore. Quel bonheur d’avoir mon nez plongé dans leurs cheveux et de ne penser à rien d’autre qu’à cet instant précis…
Évidemment les câlins au conjoint sont aussi plus qu’appréciés. Doublez-les d’empathie, de bienveillance et de solidarité face au quotidien et vous voilà paré d’un bouclier anti-peur…
Au-delà des enfants et de mon conjoint, je suis très très active sur les groupes WhatsApp avec mes amis. Une petite pensée, le partage de la source de joie du moment, le récit du dernier pétage de plomb… Qu’il est bon de sentir qu’on est tous dans la même galère et de se soutenir sans jugement. Évidemment, ces échanges sont aussi bien souvent complétés par de loooongues conversations avec les plus proches, et par des appels vidéos quotidiens avec mes parents…

La dernière manière de cultiver l’amour que je souhaite partager ici est le fait de tenir un carnet de gratitude. Si vous cherchez ce terme sur internet, vous trouverez plein de ressources. Dans mon cas, j’ai simplement ouvert une note sur mon téléphone, où je complète tous les soirs la phrase « Merci la vie pour… » avec au minimum trois réponses. Et les réponses peuvent être aussi variées que « mon fils de 2 ans qui fait ses premières postures de yoga, tout en souplesse », « L’envie d’écrire qui revient », « Toma Sidibe pour son concert pour enfants et sa bonne humeur »… Vous voyez l’idée ? Le fait d’écrire ces choses positives les rend plus présentes dans votre vie et vous aide à y prêter plus d’attention au jour le jour. Essayez et vous verrez !

Cultiver la sérénité

Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre -Blaise Pascal

Pascal est on ne peut plus à propos ces jours-ci… Voici quelques clés qui m’aident à demeurer en repos ces derniers jours et qui ont apporté un peu plus de sérénité dans ma vie.
Avant tout, si vous avez la chance de pouvoir faire des câlins à vos enfants, cela signifie peut-être aussi que vous êtes confinés en mode collés-serrés. La psychothérapeute Sandrine Donzel a proposé une très bonne vidéo « Comment éviter de s’entretuer en famille avant la fin du confinement ? » je vous recommande sans modération…
D’une manière plus générale, j’essaie d’écouter ou lire les actualités avec parcimonie, à savoir quelques minutes trois fois par jour au maximum, pour sortir de la dépendance aux nouvelles tristes ou parfois morbides… Dans mon cas, mes sources d’information uniques sont France Inter et Mediapart auquel je me suis abonnée depuis cette crise. Je ne regarde aucun journal télévisé et évite au maximum les informations partagées sur les réseaux sociaux (pour ne pas tomber dans le piège des fake news)…

Trois dernières pistes enfin : c’est aujourd’hui plus que jamais le bon moment pour apprendre à accepter et comprendre ses émotions. J’écoute régulièrement le podcast Change ma vie, dont je vous parlais déjà la dernière fois. Son autrice nous disait notamment :

La capacité de chacun d’entre nous à diriger ses pensées, à gérer ses émotions, et à agir avec calme et clarté, C’est ça qui fera la différence. 

Je plussoie un peu plus chaque jour…
Ces jours-ci sont enfin idéaux pour adopter une saine routine. La méditation est revenue dans ma vie l’été dernier, et c’est une vraie bouée de sauvetage pour moi en ce moment, et j’y ai ajouté une pratique régulière de yoga, pratique plus qu’aisée en appartement, et j’y joins aussi des respiration pranayama, qui selon un ami indien aide à renforcer son système immunitaire – cette vidéo (en anglais) explique autant la technique que ses vertus.

Et ma dernière suggestion serait d’écouter des intellectuels que vous aimez parler de la crise avec leur recul. Un de mes auteurs voyageurs préférés, Sylvain Tesson a pris la parole dans les médias que la crise, il a notamment été interviewé à la radio. Voici quelques-unes des pépites qu’il a partagées :

La première victoire du virus, c’est la peur.

L’imagination s’est totalement aplatie devant les écrans. Tout d’un coup, elle est obligée de revenir, parce qu’il va falloir occuper les heures. L’imagination va retirer un certain bénéfice de cette crise.

La seule manière de ne pas succomber dans l’effondrement général, et le seul sur lequel on peut intervenir, c’est l’effondrement de soi-même. Ce que j’ai découvert c’est que la seule chose qu’on puisse faire c’est de ne pas engager une lutte contre le temps ; la guerre arithmétique contre les secondes qui passent, si on fait cela on est écrasé.

Peut-être aurais-je semé les graines d’une possibilité de voir les choses différemment ? je vous le souhaite de tout cœur chères lectrices et chers lecteurs !
N’hésitez pas à partager dans les commentaires ce qui pour vous nourrit la joie, l’amour et la sérénité..
Et surtout, prenez soin de vous et de vos proches !

(toutes les photos sauf celle des escargots viennent de unsplash.com)

6 comments on “Rester chez soi – ou l’art de cultiver la joie, l’amour et la sérénité (malgré tout)

  1. Bravo pour cet élan d’amour, de bonheur et de sérénité…. Cela me réconforte dans cet instant difficile où la liberté s’effondre et le temps devient abondant… En effet ce temps qui nous ait finalement accessible, me permet de profiter de chaque seconde de ma fille. Il est parfois difficile de cohabiter avec elle car en bas âge, elle demande beaucoup d’attention. Moi, qui commençait tout juste a prendre du plaisir a prendre soin de moi…
    Ainsi je dois repenser mon organisation et mieux gérer mes émotions. Au delà de notre être, nos émotions, je me suis mise à pousser ma réflexion sur ce qui arrive en ce moment dans le monde. La nature s’exprime et se fatigue…. Violentée par des attitudes humaines abjectes… Elle nous pousse à revoir nos priorités, notre mode de vie et à faire appel à l’essentiel… Qu’est ce que le bonheur ? Comment y accède-t-on ? Quelle est la place de l’amour dans nos vies respectives ? Ou se trouve la sérénité ? Quelles sont nos limites ? Des millions de questions traversent mon esprit….
    En effet l’écriture, la lecture, le sport, le yoga, la meditation et l’art sous toutes ses formes nous renouent avec notre âme, notre etre et notre esprit. Infiniment merci pour ces écrits et tes précieux consiels. Je t’embrasse

    1. Coucou Siouar,
      merci pour ton passage ici et ton commentaire – qui me touche !
      Renouer avec notre âme, c’est un si beau programme … j’espère y parvenir ces prochains jours !
      A très vite, dès que cela sera permis !

  2. Coucou Aurélie,
    Merci pour tes articles, que je prends enfin le temps de lire. Pour la joie, je suis tellement d’accord avec toi: la musique, la danse, le rire, l’observation, la gratitude, le jeu, l’art, il y a tellement de manière de la cultiver. Pour l’amour, je crois que c’est plus compliqué pour les gens qui ne sont pas avec leurs enfants ou partenaires ou que sais-je, mais heureusement qu’il y a le virtuel pour compenser. Pour la sérénité, l’écoute, le travail sur soi, le yoga quotidien, le silence, l’introspection, la relativisation, le moment présent, la créativité… il y a bien heureusement de nombreux remèdes.
    Si les chiffres de l’actualité me donnent des coups (je ne prends les infos qu’une fois par jour, le soir), si mes nuits sont souvent faites d’insomnie, j’ai l’impression de plus en plus cultiver énergie, joie et sérénité au quotidien et je sais que ce sont des leçons que je garderai pour longtemps.
    Pour la musique, j’aime bien les Tiny Desk concerts de NPR, notamment Coldplay ou Taylor Swift, mais il y en a plein d’autres. Prends soin de toi et de ta famille. Je t’embrasse.

    1. Coucou la chère Lucie,
      merci d’avoir pris le temps de me lire… et de venir commenter ici et ailleurs !
      J’ai laissé ton commentaire longtemps ouvert, ne sachant pas que répondre sur le point « l’amour c’est plus compliqué pour les gens qui ne sont pas avec leurs enfants ou partenaires ou que sais-je »… Car en effet, j’avais cela en tête en rédigeant cet article, et ne voulais blesser personne sur ce point.
      Et oui je pense que le virtuel peut pallier à cela, on peut ressentir de vraies émotions en étant en contact uniquement virtuel. C’est ce que je nous souhaite à toutes et tous!
      Et merci aussi pour tes recommandations!
      A très vite…

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