Aïssata Kouyaté, griotte des temps modernes
Nov 04, 2014 AfriqueAfrique à ParisArt 4

Je connais Aïssata Kouyaté depuis quelques années déjà. Dès que j’ai suivi mon premier cours de danse avec elle, j’ai été sous le charme. Son sourire, sa grâce et sa légèreté dans la danse m’ont plu au premier coup d’œil. Des années après, rien n’a changé, au contraire. Au bout de quelques cours, je me suis rapidement rendue compte qu’elle n’était pas seulement une talentueuse danseuse. Aïssata est une griotte, au sens le plus noble du terme.

Rencontre, à l’occasion de la sortie de Mandé, son dernier album.

Aissata Kouyate

Peux-tu te présenter ?

Je suis Aïssata Kouyaté, je viens de Guinée. Je viens de Kissidougou, du côté forestier de la Guinée. Je suis née plus à l’Est mais j’ai vécu longtemps à Kissidougou.

Que signifie griotte des temps modernes (le nom d’artiste qu’on voit sur ton site) ?

Etre griotte ne signifie pas seulement chanter pendant un mariage. Griotte des temps modernes signifie mélanger plusieurs styles de musique. Et au-delà du mélange dans ma musique, j’espère aussi toucher des publics variés.

Qu’est-ce qui est griot en toi ?

Les griots sont des conteurs, et je suis conteuse. Quand on entend de la musique, on peut chanter. Dès que j’entends la moindre note, je peux chanter, vraiment… J’ai travaillé avec des artistes très variés. Avec Mory Kanté par exemple, avec le trio de jazz Andouma, mais j’ai aussi travaillé avec des pianistes classiques… Et c’est là que j’ai commencé à faire des mélanges.

Comment es-tu arrivée en France ?

Je suis arrivée en France en 1990, j’avais 17 ans. Avant ça, j’étais dans un groupe instrumental, et j’ai dansé une année dans les Ballets Africains. Un jour Mory Kanté a eu besoin d’une choriste, j’ai tenté ma chance et j’ai fini première parmi 70 personnes…

La vie en France est différente de la vie en Afrique, mais j’ai finalement réussi à m’adapter… La danse m’a aidée aussi, dans le milieu de la danse africaine, on vit un vrai mélange entre l’Europe et l’Afrique…

aissata kouyate

© shinobi pictures

Que signifie Mandé ?

Mandé ça veut dire mandingue en langue malinké. C’est l’âme des griots, c’est vraiment par respect pour cela que j’ai choisi ce titre. Et aussi, si j’ai choisi ce titre pour mon album, c’est car, même si je vis à Paris, je vis à travers l’Afrique. Tout ce que j’ai appris, ça vient de là-bas…

De quoi parlent tes chansons ?

Mandé est mon quatrième album, et c’est le premier que j’ai composé moi-même. Cet album parle des femmes, des enfants, du fait de vivre loin de chez soi, de l’amour… de la vie quoi ! J’écris mes morceaux en fonction de mon humeur, en faisant autre chose souvent. Ensuite, je retravaille les mélodies, les paroles, jusqu’à ce que je sente que ça va toucher les gens. Je souhaite passer des messages avec mes chansons. En ce sens aussi, je suis griotte.

Es-tu inspirée par le répertoire traditionnel ?

Oui ! Même si je suis moderne, je métisse avec l’aspect traditionnel. J’ajoute par exemple des paroles de griot dans mes chansons. Les gens apprécient en général, je sais que ça va bien passer auprès du public. J’ai aussi d’autres influences, d’Ali Farka Touré par exemple, ou plus loin, d’Inde notamment. Mais ce n’est qu’un début…

Un début ?

Oui… Il y a des gens qui ont envie de travailler avec moi. Je sais que d’autres opportunités viendront plus tard : j’ai des contacts intéressants, ils attendent juste de me voir sur scène. Là je suis encore au stade où je dois me faire connaître…

Quelle place occupe le griot dans la société guinéenne ?

Ce n’est pas toujours facile… Les griots ont en général un don pour la musique ou le chant. Dans ma famille par exemple, les Kouyaté, il n’y a que mon grand-père, mon père, mes deux tantes et moi qui sommes griots. Mon grand-père jouait du balafon. Mais cet aspect du griot est de plus en plus lié à la politique… La danse c’est un peu plus facile : il y a des contrats, des possibilités. Les jeunes sont intéressés. Les griots eux, ils animent des mariages et des baptêmes, ils ont moins évolué. Et du coup, il n’y a plus de jeunes griots dans les villages…

Te considères-tu encore comme une griotte ?

Oui, mais comme une griotte des temps modernes ! Quand j’ai commencé dans des mariages, il y a eu trop de « commentaires » à mon propos, beaucoup de jalousies. Ca m’a effrayée et du coup j’ai voulu quitter ce milieu. Et puis en France, j’ai voulu m’intégrer à la société française, travailler etc., donc j’ai arrêté les activités de griot traditionnel.

As-tu un dernier message à passer aux lecteurs ?

Voyager c’est la plus belle des choses. J’ai eu la chance de beaucoup voyager. Je ne suis pas particulièrement riche, mais grâce aux voyages, j’ai enrichi ma vie. Quand je voyage, je suis réellement contente, c’est tellement fort que j’ai peu de mots pour décrire cela…

xxx

Un immense iniké à Aïssata pour le temps accordé !
Vous pouvez la suivre sur son site & sur sa page facebook

Aïssata sera en concert le samedi 20 décembre à la Maroquinerie !
Inscrivez-vous vite…

Et finissons en musique :

4 comments on “Aïssata Kouyaté, griotte des temps modernes

  1. Un bon interview raconte l’histoire d’une chanteuse africaine, « belle chanson ».
    En fait c’était la meilleure idée de crée comme ce type de blog. Mes félicitations.

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