Catégorie : Afrique

Nouakchott – 8 ans avant… #1

Cela n’apparaît pas de prime abord sur ce blog, mais une de mes premières passions pour l’étrange étranger a été la passion de l’Afrique. Passion née de mon hasardeuse rencontre avec la danse africaine, juste après le lycée, et passion qui a continué pendant toutes mes études, avant que la rencontre avec la Chine fasse passer le continent asiatique en tête de mes destinations de séjour pour plusieurs années.

L’Afrique, parce que la danse et pour bien d’autres raisons, a toujours eu une place de choix dans mon cœur. Je n’ai pas prévu d’y revenir à ce jour, mais cela viendra c’est certain.
En attendant, je souhaite partager avec vous ma rencontre avec la Mauritanie. Ce n’était pas la première fois en Afrique, mais c’était une expérience forte. J’avais 21 ans, j’étais partie rendre visite aux parents de mon ami d’alors, T., qui était lui même Béninois. Ces entrevues, impressions sont celles de l’époque. Même si cette expérience a été difficile, je n’aurai sans doute pas le même regard aujourd’hui, mais j’ai pris le parti de rester fidèle à ces écrits d’il y a huit ans…

Mise à jour de février 2014 : j’ai eu des commentaires très pertinents (et parfois passionnés) suite à ces deux articles (à lire sur la suite de ce récit de voyage en Mauritanie), et je réalise que mes propos ont pu blesser et paraître superficiels.
Alors, oui, je suis passée à côté d’un pays que je suppose extraordinaire. Ma vision était totalement biaisée par les conditions d’accueil suscitées. Je n’enlèverai pas ces lignes de mon blog, car je les ai ressenties telles quelles à une époque, mais je reprécise ici qu’elles ont été rédigées « à chaud » et par une jeune femme de 21 ans, qu’elles sont totalement subjectives et ne reflètent en rien la réalité de la Mauritanie dans son ensemble.

Nouakchott, capitale de la Mauritanie – pays d’Afrique de l’Ouest situé entre le Maroc et le Sénégal. Comment décrire la Mauritanie ? Longue côte sur l’Océan Atlantique, beaucoup de déserts, peu d’hommes (3 millions) et voilà tout…
Le récit qui suit n’est en rien objectif, je raconte ce que j’ai vu et ressenti sur Nouakchott de mon petit point de vue, au bout de 18 jours de voyage. Je n’avais aucune idée sur ce pays avant de partir. Du genre curieuse et optimiste, pour la première fois, à la fin d’un voyage, j’étais contente de rentrer en France. C’est ce sentiment inhabituel qui m’a donné envie d’écrire et de témoigner de ce que j’ai vu, de ce qui m’a étonné et choqué.
Je précise mon point de vue : européenne séjournant dans une famille négro-africaine catholique, car si j’avais été accueillie dans une famille maure, mon voyage aurait sûrement été très différent. Ce récit est très marqué par ce que j’ai vu mais aussi par les histoires racontées par mon entourage – notamment la maman et les amis de la famille. Précisons que les parents de T. vivent à Nouakchott depuis les années 1960.

Commençons par les hommes. La population mauritanienne est très hétérogène. Il y a des Maures blancs (issus des populations berbères du Nord du Maghreb de la même couleur que les Arabes), des Maures noirs (type touareg du désert) et des Négro-africains (souvent issus des pays voisins comme le Sénégal). Ces trois populations ne s’entendent pas, mais pas du tout ! Le racisme est évident dans les propos et dans les gestes : les populations ne se mélangent jamais, se parlent peu et les critiques et coups bas d’une population envers l’autre vont bon train. L’esclavage est encore en vigueur dans certains coins du pays, pas à Nouakchott a priori mais dans les autres villes plus reculées.

J’ai du mal contre les idées reçues, mais aujourd’hui je comprends mieux pourquoi T. et sa famille n’aiment pas les Maures blancs. Comme ils sont noirs de peau, il reçoivent des remarques à longueur de journée, des regards méchants. Et vivent des injustices : le Noir est forcément coupable s’il y a un problème. Des gens sont souvent mis en prison une nuit sans raison. Et ce qui est fait en prison, je ne préfère pas le savoir… On me raconte par exemple qu’une Noire vient de se faire tabasser car elle a simplement demandé à un Maure de régler sa dette…
Historiquement, j’ai cru comprendre que les Maures noirs étaient les premiers habitants sur le territoire de la Mauritanie ; ont suivi les Maures blancs puis les Négro-africains. Ces derniers sont très mal intégrés : beaucoup ne parlent aucune des deux langues nationales (arabe et français), ils n’ont droit à aucun poste à responsabilité ou à de haut salaire et toute promotion sociale leur est quasiment impossible. Les Maures noirs ne sont pas non plus très intégrés : ils sont vus comme des rebelles.
D’une manière générale, tous les postes de pouvoir ou d’argent sont détenus par les Maures blancs. Il n’y a par exemple qu’un seul ministre noir dans l’ensemble du gouvernement, et tous les Noirs vous diront que c’est seulement pour faire joli…
La maman m’a raconté qu’il y a eu dans les années 1985 une espèce de barbarie entre les Maures et les Négro-africains. On reprochait alors aux Sénégalais de s’être enrichis sur le dos des Maures. S’en est suivie une guerre civile dans la capitale où tous les Noirs étaient pourchassés et tués.
Pour comprendre cette situation, il faut remonter à la formation de la ville. Ca ne remonte qu’aux années 1960 : une ville a été construite ex-nihilo après la décolonisation. Des immigrants sont arrivés du désert (plusieurs vagues d’immigration suite à des sécheresses) et des pays voisins. Des Négro-africains sont venus du Sud fuir la misère de leur pays et ont tenté de remonter vers le Nord.
La Mauritanie est en effet le dernier pays en remontant de l’Afrique de l’Ouest vers l’Europe où les frontières sont assez perméables. Ceux qui essaient de remonter plus loin se heurtent à la guerre du Sahara Occidental, au Sud du Maroc. Les rêves d’Europe échouent donc en Mauritanie.
« Echouer en Mauritanie » me paraît le terme le plus approprié. On arrive là par hasard, bloqué dans sa remontée vers le « paradis » européen. Et puis on y reste car on peut s’y installer facilement, sans trop de problèmes. Mais on échoue aussi ici : il n’y a rien à y faire. « C’est un trou » me disait un ami camerounais. L’idée est assez bonne : on y tombe dedans sans faire attention et on n’en sort pas…

Deux jours après notre arrivée a eu lieu une tentative de coup d’état…

La suite d’ici quelques jours !

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