La tristesse d’un village himba
Sep 06, 2016 Namibie 15

Nous faisons halte près de Kamanjab, dans un « village touristique himba ». Je n’étais pas des plus enchantées à l’idée du passage dans ce village, j’aurai préféré passer quelques nuits dans un « vrai » village himba. Mais ce ne sera pas pour ce voyage.
Que dire de ce village ?
J’ai détesté l’aspect zoo attendu et vérifié du village.

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Un guide himba nous accompagne du début à la fin de notre visite. Les femmes sont en tenue traditionnelle, superbement parées, et se tiennent à disposition des visiteurs pour toute photo. Seules les femmes sont en tenue. D’ailleurs il y a principalement des femmes et des enfants dans ce « village ». Nous nous tenons devant l’une d’elles. Elle ne nous parle pas ni ne nous adresse un regard. Le guide la décrit comme l’on décrirait un animal, en montrant les bijoux qui l’ornent ou la beauté de sa coiffure.

Nous nous rendons ensuite dans une maison et le guide nous explique les soins que se prodiguent ici les femmes himbas. Une Himba nous y rejoint. Un semblant de communication – des regards interloqués – s’installe quand elle comprend que M est mon mari et non pas un guide namibien. Le guide himba lui adresse ensuite la parole, elle est gênée. Notre guide Redemptus semble comprendre et nous traduit ses dires par la suite « J’ai trois préservatifs avec moi, ne veux-tu pas qu’on les essaie tout à l’heure ? ».
J’avais lu dans Pieds nus sur la terre rouge, l’excellent livre de Solenn Bardet, que les Himbas ont une sexualité libérée. J’en ai ici la preuve… Et aussi la preuve que notre présence en tant que touriste est des plus bizarres…

J’arrive tout de même à faire sourire un petit enfant en lui faisant des chatouilles.
Un vain tour du côté de la vente de souvenirs et nous repartons.
Je suis choquée par ma visite. Je suis choquée de voir les enfants « décorés » pour poser sur les photos des touristes. Les femmes choisissent peut-être d’être ici, mais leurs enfants n’ont pas leur mot à dire.

Ce qui me choque le plus ? l’absence totale de communication entre les femmes himbas et nous. De l’indifférence ? du mépris ? de la fierté ? je n’en saurais pas la cause, mais une telle absence, ne serait-ce se simples regards, me met vraiment mal à l’aise.

J’en parle à Redemptus et à un autre guide, lui même himba. Evidemment tout n’est pas noir ou blanc, ce serait trop simple. Ici les Himbas ont accès à de l’eau propre et ont de quoi manger, dans leurs villages d’origine, ce n’est pas toujours le cas. Ce village a été créé par un Occidental suite à sa rencontre avec une femme himba malade, et ce village a pour but de générer des fonds pour financer soins et éducation. Et ce village répond aux souhaits des touristes pressés de voir des Himbas, et qui n’ont pas le temps de continuer leur route jusqu’aux villages…

Je suis loin de connaître assez bien la Namibie pour émettre un avis tranché, mais je suppose qu’il doit exister d’autres solutions, qui ne sont ni le village où l’on meurt de faim, ni le zoo touristique.

Je pense à la française Solen Bardet, qui après avoir vécu avec les Himbas, a créé une association pour les aider, Kovahimba. Je vous invite à aller découvrir leurs projets sur leur site

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Retrouvez derrière ce lien l’ensemble de mes récits de voyage en Namibie.

15 comments on “La tristesse d’un village himba

  1. Je comprends ce que tu as ressenti même si je ne l’ai pas vécu… mais j’aurais eu la même impression de « zoo » et ça m’aurait rendu mal à l’aise pareil. Je ne sais pas ce qui est mieux, mais comme tu le dis justement, il doit y avoir un juste milieu entre le village où les gens meurent de faim et le truc à touristes.
    Je me rappelle avoir vu un doc sur les Himbas, je crois même, en y réfléchissant, que c’était « RDV en terre inconnue ».

    La photo de la femme est très belle 🙂 est-ce qu’elle a quelque chose sur sa peau ? Elle paraît tellement lisse !

    1. Oui il existe d’autres choses: une autre étape en Namibie m’a permis de vivre une plus belle expérience…
      Et c’est de la terre ocre que les femmes Himbas mettent sur leur peau. Le livre auquel je fais référence dans l’article en parle pas mal si tu veux en savoir plus !

  2. Je comprends ton malaise… L’être humain traité comme une curiosité touristique, un animal de foire, un peu comme la femme à barbe dans les foires du siècle dernier… Ça pose effectivement bien des interrogations…

  3. J’ai déjà lu plus d’une fois des articles de blogs de personnes qui revenaient avec ce goût de tristesse suite à la visite des Himba. J’ignore s’il s’agissait de ce genre de village fait pour les touristes ou pas. Quels que soient le pays et la culture, j’avoue éprouver le plus souvent un malaise à me rendre en groupe dans un village. Moi et mes congénères qui débarquons ainsi, prenons des photos, je suis généralement des plus mal à l’aise. Mais y aller de manière plus informelle, seul, n’est pas non plus toujours bien réaliste. Du coup, reste à choisir entre accepter ce malaise pour assouvir une certaine curiosité (car oui, on a envie de voir évidemment, on voyage un peu pour ça), et se résoudre à passer à côté pour justement ne pas éprouver ce malaise. J’avoue à titre personnel ne pas avoir de réponse à ma question.

    1. C’est franchement pas évident de savoir quoi faire… Le mieux serait peut-être simplement de « passer notre chemin »… Car finalement, même seul l’impact peut être très néfaste. Le second guide auquel je fais allusion dans l’article me racontait qu’un voyageur occidental en solo a fait halte dans un village himba plus reculé, a demandé les services d’une guide, et l’a finalement agressée sexuellement.

  4. Ton récit me fait penser à un village, non organisé pour touriste, mais presque, au Togo. Il s’agit des Batammariba, qui sont installés au nord du togo et du bénin. Leurs maisons évoquent des châteaux forts et attirent les touristes (togolais et occidentaux pour la région où j’étais). Il faut payer pour entrer dans cette région (tarif différent pour togolais et occidentaux bien sûr). Rapidement une personne est venue nous trouver pour visiter sa maison. Nous avons accepté, faisant le tour rapidement. Des souvenirs ont été sorties sur le toit. C’était bizarre. Je n’avais pas envisagé une seule minute d’entrer dans une maison. Je pensais à une balade dans un village comme lors de mes balades dans de mignons villages français.
    Difficile de repartir sans se demander ce qu’il faut faire.
    Du coup, j’ai écrit un dossier en ethno sur eux. Impossible de ne pas chercher à comprendre, à sublimer quelque part cette journée qui fait frissonner (j’en suis repartie avec une véritable entorse).

      1. Suite à la mort de mon ordinateur, il ne me reste que la version papier de ce dossier (que je garde précieusement mais c’est vrai que c’est dommage de ne rien en faire). Et ce voyage a eu lieu avant que j’ouvre mon blog, donc je n’en ai jamais vraiment parlé. Enfin, si un petit peu il y a quelques mois, lorsque j’ai recopié des extraits de mon carnet de voyage, tenu sur place.
        Et je ne sais pourquoi, il n’y a dans mon carnet quasiment aucune ligne sur ce village ou sur mon entorse. Beaucoup trop de chose à intégrer je crois.

  5. Je comprends ce malaise. Personnellement, je pense qu’à force de voyager, j’ai appris à ne plus avoir d’avis car tout se fait dans ce bas monde. Difficile d’être d’accord avec tout le monde et qui sommes nous pour juger.

    Prenons juste le côté positif et les bonnes ondes, c’est toujours ce que je retiens.

    1. Merci d’avoir partagé ton avis ici cucur…
      Mais quand tu dis « Prenons juste le côté positif et les bonnes ondes », je me demande: encore ne faut-il pas, en tant que touriste, dégrader plus encore ce que nous rencontrons…

      1. Oui bien sur.

        Il y a pleins d’endroits où les locaux se disent : je suis content qu’un touriste viennent et s’intéresse à notre pays et d’autres qui se disent : un touriste c’est des cadeaux ou de l’argent à se faire. Malheureusement, le deuxième cas est le pus fréquent.

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