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Doutes…

Je vis en Chine depuis près de trois mois, et je me sens déstabilisée vis à vis de ce que je ressens pour ce pays.

Ce sentiment bizarre est né de plusieurs éléments. Depuis que je suis ici, je n’ai pu que remarquer à quel point la plupart des Chinois sont peu concernés par la valeur de la vie humaine. Même pour des personnes éduquées et ouvertes, l’unité et l’harmonie de la nation sont dans l’absolu plus importantes que la vie humaine. Avec le fameux argument, pourtant si démagogique, entendu tel quel « de toute façon, on est trop nombreux ».

Je vois aussi au quotidien des scènes d’une indifférence vraiment difficile, où chacun est d’un égoïsme forcené… Peut-être est-ce dû au manque de solidarité et d’humanité qu’une ville de campagne en forte croissance comme Changzhou implique?!

Au cours de mes rencontres, je vois aussi à quel point beaucoup de Chinois peuvent être formatés. Ils défendent des idées que la propagande leur a fait devenir leurs. Et l’absence d’esprit critique est tellement présente…

Je pense que je ressens aussi le contre-coup inattendu de mon voyage au Japon. C’était ma première en Asie hors de Chine, et, j’ai vu qu’en Asie aussi, on pouvait ne pas se sentir agressé par l’environnement quotidien… Je ressens depuis ce voyage que la Chine est vraiment un pays en développement, à bien des niveaux. Sans parler de politique bien sûr…

Ce que j’écris là me questionne fortement. Car je me demande comment laisser ça de côté pour apprécier ce que j’aime chez les Chinois. Leur spontanéité, leur optimisme, leur bonne humeur, leur convivialité, et bien d’autres choses encore…
J’ai perdu des illusions, et j’ai maintenant du mal à faire abstraction de ces réalités. Bien sûr, je trouve ça mieux d’être bousculée, de remettre en question mon regard d’Occidentale, mes convictions d’avant mon départ, et d’ouvrir les yeux tout simplement. Mais pour laisser place à quoi?

Comme me l’a suggéré un proche, on peut ne pas aimer la Chine, ou même la détester, « en bloc ». C’est peut-être l’apprentissage d’une appréciation plus fine et plus subtile que j’expérimente…

J’espère que le ton de mon billet ne vous choque pas; je serai très heureuse d’avoir vos avis à ce propos!

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Mise à jour du 24 août:

J’arrive heureusement à laisser ces doutes dans un coin de ma tête et continue à apprécier la compagnie des Chinois et ma vie ici. Avec ces remises en questions, je sens que mon regard n’est que plus large, j’espère que je porterai bientôt un juste regard sur ce pays si complexe !

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Le prix de la puissance économique

Une petite pause dans mes récits japonais : en furetant sur le site du Monde, je viens de tomber sur un web documentaire très intéressant. Il s’agit de Voyage au bout du charbon, une enquête menée en novembre 2008 sur les conditions de travail des gueules noires chinoises.

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Bien que le documentaire ait déjà quelques mois, il est malheureusement toujours d’actualité. Sans mauvais jeu de mot, ce documentaire est très noir, d’un réalisme extrêmement pessimiste. C’est une enquête très bien menée sur ces hommes qui font le miracle économique chinois au quotidien, les mingong, ces laissés pour compte venus des campagnes chinoises dans l’espoir d’une vie meilleure; ils sont souvent sans papiers et travaillent dans des conditions inhumaines, en le payant parfois de leur vie.

C’est grâce à eux que la Chine est aujourd’hui la deuxième puissance économique au monde, mais à quel prix ?!

Voyage au bout du charbon un documentaire de Samuel Bollendorff et Abel Ségrétin, à découvrir ici sur le site du Monde.

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400 millions en moins

Vous avez sans doute lu ici ou là que la politique de l’enfant unique était en train de s’assouplir à Shanghai, car la ville est vieillissante.

Mais avez-vous noté ce chiffre hallucinant: la politique de l’enfant unique en Chine a permis d’éviter 400 millions de naissance ! Même si je le compare avec les 1,3 milliards de Chinois, je n’arrive vraiment pas à mesurer ce qui, une fois de plus en Chine, est démesuré…

Vous en saurez plus sur les mesures en cours à Shanghai ici.

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Population chinoise: drôle de compteur

Cette page de Chine-informations donne la population chinoise en tant réel !

Cela aide un peu à mesurer ce qui ne peut l’être, avec pas loin d’un Chinois de plus par seconde…

population chinoiseCapture d’écran du 15/08/09

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Si vous ne l’avez pas encore vu…

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Il ne faut absolument pas rater cet édifiant documentaire Génération Tiananmen : avoir vingt ans en Chine.
Visionnée avec quelques jours de retard, j’ai vraiment aimé cette mise en perspective des événements de 1989, réalisée par un journaliste occidental qui a vécu en direct ce tournant de l’histoire contemporaine de la Chine.
J’ai beaucoup apprécié les images d’archives, simples et tellement éloquentes à la fois. Le portrait croisé de deux générations est aussi particulièrement réussi, deux regards sur la Chine sont confrontés, celui d’un jeune qui avait 20 ans en 1989 et celui d’une jeune Chinoise qui a 24 ans aujourd’hui.

Un documentaire de qualité que je vous conseille chaleureusement !

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Visite d'un orphelinat d'état chinois

Voyage de février 2006

Je suis arrivée ce jour sur une autre planète : dans un orphelinat d’état de Pékin. Le monde des orphelinats m’est totalement inconnu, alors celui-ci en Chine… tchin-tchine y organise des spectacles, c’est la raison de ma présence en ce lieu.

Je suis partie ce matin avec deux Américaines, marraines du lieu, appartenant à une association qui le finance et organise des venues de bénévoles. Ces bénévoles n’ont droit aux visites que le jeudi.

Une quarantaine d’enfants vivent dans cet orphelinat, du bébé de quelques mois à des enfants plus âgés, ces derniers souvent handicapés.

Dès mon arrivée, je ne me sens pas à ma place. Gauche, mal à l’aise. Peu de complicité passe, bien au delà du problème de la langue… Les enfants prennent un goûter avant le déjeuner. J’en nourris trois en même temps, des bébés sur des chaises hautes.

Suit une phase de jeux. Phase d’observation de ma part : où suis-je, que fais-je là ? Je vais vers quelques enfants, je trouve en retour peu d’enthousiasme.

A nouveau, l’heure de manger, je les aide à déjeuner. A un seul enfant cette fois. Après, encore une nouvelle phase de jeux avant la sieste.

Certains enfants me sourient, semblent m’accorder leur confiance. Certains me touchent plus que d’autres (au sens propre comme au sens figuré). Comme ce petit bébé trisomique. Il me fend le cœur : alors que je le couche pour la sieste, il verse une seule larme quand je m’éloigne vers un autre enfant, une larme sans faire de bruit. Même le premier geste de la vie, crier, lui semble interdit.

Dire que ces enfants ne connaissent rien d’autre que ce lieu… Et encore, ce centre est un des seuls orphelinats d’état à être ouvert aux étrangers, car partiellement aidé par ces derniers. Je n’ose imaginer les conditions des autres orphelinats, ici, 3 femmes s’occupent de 40 enfants, ça sent mauvais, draps et couches ne sont pas toujours propres…
On repart après la mise à la sieste. Je me sens mal. Etait-ce ma place ? Est-ce que la venue régulière de personnes extérieures leur rend la vie plus facile ?
Ces questions resteront sans réponse.

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