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Portrait de Chine (12), Hu Mi, chauffeur à Lanzhou

Je suis sur les routes d’Asie d’avril à juillet ; ce billet a été écrit au mois de mars avant mon départ de Shanghai…

Vous souvenez-vous de mon dernier voyage en Chine, du côté de Lanzhou ?
Nous avions fait la route de Lanzhou à Xiahe avec un chauffeur de taxi, avec qui j’avais bien accroché. Les trois heures de route avaient semblé moins longues… et il avait accepté que je l’interviewe !

Qui es-tu ?
Je m’appelle Hu Mi, j’ai 31 ans, je suis de Lanzhou. Mes parents sont aussi d’ici.

As-tu déjà eu envie de partir d’ici pour une autre ville ?
Oui, je me suis déjà dit que ce serait bien, pour le travail surtout… mais c’est trop difficile, surtout pour trouver un endroit où vivre…

Pourquoi as-tu choisi d’être taxi ? as-tu fait des études pour cela ?
J’ai été pendant 8 ou 10 ans à l’école. Et après j’ai suivi deux ans de formation pour être taxi. Je fais ce métier pour gagner ma vie, et aussi car mon père était taxi, lui aussi. J’ai commencé à travailler à 18 ans, et à 21 ans je me suis mis à mon compte.

Comment se passent tes journées ?
Je travaille tous les jours, entre huit et dix heures par jour. Je gagne entre 3.000 et 4.000 rmb par mois.

Es-tu marié, as-tu des enfants ?
Je suis marié et j’ai un garçon de deux ans ! j’ai connu ma femme par le travail : je conduisais pour ses parents. Elle est professeur d’anglais. Elle m’a appris quelques mots, comme ça je peux parler si j’ai des clients étrangers.

Que penses-tu de ta vie ?
Je trouve qu’elle est plutôt bien. Je peux faire des économies. Quand j’ai de l’argent je fais un peu plus de choses, quand j’en ai moins, j’en fais moins…

As-tu un rêve ?
J’aimerai avoir une grande maison… un travail toujours régulier et je souhaite que mon enfant aille bien. C’est ça, mon rêve ! J’aimerai que mon fils puisse étudier, qu’il ait un bon travail… c’est tout : plus on a de grandes attentes, plus la chute est dure…

Quel message souhaites-tu passer aux personnes qui lisent ce blog ?
Mener au mieux votre propre vie…

Retrouvez les précédents Portraits de Chine : Juanjuan, Abby, Catherine, Woody, Wang Qing, Ye Shilan, Tony ,Yani, Tian Jingyang, Rosalyn et Zhou Xiao Liang.

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Gansu, région couleur terre entre Bouddhisme et Islam

Depuis quelques jours, je vous raconte mes péripéties dans le Far-West chinois, à proximité de Lanzhou dans la province du Gansu, et j’aurai peut-être du commencer par vous présenter cette région peu connue…
Avec un peu de retard, nous y voilà: le Gansu (甘肃,) est une province du nord-ouest de la Chine. Longue région étroite, coincée entre le plateau de Mongolie au nord et les contreforts du plateau Tibétain au sud, épousant une partie du tracé de l’ancienne route de la soie, elle est habitée par environ 26 millions d’habitants (en 2004), dont une minorité importante de Hui. La capitale en est Lanzhou, située dans le sud-est de la province. Voilà pour les présentations wikipédiesques!

Cette région est donc un carrefour culturel entre la Mongolie, le Tibet et la route de la Route de la Soie.

Couleur terre? car le climat est tellement rude que rien ne pousse sur toutes les montagnes que j’ai traversées. Couleur terre également car tous les villages en sont faits. Dès qu’on arrive en avion on s’aperçoit de la monotonie des paysages. Les traverser à pied ou en bus pendant des heures ne changent en rien cette impression…

J’ai au moins pu sentir deux des influences culturelles de la région.
Nous avons atterri à Lanzhou et avons du faire trois heures de route pour gagner Xiahe. Pendant plus d’une heure, la route n’était que mosquées, foulards pour les femmes, et toques blanches pour les hommes, signes distinctifs de la minorité musulmane Hui.
Au bout d’un moment, on passe un grand portail d’une dizaine de mètres, et là, changement radical: place au Tibet! Aucune mosquée à l’horizon, les panneaux sont doublés en anglais ET en tibétain, les tenues se font différentes (long manteau à manche de plus d’un mètre), les visages fins avec pommettes hautes et joues roses.

C’est dans cette région montagneuse – qui monte jusqu’à 5.500 mètres – que je vois pour la première fois de mes yeux les pèlerins bouddhistes qui se prosternent tous les deux pas. En avez-vous entendu parler? ils se mettent vraiment à plat ventre, se lèvent, font deux pas, lèvent les bras au ciel, se mettent à plat ventre, etc… C’est la manifestation de foi la plus extraordinaire qui m’a été donnée de voir. Et j’ai vu quelques-uns de ces pèlerins à des dizaines de kilomètres de Xiahe, à même le bitume, et bien sûr beaucoup d’autres aux alentours du Monastère de Labrang…

Après notre fameux « trip survie » et notre visite de Xiahe, nous sommes de retour à Lanzhou. Cette ville est coincée par des montagnes au nord et au sud et est très étendue d’est en ouest. Elle n’offre à mes yeux pas de grand intérêt pour un voyageur, si ce n’est par sa nourriture: c’est d’ici que viennent les fameuses « la mian », ces nouilles Hui faites à la main et qu’on trouve dans toutes les villes de Chine. Elles sont ici délicieuses. Brochettes et pains ronds me régalent également…

Pour ceux qui y passeraient, je recommande le Tuiying Hotel (0931-8631999 – 226 Tianshui Nan Lu) très bon rapport qualité/situation/prix; et je précise que l’aéroport est situé à une heure de route du centre-ville.

Ce qui m’a aussi fasciné sur les routes du Gansu et à Lanzhou sont les Hui (回族), une ethnie de Chine qui en constitue l’une des 56 minorités nationales. Ils ont culturellement similaires aux chinois Han sauf qu’ils pratiquent l’islam. Il y en aurait une dizaine de millions en Chine.
Avant ce voyage au Gansu, j’avais tendance à leur trouver de « bonnes têtes » si je peux dire, et ça c’est confirmé ici…

Voilà qui clôt mon récit de quatre jours de voyage dans le Gansu. Quelques jours, c’est bien trop court pour tout comprendre, mais c’est assez pour une première impression: ce fut une rencontre inoubliable avec un nouvel ailleurs…

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Xiahe et le regard des Tibétains…

C’est par la ville de Xiahe que nous avons débarqué dans l’Amdo. Xiahe est une ville tibétaine située à 4 heures de route de Lanzhou, la capitale du Gansu. Nous sommes ici en terre culturelle tibétaine. Xiahe est connu pour le monastère de Labrang, l’un des six grands monastères Gelugpa, école du bouddhisme tibétain, dont le Dalai Lama est l’autorité spirituelle. Ce monastère, fondé en 1709, accueille le plus grand nombre de moines en dehors de la région autonome du Tibet, il y en a entre 500 et 600.

J’ai une très curieuse impression en arrivant dans cette ville. On y pénètre par la ville chinoise, avec des bâtiments qu’on voit dans toutes les villes du monde, des boutiques, des restaurants et des banques. Il faut une dizaine de minutes pour traverser ce premier centre-ville avant de pénétrer dans la ville tibétaine, à proximité du monastère.

Changement de décor: les bâtiments sont en terre, peints en blanc ou de couleur naturelle. Le sol est en terre battue. Pas de goudron, d’acier ou de tour. Seulement de la terre et des tissus. La ville est ponctuée d’édifices religieux et encerclée par un couloir de déambulation et ses centaines de moulins à prière.

La relation avec les Tibétains de cette ville est assez bizarre. Dans la partie historique, ils prient, se baladent et vaquent à leurs occupations naturellement, les regards sont posés et bienveillants.
Dans la ville chinoise l’ambiance est toute autre. Même à notre égard, je sens une agressivité, ou du moins des regards sur la défensive, prêts à se faire violents si besoin est.
Je comprends ici à quel point les relations sino-tibétaines sont dures et faites d’incompréhensions. Les Tibétains, peuple nomade, ne sont absolument pas dans leur élément. Ce peuple sédentarisé, de gré et surtout de force, ne trouve pas sa place dans cette ville moderne et le mal-aise est palpable. Les tensions de 2008 ne sont pas loin non plus et ont laissé des séquelles.
Je parle de sédentarisation forcée car j’ai appris que le gogov. donne 20.000 rmb aux nomades pour qu’ils renoncent à leur tente traditionnelle et se construisent une maison « en dur ».
J’ai aussi lu que le gogov. a renforcé les dispositifs d’éducation politique et des séances de rééducation sont menées pour que les moines accèdent à une forme d’éducation patriotique…

La partie tibétaine de Xiahe n’en reste pas moins magnifique. C’est un émerveillement de couleurs, de tenues et d’attitudes d’ailleurs. L’étonnement bienveillant se lit dans le regard des Tibétains. De ce côté-ci de la ville, je suis à l’autre bout du monde et je sens que la rencontre est possible…

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Comment je suis descendue d’une montagne tibétaine (sans cheval mais en faisant 2 rencontres magiques)

Depuis hier, nous sommes en mode randonnée sur les montagnes de l’Amdo Tibétain. L’Amdo est une des trois provinces traditionnelles du Tibet, même si ses terres sont en Chine (un peu ici dans le Gansu, beaucoup dans le Qinghai), nous sommes culturellement au Tibet. Il suffit de regarder autour de nous pour nous en rendre compte.

Lors de notre balade, aucun de nous trois ne connaissait exactement le chemin. Ayant le sens général de l’orientation, nous n’étions pas égarés, mais nous nous demandions comment retrouver notre chemin vers la vallée, après avoir grimpé pendant plusieurs heures. Jack nous dit alors « il suffira de rencontrer quelqu’un qui nous montre le chemin ».
Certes, mais à 3.500 mètres d’altitude, les badauds ne sont pas nombreux.

Ou du moins, c’est ce que je croyais: quelques minutes après, on aperçoit au loin une silhouette, assise dans l’herbe. En m’approchant, je me rends compte que c’est une jeune bergère.
Elle nous regarde avec grande attention. On s’approche. Pour elle comme pour nous la rencontre du troisième type était à l’approche.

Elle ne parle pas chinois, mais seulement tibétain, d’ailleurs je l’entends plus chanter que parler. Nous sommes tellement étonnés par cette rencontre inespérée qu’on ne pense pas à lui demander notre chemin.

On s’observe mutuellement: ses yeux sont francs et rieurs, ses habits curieux, ses chants magnifiques, et ses sifflements pour appeler les bêtes semblent d’une autre planète. La taille des pieds de mon conjoint, nos yeux clairs et mes cheveux très courts attirent un œil curieux.
Nous ne sommes qu’interrogations mutuelles et sourires…
Elle s’intéresse ensuite à mon appareil photo. Je pense que c’est une des premières fois qu’elle en voit un. Elle apprécie aussi beaucoup le morceau de chocolat qu’on lui donne. Je devine qu’elle a une quinzaine d’années.
Mille questions me traversent l’esprit: d’où vient-elle? passe-t-elle toutes ses journées sur sa montagne? a-t-elle des rêves? des projets? est-elle heureuse?
Elle reste fière, à peine perturbée par ces trois visiteurs venus d’ailleurs. Son regard toujours franc, direct, noble.

Elle nous montre une maison en contre-bas en disant « mama ». La seule indication dont nous serons sûrs. Notre chemin est finalement indiqué!

Après une belle descente caillouteuse, nous arrivons devant la porte de la maison de terre de la « mama ». Elle nous attend devant la porte. Nous lui tendons nos gourdes en espérant qu’elle nous aidera. J’ai bon espoir: les peuples nomades ont un sens de l’accueil très développé, car accueil rime avec survie dans les milieux difficiles.
C’est mieux que de l’eau qu’elle nous propose: elle nous invite naturellement à entrer chez elle pour manger. L’échange se fait un peu en chinois, beaucoup par le reste.

A peine entrée dans son foyer, je suis émerveillée: c’est chaud, coloré, propre et accueillant.
Elle nous offre un repas qui tombe plus que bien: la tsampa, aliment traditionnel des Tibétains, que j’avais déjà goûté dans le Kham, lors de mon premier voyage en terre tibétaine. Il s’agit de farine d’orge délayée avec les doigts dans un bol avec un peu de thé chaud additionné de beurre de yack, et dans ce cas d’une poudre de noisettes. Mes papilles sont ravies.
Je suis aussi et surtout ébahie par le regard doux et bienveillant de notre hôtesse, le regard d’une mère pour ses enfants.

Je suis heureuse pour la jeune bergère, je ne sais quel est son avenir, mais c’est un foyer plein d’amour qui l’attend en bas de la montagne.

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« Trip survie » dans le far-west chinois

Un de mes amis français de Shanghai, Jack, est passionné de nature et d’excursions « survie ». Il a récemment proposé à mon conjoint et moi-même de prendre part à un séjour organisé par ses soins pour apprendre les bases de la survie. Je ne savais pas du tout à quoi cela rimait, et je ne m’attendais à rien.
Je suis donc partie quatre jours dans le Gansu, à l’ouest de la Chine, sans trop d’a-priori. Et c’était mieux comme cela. Si j’avais su en détails ce qui m’attendait, j’aurai peut-être réfléchi un peu trop…

Nous sommes donc partie vendredi matin de Shanghai, au programme:

– vendredi: arrivée à Lanzhou (capitale du Gansu), transport jusqu’à Xiahe, départ dans la nuit pour la randonnée et ascension de la première montagne. Nuit à 3.400 mètres d’altitude.
– samedi: randonnée à travers les montagnes de l’Amdo tibétain, de 8h à 17h environ. Rencontre inoubliable avec deux Tibétaines (j’y reviens en détails bientôt). Traversée de la prairie de Sangke (prairie d’eau et de glace). Retour en fin de journée à Xiahe.
– dimanche: matinée visite de Xiahe et son monastère / après-midi: route pour Lanzhou. Soirée détente avec massage à Lanzhou.
– lundi: visite de Lanzhou et départ pour Shanghai.

Comme vous pouvez le voir, ce sont surtout les deux premiers jours qui ont été riches en sensations fortes.
Riches en sensations fortes car nous avons randonné de nuit pendant trois heures, en température négative et en plein vent, sur un itinéraire qu’aucun de nous n’avait emprunté – Jack connaissait seulement la région dans son ensemble, pas dans ses détails. Car nous avons monté notre campement et dormi sous tente en très haute altitude. Car nous avons marché plus de 40 kilomètres et gravi plusieurs montagnes entre 3.000 et 3.500 mètres d’altitude. Car nous avions très peu de provisions avec nous. Car dans cette région rôdent des animaux en liberté, moutons, yacks, et peut-être des loups.

Ce fut une expérience très riche dans le développement personnel. J’ai du accepter de perdre le contrôle, chose qui m’arrive très rarement – si ce n’est jamais.
Entre autres questions dont aucune réponse ne pouvait me rassurer: « comment ça, Jack, tu n’a jamais emprunté ce chemin? » « comment ça on est à plus de 3.000 mètres? » « comment ça on marche en pleine nuit, en pleine montagne, sans savoir ce qui se cache devant, derrière, et à côté de cette montagne? « comment ça, on traverse, un puis deux ruisseaux pieds nus par -2°C? »…

J’ai du accepter de repousser mes limites, de mettre au placard mes instincts en alerte qui me disaient tous « mais que fais-tu ma bonne fille, à te mettre en danger pour RIEN? »
Car je pense que c’était la première fois de ma vie que j’ai accepté de me mettre en danger gratuitement. Certes les risques étaient limités, et surtout sous le contrôle de mon ami – doué d’un très bon sens d’orientation, d’un esprit d’équipe sans faille, et équipé entre autres d’une balise de détresse. Mais que c’est dur de lâcher le contrôle et de se confier totalement à un tiers…
J’ai vécu une expérience unique, qui nous a énormément rapproché tous les trois, et qui m’a aussi aidé dans mon éternelle quête de connaissance de moi-même.

Et en pratique, qu’ai-je retenu de cette expérience survie? De ce que je peux retranscrire ici, principalement, la règle de 3, excellent moyen mnémotechnique enseigné par Jack.
Nous ne pouvons vivre plus de:
– 3 secondes sans prêter attention où on pose son pied (règle qui m’a particulièrement tenue en alerte lors de notre ascension nocturne, je vous laisse imaginer…)
– 3 minutes sans oxygène
– 3 heures sans réguler sa température (au hasard, trop froid…)
– 3 jours sans eau
– 3 semaines sans nourriture

Je n’ai pas testé l’absence d’oxygène ou de nourriture, mais nous avons du gérer en permanence là où nous marchions, bien sûr, mais aussi notre température, et le manque d’eau… Le tout avec le mal de l’altitude et une superbe indisposition digestive (très mauvaise idée de manger pimenté la veille) en option !

Expérience inédite, intéressante et enrichissante pour mes prochains séjours en pleine nature.
Un grand merci à Jack dont je vous invite à visiter le site (http://jack-palawan.com/) !

D’un œil plus voyageur, je vous parle très vite et en détails de ma rencontre avec le Tibet de l’Amdo et la région du Gansu…

Et en attendant, quelques images:

Dernier restau avant le départ

Paysage au saut de la tente

Les bêtes ne rodaient pas toutes…

Une des montagnes que nous avons gravies

Et les prairies de glace, de neige et d’eau…

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