Catégorie : Voyaaages !

Parlez-vous shanghaien ?

Je suis sur les routes d’Asie d’avril à juillet ; ce billet a été écrit au mois de mars avant mon départ de Shanghai…

Toute personne non shanghaienne vivant à Shanghai, Laowai ou Chinois, réalise rapidement que maîtriser le mandarin ne suffit pas pour comprendre tout ce qui se dit dans les conversations locales, que ce soit dans la rue ou au bureau… une bonne part des échanges entre locaux se passant souvent en shanghaien.

Une langue à part entière…

 

Le dialecte parlé à Shanghai est une forme du Wu septentrionale, et c’est la forme la plus répandue au sein de ce groupe linguistique. Si on considère la langue Wu dans son ensemble, il faut noter qu’il est encore parlé dans une grande partie de la province du Zhejiang, le sud de la province du Jiangsu, ainsi que dans des petites parties des provinces de l’Anhui, du Jiangxi et du Fujian. En 1991, plus de 87 millions de locuteurs étaient recensés, plaçant cette langue comme la dixième langue parlée au monde ! A l’échelle de la Chine, même avec quatorze millions de personnes parlant le Shanghaien et près de cent millions parlant le Wu, on parle encore de dialecte !

Le shanghaien est donc une langue bien identifiée, et a seulement deux tons – haut et bas, à la différence du mandarin – quatre tons, et du cantonais – neuf tons…
A Shanghai peu d’étrangers sont capables de maîtriser le shanghaien, l’apprentissage du mandarin demandant à lui seul assez d’énergie pour occuper quelques années l’étudiant motivé – comme c’est par exemple mon cas… Mais la maitrise de quelques termes basiques de ce « dialecte » peut considérablement simplifier beaucoup de situations quotidiennes et épatera tout ami shanghaien.

Quelques mots de base

bonjour : nón hô
vous allez bien ?: Non-hôva? / ça va bien, merci Ngû mhehô, jâja.
au revoir : tzêwe
s’il te plaît : chîn / merci : jâja
désolé : têveqchi
celui-ci : êtzaq
ici : êtaq / là : êmitaq
quoi : sâ / combien?: Cîdi?
Oui : ê / non : véqzy, mmeq ou vio
Où sont les toilettes? : tsŷsuke leqla ralitaq?
je ne sais pas : tgû veq-xiôteq
anglais : inven / parlez-vous Anglais? : nón Ínven wêteq kân vá?
je t’aime : ngû ê-nón.

1 iq / 2 liân / 3 se / 4 sŷ / 5 nĝ / 6 loq / 7 chiq / 8 paq / 9 cioê / 10 zeq / 20 gniê / 30 sezeq / 40 sŷzeq / 100 iqpaq.

Tzêwe !

Vous voulez en savoir plus ? Wikipedia vous apportera des précisions.

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Portrait de Chine (11), Zhou, le cordonnier

Je suis sur les routes d’Asie d’avril à juillet ; ce billet a été écrit au mois de mars avant mon départ de Shanghai…

Nous rencontrons aujourd’hui le cordonnier du coin de ma rue : son visage ouvert et souriant m’a donné envie de l’interviewer la dernière fois que je lui ai amené des chaussures à réparer. Je ne m’étais pas trompée : il a des choses à partager…


Qui es-tu ?

Je m’appelle Zhou Xiao Liang, je viens d’un petit village du Zhejiang.

Quand et pourquoi es-tu venu à Shanghai ?
Je suis venu en 1998, pour faire du commerce. Avant j’étais paysan et je ne gagnais pas beaucoup d’argent… je suis venu pour ça. Maintenant je vis seul.

As-tu une femme et des enfants ?
Oui, j’ai deux enfants : une fille de 19 ans et un garçon de 14 ans, ils vont à l’école dans le Zhejiang. Au début, je suis venue avec ma femme et mes enfants à Shanghai, mais c’était trop compliqué pour l’éducation, leur école n’était pas bien. Et finalement, le niveau était meilleur pour eux chez nous, donc ils sont repartis tous les trois.

Tu les vois souvent ?
On se voit tous les deux ou trois mois. Ma femme vient de temps en temps, et là, par exemple, je rentre pour le Nouvel An Chinois.

Tu penses rester longtemps à Shanghai ?
Non, je veux revenir dans le Zhejiang, les conditions de vie sont meilleures là-bas, ici c’est pollué…

Tu gagnes beaucoup d’argent ?
Pas tant que ça : je gagne 4.000 yuans par mois, parfois 5.000. Ma femme gagne 2.500 yuans : la différence n’est pas si grande. Avant c’était vraiment intéressant de travailler à Shanghai, maintenant ça l’est moins.

Aimes-tu ton travail ?
Que je l’aime ou pas, je n’ai pas le choix… en plus c’est pas bon pour la santé de travailler ici avec ces machines toute la journée. J’ai 45 ans, je ne pense pas travailler encore très longtemps, même pas cinq ans…

Quel serait ton rêve ?
Ce qui compte, c’est que j’ai plus de revenus, peu m’importe si je travaille beaucoup…

Que penses-tu de Shanghai ?
Ça va encore. C’est mieux qu’avant. En 1998, les conditions étaient vraiment dures pour les paysans venus en ville, maintenant ça va mieux. Il y a beaucoup de paysans qui vivent et travaillent à Shanghai, des millions…

Et que penses-tu de la société chinoise d’aujourd’hui ?
La société chinoise n’existe pas encore, elle est en train de se créer. La Chine se développe, c’est mieux qu’avant. Mais les gens, le petit peuple comme moi (le fameux Lao Bai Xing 老百姓), ne profitent pas de ce développement, de cette abondance. La richesse n’est pas pour eux… Ce n’est plus le « socialisme » comme au temps de Mao. Malgré ce qu’a dit Deng Xiaoping, la richesse ne s’est pas encore propagée jusqu’au petit peuple

Que dirais-tu aux Français qui ne connaissent pas la Chine ?
Venez voir par vous-même, la Chine, venez voir Shanghai… on est un pays avec de nombreuses nationalités, il faut venir.
Il faut du temps pour que le pays se développe. Ça ira mieux un jour, mais maintenant c’est encore dur pour nous. Il termine sur ces phrases, mais avec un grand sourire…

Et si vous voulez faire marcher son petit commerce, allez lui rendre visite: il est situé sur Wulumuqi Bei lu, entre la Yan’an lu et Nanjing lu !

Retrouvez les précédents Portraits de Chine : Juanjuan, Abby, Catherine, Woody, Wang Qing, Ye Shilan, Tony ,Yani, Tian Jingyang et Rosalyn.

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Renouer avec des joies enfantines…

Deux semaines sur les routes asiatiques plus tard, la liste de sujets que je devrais aborder ici ne cesse de grandir. Je vous en reparlerai quand je serai de retour, une fois que le temps aura fait son travail et que je serai dans la douce phase post-voyage, en juillet ou plus tard…
En attendant, je continue mes courts messages ambiance / carte postale / petits plaisirs.

Ces derniers temps, je jouis du plaisir de prendre le temps, et donc de renouer avec des petites joies trop souvent remises au lendemain dans ma vie de jadis:

* regarder le ciel et surtout les nuages, imaginer des mondes nouveaux, scruter encore et encore…

* jouer comme un enfant, y perdre haleine, dans ce cas-ci lors de la spectaculaire bataille aquatique qui a fait vibrer Chiang Mai pendant les trois jours du nouvel an Thai…

* se rappeler de son souhait de petite fille : sauver, nourrir, soigner et/ou observer des animaux sauvages, dans leur habitat originel…

*…

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Adresse gourmande (5): le New Heights

Je suis sur les routes d’Asie d’avril à juillet ; ce billet a été écrit au mois de mars avant mon départ de Shanghai…

Je ne suis pas particulièrement fan des restaurants et bars le long du Bund, l’ambiance y étant vraiment trop « bling-bling » à mon goût. Pourtant avec le retour des beaux jours et lors d’une petite balade dans ce quartier, ce serait dommage de se priver d’un déjeuner en terrasse avec une des plus belles vues de Shanghai…

Mon choix s’est donc porté vers le New Heights et c’est un choix que je ne peux que vous recommandez et ce pour plusieurs raisons:

– la vue est superbe (jugez avec ces photos !)

– l’ambiance est loin d’y être jet-setteuse (même si c’est parfois le cas, on est très loin du Bar Rouge)

– la nouvelle chef, Florence Dalia, a de l’or au bout des doigts. Sans exagérer, j’ai mangé au New Heights le meilleur poisson de Shanghai. Quand on lui demande quel type de cuisine elle prépare et si c’est français, elle éclate de rire et vous répond « non, non, ce n’est pas français, c’est la cuisine de Florence! »… Et je vous invite vraiment à découvrir ce style!

Les prix ne sont pas donnés, sans être tout de même excessif (entrée + plat à 148 rmb les midis du week-end, plat à la carte autour de 200 rmb le soir), on est quand même dans un des quartiers les plus chics de Shanghai.
Un seul bémol: le service n’est pas à la hauteur du lieu. J’espère que ce point sera bientôt amélioré!

Ecoutez mon conseil: courez-y! Et n’hésitez pas à dire que vous venez de la part de Lili de Vues de Chine, Florence vous racontera la suite…

Infos: 3 on the Bund (entrée au 17 Guangdon Lu) – 6321 0909 & sur le site

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Road trip à la sauce thaï

Sur les routes du nord thaïlandais,
Virage après virage
Montagne après montagne
Variés sont les paysages
Pinèdes, jungle, rizières, manguiers ou bananiers.
Qu’il fasse humide, frais, sec ou étouffant
On se laisse porter par le vent
Au gré du bitume ou gré de nos envies.
Sur la route…
Pai, Mae Hong Son ou Mae Chem
Consonnantes bizarres pour régions inédites
Où la beauté des paysages n’a d’égale
Que celle des sourires qu’on y croise.

 

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Brothers (ou le condensé de 50 années d’histoire de Chine)

Je suis sur les routes d’Asie d’avril à juillet ; ce billet a été écrit au mois de mars avant mon départ de Shanghai…

Je viens de tourner la dernière page de Brothers le dernier opus de Yu Hua. Lors de mon dernier retour en France, j’ai été impressionnée par la taille du pavé (près de 1.000 pages), n’étant pas habituée à ce genre de longueurs.
Et j’ai fait confiance en cet auteur chinois contemporain que j’affectionne particulièrement – j’avais déjà aimé la lecture de 1986, du Vendeur de sang mais aussi d‘Un monde évanoui ou encore Vivre, adapté par Zhang Yimou au cinéma.
Eh bien, je peux vous dire que je ne le regrette pas: je le conseille à tous ceux qui veulent (ou essaient) de comprendre la société chinoise d’aujourd’hui.

On suit la vie de deux frères, Li Guantou et Song Gang, nés dans les années 1950, jusqu’aux années 2000 (jusqu’en 2005 pour être précise).
C’est tout simplement prodigieux ! Les portraits, descriptions, et récits sont justes et criants de vérité… Yu Hua réussit à passer de l’humour à la tristesse, du lyrisme à la  description d’horreurs sans nom, d’une page à l’autre, et même d’un paragraphe à l’autre…

Je ne connaissais rien de l’histoire avant de le lire et ne voudrais pas vous la déflorer, car vraiment, j’ai été heureuse d’aller de surprise en surprise, et j’ai eu du mal à lâcher le livre. J’ai aussi reconnu la Chine qui m’entoure, loin des descriptions stériles ou au contraire enchanteresses qu’on peut lire trop souvent de nos jours…

La (courte) postface de l’auteur est édifiante, je vous en livre quelques lignes:

Ce roman est né de la rencontre de deux époques. La première partie de l’histoire se déroule pendant la Révolution Culturelle: une époque de fanatisme, de répression morale et de tragédies, analogue au Moyen- Âge européen. La seconde partie se passe à l’heure actuelle: une époque de subversion de la morale, de légèreté et de permissivité, l’ère de tous les possibles, plus encore que dans l’Europe d’aujourd’hui.
Seul un Occidental qui aurait vécu quatre cents ans aurait pu vivre deux époques aussi dissemblables, quand il n’aura fallu aux Chinois que quarante ans pour les connaître toutes les deux.
Quatre cents ans de bouleversements en quarante années, l’expérience n’a pas d’équivalent. C’est donc un couple de frères qui fait le lien entre les deux époques; leurs existences se fissurent dans un monde qui se fissure, leurs joies et leurs peines explosent dans un monde qui explose, leurs destins sont emportés dans les bouleversements de ces deux époques, et finalement, ils sont contraints de récolter ce qu’ils ont semé, dans un mélange d’amour et de haine.

Je vous le redis: pour comprendre et décoder la société chinoise d’aujourd’hui, lisez Brothers !

L’avez-vous lu? qu’en avez-vous pensé?

Au plaisir de vous lire à ce propos !

C’est par ici pour acheter Brothers en ligne.

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Chiang Mai, ou le voyage commence

D’or et de blancheur pour les temples
De vert, de vert et de terre pour la nature, et parfois la ville aussi
Odeurs de sèves, de résine, d’encens, de mille fleurs
Sourires, gentillesse et douceur des Thailandais

Cigales, rires, bonne humeur en fond sonore
Mais aussi moustiques, bébêtes, grosse chaleur et humidité
Et bien sur, saveurs du palais
Des touristes par dizaines tout en tongs, shorts et peau rougie
Sensation de liberté à peine le scooter enfourché
Pas de doute, je suis bien dans la ville du lâcher prise et de l’esprit relax
Le voyage a bien commencé

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5 questions @… Sandro

Je suis sur les routes d’Asie d’avril à juillet ; ce billet a été écrit au mois de mars avant mon départ de Shanghai…

Aujourd’hui c’est Sandro auteur du blog Tête de Chat qui a eu la gentillesse de répondre à mes questions.
Sandro est un voyageur au long cours, sur les routes depuis plusieurs années. J’apprécie énormément son blog, son sens du voyage et sa générosité, à découvrir et lire sans modération !

Qui es-tu ?
Je suis un Toulousain de 34 ans, et j’ai un prénom Italien : Sandro, qui va avec mes origines.
Le voyage a toujours tenu une place importante dans ma vie, alors en début d’été 2006 j’ai largué les amarres pour un tour de monde « sans planning, et sans date de retour ». Depuis je vagabonde, appareil photo en main, à la découverte de l’autre, et par réflexion, à ma propre découverte.

Pourquoi blogues-tu ?

Le partage a toujours été un dénominateur commun à mes voyages. Il faut toujours que je ramène des images, des vidéos, des histoires, quelque chose. Sans cela, le voyage ne serait pas « complet ».
Vu que cette fois-ci je ne reviens pas en France avant un certain temps, le blog était le meilleur moyen de continuer se partage virtuel.
Il sert aussi à garder le contacte avec mes proches, permet de réduire la distance avec ma famille (ma mère en particulier…), et comme pour Corinne, il est le témoin d’une vie différente, une vie hors des chemins tracés, et prouve que tous les rêves sont réalisables, même sans un rond (ou presque). Avec un peu de chance, il donnera des idées à d’autres.

Tu as vécu à Taiwan pour y apprendre le chinois, rappochons-nous du thème principal de ce blog: pour toi, Taiwan c’est…?
Attachant. C’est le premier mot qui me vient, c’est fou le nombre d’Occidentaux qui y viennent pour étudier, ou pour un simple stage, et au final y restent une vie. Taiwan est mystérieuse, ne se laisse pas conquérir facilement, il faut du temps pour vraiment l’apprécier, mais quand elle vous tient, il est difficile de s’en détacher.
Taiwan c’est aussi les Taïwanais, c’est ce peuple qui vous accueillent à bras ouverts, qui se plie en quatre pour vous aider, et avec le sourire !
Taiwan c’est les 7/Eleven tous les 100m ouverts 24h/24, c’est les marchés de nuits, c’est les millions de scooters qui défilent dans tous les sens (y compris sur les trottoirs), c’est le « tofu puant » (臭豆腐), ce n’est pas la Chine, et en même temps c’est la Chine, c’est aussi un peu de Japon, avec un zeste Hollandais, c’est une culture incroyable, une de celle qui vous marque à vie, c’est aussi un des pays les plus sûr au monde.
Tout ça c’est Taiwan, mais pas que ça 😉

Le lieu que tu préfères ?
C’est vraiment une question difficile. Je n’ai pas vraiment de lieu préféré, j’aime énormément le Japon, mais aussi l’Inde, je me suis aussi attaché à certains quartiers de Bangkok, à Port Barton et Coron aux Philippines, ou encore à l’Ouest de la Mongolie, sans oublier la France, qui m’est très chère. Il y a dans chaque partie du globe des endroits fabuleux, impossible de faire un choix.
Pour faire court, je préfère l’endroit où je me sens bien à un moment donné, car les moments sont souvent aussi important que les lieux.

Si tu devais définir le voyage en quelques mots ?

Le voyage est une façon de se trouver. Je ne le savais pas en partant, je l’ai appris en route. D’être face à la différence, au changement, à l’inconnu, met le corps et l’esprit à l’épreuve, cela permet la remise en question, l’ouverture d’esprit, et facilite l’acceptation de l’autre.
Au final le voyage nous construit, nous éduque, il est la plus prestigieuse de toutes les écoles.

Merci Sandro d’avoir pris le temps de me répondre !
Le blog:
http://www.tetedechat.com/

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