6 années de Chine + 2 bougies + 1 voyage = je quitte la Chine…

Deux années dans trois jours que je tiens ce blog… que dire?
Avant tout: chers lecteurs un grand merci d’être fidèles de l’autre côté de l’écran; un blog est un espace d’expression pour son auteur, mais qui d’après moi ne prend son sens que s’il est un lieu d’échanges, et je suis très heureuse de ce que Vues de Chine est aujourd’hui devenu grâce à vous!

Cela fait donc deux ans que je blogue, et comme vous savez peut-être, je côtoie la Chine depuis six ans.
Ou peut-être vous ne le savez pas, alors, laissez-moi vous raconter…

La Chine est venue à moi au hasard d’une rencontre. Je commençais mon Master en communication et on m’a proposé de travailler pour une association d’échanges culturels avec ce pays (tchin-tchine, à Toulouse).
Je ne connaissais rien à l’Empire du Milieu… j’ai pris le parti de me former au mandarin et à la culture chinoise les mois suivants en vue de la prochaine embauche.
Dans cette association, j’ai organisé des événements pour la promotion de la culture chinoise à Toulouse, mais aussi pour la promotion de la culture française à Pékin. Et je suis partie la première fois en Chine, en avril 2005 (voir par ici)…
Je suis restée plus de deux ans dans cette structure, une expérience qui m’aura définitivement marquée.

Je suis ensuite partie à Paris pour découvrir de nouveaux horizons. J’ai continué à travailler avec la Chine, dans les voyages culturels cette fois-ci avec la Maison de la Chine. Changement d’échelles : j’ai appris énormément au contact de ces passionnés, quelques-uns des pionniers dans la découverte de la Chine.

En 2009, la crise est passée par là, j’ai du quitter mon emploi 18 mois plus tard. Ce fut un mal pour un bien : cette épreuve m’a décidé à tenter ma chance en Chine. Je voulais parfaire mon apprentissage du mandarin et comprendre un peu mieux ce peuple à part.

Je vis à Shanghai (suite à un premier passage par Changzhou) depuis 2009 (voir là), et je travaille dans les achats textile pour un groupe de supermarchés français.
Les achats n’étaient pas ma vocation, mais j’ai découvert un domaine captivant pour qui veut comprendre la Chine d’aujourd’hui. J’ai eu la chance d’avoir des collègues chinois épatants qui m’ont beaucoup appris sur la culture au quotidien…

Si vous êtes un fidèle de ce blog, vous vous en êtes peut-être rendu compte: la Chine ne cesse de me questionner depuis 2005 ; en d’autres termes : comment peut-on comprendre cette culture si éloignée de la notre, avec sa population si importante et son histoire contemporaine si marquante ?
Je ne suis pas une admiratrice sans réserve, mais je suis totalement curieuse vis-à-vis de ce pays : je veux comprendre ; et ici, peut-être plus qu’ailleurs, plus on comprend, plus on mesure l’étendue de ce qu’il reste à comprendre. J’ai envie de mieux déchiffrer ce pays que je côtoie depuis des années.

Début 2009, quelques semaines avant de partir vivre en Chine, j’ai commencé ce blog pour garder une trace de ce que je vivrais au quotidien, pour prendre du recul et mesurer la chance que j’avais de vivre cette expérience. Je voulais aussi partager « ma » vision de la Chine, et donner l’occasion de découvrir ce pays sous un regard neuf.
Peu à peu, l’écriture a pris une place primordiale dans ma vie : j’écris encore pour me souvenir, mais j’écris aujourd’hui avant tout pour m’exprimer, témoigner et partager.

J’ai aujourd’hui le sentiment que je dois tourner une page : il est temps de partir. C’est un choix de couple avant tout, mon conjoint souhaitant quitter la Chine, et c’est un choix totalement assumé: il est bon de rentrer tant que j’apprécie encore ce pays, avant d’arriver à l’écœurement, peut-être pour mieux revenir, sans doute pour continuer à travailler avec la Chine longtemps encore…
Je termine cette aventure-ci par un voyage de trois mois qui, pour mon plus grand plaisir, m’amènera du côté de la Thaïlande, du Laos et du Cambodge que je ne connais pas encore, et à nouveau du côté de Japon, pour lequel une passion est déjà née et qui, je l’espère de tout mon coeur, se relèvera au plus tôt de la dure épreuve du moment.

Cela ne veut pas dire que l’aventure Vues de Chine s’arrête, bien au contraire… Elle va par contre évoluer, c’est certain.
Dans un premier temps, ce blog devient Vues de Chine… et d’Ailleurs. Et je vais m’appliquer à le tenir à jour, même pendant mes trois mois de voyages, avec au minimum un article pré-rédigé sur la Chine chaque semaine. Si le temps, l’humeur et les connexions le permettent, je posterai aussi sur les routes d’Asie.

Pour la suite, l’après-voyage, rien n’est écrit. Je ne sais pas dans quel domaine ni où je travaillerai, mais j’ai une seule certitude: je continuerai à voyager, d’une manière ou d’une autre. Il y a peu, on m’a dit « le bonheur est sous tes semelles », j’aime bien cette idée…
Je m’engage publiquement ici: je ne compte pas m’arrêter en si bon chemin! Et je compte bien continuer à écrire à ce propos…

C’est la fin d’une aventure, mais c’est surtout le début d’une autre. Et j’espère que vous serez encore de la partie !

Au plaisir de vous lire…

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5 questions @… Aline

Aujourd’hui, c’est Aline de NowmadNow qui a eu la gentillesse de répondre à mon invitation. Format court, délibérément: je pose cinq questions, petite mise en bouche pour découvrir un grand blogueur, la suite vous la trouverez sur son blog justement…
Comme Corinne, Aline est en voyage au long cours. J’ai découvert son blog il y a peu et je suis immédiatement tombée sous le charme, elle est différente, et définitivement à connaître !

Qui es-tu ?
Je m’appelle Aline et j’ai pris mes bagages le 1er décembre 2010.

Pourquoi blogues-tu ?

J’aime écrire, mais je ne voulais pas tenir un blog. J’avais peur que tenir un récit sur le web ne m’expose trop. Pendant l’année qui a précédé mon départ, de nombreuses personnes m’ont demandé d’en créer un. J’étais réticente, sceptique. En parallèle, en préparant ce voyage au long cours, je m’abreuvais de témoignages, et j’ai découvert des sites de voyageurs qui m’ont tenue en haleine. Je pense notamment au blog de Ludovic Passamonti et à celui de Sandro de Tête de Chat que je suis depuis ses débuts sur la toile. Je lis beaucoup de blogs américains, très pro. Puis petit à petit, je me suis dit que peut-être que je devais prendre ce risque, m’essayer à ça.

Pour toi, le pays où tu es actuellement c’est…?
Je suis depuis trois semaines sur l’archipel du Vanuatu, après avoir passé presque trois mois en Australie, principalement en Tasmanie. Le Vanuatu n’était pas dans mon itinéraire, itinéraire que j’ai élaboré, trituré et remodelé pendant deux ans et abandonné après deux mois sur la route. J’étais bien en Australie, où j’ai eu un vrai coup de cœur pour la Tasmanie, mais je me suis rendue compte que j’avais préparé ce voyage dans le but de me confronter à d’autres cultures, et qu’en Australie je restais dans mon périmètre de sécurité. Tout était balisé, facile, proche de mon cadre de vie européen. C’est pourquoi je me suis mise à songer à cet archipel, au nom fantasmatique. Et je ne regrette pas une seconde mon choix.

Le lieu que tu préfères ?
Je crois que le lieu que je préfère est Berlin. Je suis amoureuse de cette ville, dans laquelle j’ai vécu trois ans. Il y a tant de facettes différentes et l’atmosphère est unique. La ville fait coïncider tant d’antagonismes, je me sens excitée et apaisée quand je suis là-bas. Berlin est un personnage, je n’arrive pas à le sortir de ma tête.

Si tu devais définir le voyage en quelques mots ?
Dans ma façon de voyager, je me rends compte que j’ai besoin de me délester de tout, de ne prendre que peu de bagages, et de poser les pieds dans des endroits qui stimulent mon imagination. Je voyage simplement, je marche beaucoup. Je parle de plus en plus aisément aux locaux, je demande à des inconnus si je peux passer du temps avec eux, chose que je n’aurais pas faite il y a quelques mois en Europe. Je n’aime pas définir les choses, je ne veux pas emprisonner le voyage dans une définition hermétique.
J’aime cette transition qui s’opère doucement, entre le moment où on arrive de l’aéroport, où l’on n’a aucune prise sur ce qui nous entoure, et la naissance d’un sentiment de familiarité avec ce lieu.

Un grand merci Aline d’avoir répondu à mes questions
Le blog:
http://www.nowmadnow.com/

(et le blog de Sandro, qu’Aline cite
et qui est justement sur ma liste de « 5 questions @ »…)

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Portrait de Chine (9), « mon » super masseur (avec le son en bonus)

Vous savez à quel point j’affectionne les massages chinois… depuis plusieurs mois, je ne me fais plus masser que par un seul jeune homme, un des meilleurs masseurs qui m’a été donné d’essayer. Du coup, des liens se sont créés : je le vois au moins toutes les deux semaines… C’est donc lui que nous découvrons aujourd’hui. Il n’est pas très bavard, mais j’ai beaucoup apprécié le soin qu’il a pris pour choisir les mots justes.

Et je vous propose pour la première fois d’écouter une interview dans son intégralité!
Je suis équipée depuis peu d’un dictaphone : si vous parlez ou apprenez le chinois, ou juste pour le plaisir des oreilles, vous pouvez écouter l’intégralité de l’interview originale en deux parties – et soyez indulgents avec mon bel accent français s’il vous plait… cliquez par ici pour écouter
la première partie de l’entretien et par là pour la seconde.

Qui es-tu ?

Je m’appelle Tian Jingyang, j’ai 22 ans. Je viens du Henan, de Luoyang.

Quand es-tu venu à Shanghai ? et pourquoi ?
Je suis venu en juin 2009, pour voir comment c’était ici. Je suis venu avec quatre ou cinq camarades de classe.

Comment as-tu trouvé ce travail ? savais-tu masser avant de venir ?
Je connaissais le patron, alors il m’a embauché.
Je savais déjà masser: j’ai étudié les massages dans un institut spécialisé, dans ma région. J’ai étudié pendant trois ans.

Pourquoi as-tu choisi d’être masseur ?
Pas facile cette question… Pour gagner de l’argent, pour gagner ma vie. Et aussi pour la technique. J’aime beaucoup ce métier. C’est fatiguant parfois mais c’est aussi enrichissant humainement de faire ce travail…
J’étais déjà masseur avant de partir, j’ai commencé en 2008 (il avait donc 19 ans). Un an plus tard, je suis parti à Shanghai.

Que penses-tu de Shanghai ?
Je trouve que c’est une très grande ville. Et après avoir commencé à travailler, j’ai trouvé que c’était un rythme très soutenu ici, c’est une ville très animée… j’aime beaucoup Shanghai.

Et où habites-tu ?
Je vis dans un dortoir. On est six personnes, les chambres font environ 20m². C’est notre patron qui prend en charge ce logement.

Peux-tu me dire quel est ton salaire ? pour quels horaires ?
Entre 3.000 et 4.000 rmb. Je dois travailler chaque jour, entre onze et douze heures par jour. J’ai environ quatre à six personnes à masser chaque jour. Et plus je masse de personnes, plus je touche d’argent.

Que penses-tu de ta vie ?
Ma vie ?… (il rigole) En fait, je cherche une femme… Est-ce que j’aime bien ma vie ? oui, ça va… Mais vivre seul, ce n’est pas chouette tous les jours. Je cherche une fille, de chez moi pourquoi pas, mais je m’en fiche…

Quel est ton rêve ?
Un rêve, aujourd’hui ? aller à l’étranger, voir comment ça se passe là-bas. Et aller y masser…

De quoi aimerais-tu parler avec les lecteurs de ce blog qui ne connaissent pas la Chine ?
J’aimerais leur parler de médecine chinoise, c’est compliqué la médecine chinoise, c’est très profond… Il y a beaucoup de particularités en Chine, beaucoup, beaucoup. J’aimerai leur parler des Chinois, de la langue chinoise, de notre environnement. Et le plus important pour moi, c’est « l’étiquette » des Chinois…

Si vous parlez mandarin, vous noterez peut-être des différences entre la version originale et la version écrite : je préfère en général abréger mes questions et relances, et je synthétise parfois les réponses…

Retrouvez les précédents Portraits de Chine JuanjuanAbbyCatherineWoodyWang QingYe Shilan, Tony ,Yani.

 

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Une pensée pour le Japon…

Une douce pensée pour le Japon,
Pour ceux qui souffrent et ceux qui ont perdu des proches…

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Et une possibilité de donner à la Croix Rouge en cliquant ici
ou de joindre l’agréable à l’utile avec ce chouette projet artistico-solidaire

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Gansu, région couleur terre entre Bouddhisme et Islam

Depuis quelques jours, je vous raconte mes péripéties dans le Far-West chinois, à proximité de Lanzhou dans la province du Gansu, et j’aurai peut-être du commencer par vous présenter cette région peu connue…
Avec un peu de retard, nous y voilà: le Gansu (甘肃,) est une province du nord-ouest de la Chine. Longue région étroite, coincée entre le plateau de Mongolie au nord et les contreforts du plateau Tibétain au sud, épousant une partie du tracé de l’ancienne route de la soie, elle est habitée par environ 26 millions d’habitants (en 2004), dont une minorité importante de Hui. La capitale en est Lanzhou, située dans le sud-est de la province. Voilà pour les présentations wikipédiesques!

Cette région est donc un carrefour culturel entre la Mongolie, le Tibet et la route de la Route de la Soie.

Couleur terre? car le climat est tellement rude que rien ne pousse sur toutes les montagnes que j’ai traversées. Couleur terre également car tous les villages en sont faits. Dès qu’on arrive en avion on s’aperçoit de la monotonie des paysages. Les traverser à pied ou en bus pendant des heures ne changent en rien cette impression…

J’ai au moins pu sentir deux des influences culturelles de la région.
Nous avons atterri à Lanzhou et avons du faire trois heures de route pour gagner Xiahe. Pendant plus d’une heure, la route n’était que mosquées, foulards pour les femmes, et toques blanches pour les hommes, signes distinctifs de la minorité musulmane Hui.
Au bout d’un moment, on passe un grand portail d’une dizaine de mètres, et là, changement radical: place au Tibet! Aucune mosquée à l’horizon, les panneaux sont doublés en anglais ET en tibétain, les tenues se font différentes (long manteau à manche de plus d’un mètre), les visages fins avec pommettes hautes et joues roses.

C’est dans cette région montagneuse – qui monte jusqu’à 5.500 mètres – que je vois pour la première fois de mes yeux les pèlerins bouddhistes qui se prosternent tous les deux pas. En avez-vous entendu parler? ils se mettent vraiment à plat ventre, se lèvent, font deux pas, lèvent les bras au ciel, se mettent à plat ventre, etc… C’est la manifestation de foi la plus extraordinaire qui m’a été donnée de voir. Et j’ai vu quelques-uns de ces pèlerins à des dizaines de kilomètres de Xiahe, à même le bitume, et bien sûr beaucoup d’autres aux alentours du Monastère de Labrang…

Après notre fameux « trip survie » et notre visite de Xiahe, nous sommes de retour à Lanzhou. Cette ville est coincée par des montagnes au nord et au sud et est très étendue d’est en ouest. Elle n’offre à mes yeux pas de grand intérêt pour un voyageur, si ce n’est par sa nourriture: c’est d’ici que viennent les fameuses « la mian », ces nouilles Hui faites à la main et qu’on trouve dans toutes les villes de Chine. Elles sont ici délicieuses. Brochettes et pains ronds me régalent également…

Pour ceux qui y passeraient, je recommande le Tuiying Hotel (0931-8631999 – 226 Tianshui Nan Lu) très bon rapport qualité/situation/prix; et je précise que l’aéroport est situé à une heure de route du centre-ville.

Ce qui m’a aussi fasciné sur les routes du Gansu et à Lanzhou sont les Hui (回族), une ethnie de Chine qui en constitue l’une des 56 minorités nationales. Ils ont culturellement similaires aux chinois Han sauf qu’ils pratiquent l’islam. Il y en aurait une dizaine de millions en Chine.
Avant ce voyage au Gansu, j’avais tendance à leur trouver de « bonnes têtes » si je peux dire, et ça c’est confirmé ici…

Voilà qui clôt mon récit de quatre jours de voyage dans le Gansu. Quelques jours, c’est bien trop court pour tout comprendre, mais c’est assez pour une première impression: ce fut une rencontre inoubliable avec un nouvel ailleurs…

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Xiahe et le regard des Tibétains…

C’est par la ville de Xiahe que nous avons débarqué dans l’Amdo. Xiahe est une ville tibétaine située à 4 heures de route de Lanzhou, la capitale du Gansu. Nous sommes ici en terre culturelle tibétaine. Xiahe est connu pour le monastère de Labrang, l’un des six grands monastères Gelugpa, école du bouddhisme tibétain, dont le Dalai Lama est l’autorité spirituelle. Ce monastère, fondé en 1709, accueille le plus grand nombre de moines en dehors de la région autonome du Tibet, il y en a entre 500 et 600.

J’ai une très curieuse impression en arrivant dans cette ville. On y pénètre par la ville chinoise, avec des bâtiments qu’on voit dans toutes les villes du monde, des boutiques, des restaurants et des banques. Il faut une dizaine de minutes pour traverser ce premier centre-ville avant de pénétrer dans la ville tibétaine, à proximité du monastère.

Changement de décor: les bâtiments sont en terre, peints en blanc ou de couleur naturelle. Le sol est en terre battue. Pas de goudron, d’acier ou de tour. Seulement de la terre et des tissus. La ville est ponctuée d’édifices religieux et encerclée par un couloir de déambulation et ses centaines de moulins à prière.

La relation avec les Tibétains de cette ville est assez bizarre. Dans la partie historique, ils prient, se baladent et vaquent à leurs occupations naturellement, les regards sont posés et bienveillants.
Dans la ville chinoise l’ambiance est toute autre. Même à notre égard, je sens une agressivité, ou du moins des regards sur la défensive, prêts à se faire violents si besoin est.
Je comprends ici à quel point les relations sino-tibétaines sont dures et faites d’incompréhensions. Les Tibétains, peuple nomade, ne sont absolument pas dans leur élément. Ce peuple sédentarisé, de gré et surtout de force, ne trouve pas sa place dans cette ville moderne et le mal-aise est palpable. Les tensions de 2008 ne sont pas loin non plus et ont laissé des séquelles.
Je parle de sédentarisation forcée car j’ai appris que le gogov. donne 20.000 rmb aux nomades pour qu’ils renoncent à leur tente traditionnelle et se construisent une maison « en dur ».
J’ai aussi lu que le gogov. a renforcé les dispositifs d’éducation politique et des séances de rééducation sont menées pour que les moines accèdent à une forme d’éducation patriotique…

La partie tibétaine de Xiahe n’en reste pas moins magnifique. C’est un émerveillement de couleurs, de tenues et d’attitudes d’ailleurs. L’étonnement bienveillant se lit dans le regard des Tibétains. De ce côté-ci de la ville, je suis à l’autre bout du monde et je sens que la rencontre est possible…

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Comment je suis descendue d’une montagne tibétaine (sans cheval mais en faisant 2 rencontres magiques)

Depuis hier, nous sommes en mode randonnée sur les montagnes de l’Amdo Tibétain. L’Amdo est une des trois provinces traditionnelles du Tibet, même si ses terres sont en Chine (un peu ici dans le Gansu, beaucoup dans le Qinghai), nous sommes culturellement au Tibet. Il suffit de regarder autour de nous pour nous en rendre compte.

Lors de notre balade, aucun de nous trois ne connaissait exactement le chemin. Ayant le sens général de l’orientation, nous n’étions pas égarés, mais nous nous demandions comment retrouver notre chemin vers la vallée, après avoir grimpé pendant plusieurs heures. Jack nous dit alors « il suffira de rencontrer quelqu’un qui nous montre le chemin ».
Certes, mais à 3.500 mètres d’altitude, les badauds ne sont pas nombreux.

Ou du moins, c’est ce que je croyais: quelques minutes après, on aperçoit au loin une silhouette, assise dans l’herbe. En m’approchant, je me rends compte que c’est une jeune bergère.
Elle nous regarde avec grande attention. On s’approche. Pour elle comme pour nous la rencontre du troisième type était à l’approche.

Elle ne parle pas chinois, mais seulement tibétain, d’ailleurs je l’entends plus chanter que parler. Nous sommes tellement étonnés par cette rencontre inespérée qu’on ne pense pas à lui demander notre chemin.

On s’observe mutuellement: ses yeux sont francs et rieurs, ses habits curieux, ses chants magnifiques, et ses sifflements pour appeler les bêtes semblent d’une autre planète. La taille des pieds de mon conjoint, nos yeux clairs et mes cheveux très courts attirent un œil curieux.
Nous ne sommes qu’interrogations mutuelles et sourires…
Elle s’intéresse ensuite à mon appareil photo. Je pense que c’est une des premières fois qu’elle en voit un. Elle apprécie aussi beaucoup le morceau de chocolat qu’on lui donne. Je devine qu’elle a une quinzaine d’années.
Mille questions me traversent l’esprit: d’où vient-elle? passe-t-elle toutes ses journées sur sa montagne? a-t-elle des rêves? des projets? est-elle heureuse?
Elle reste fière, à peine perturbée par ces trois visiteurs venus d’ailleurs. Son regard toujours franc, direct, noble.

Elle nous montre une maison en contre-bas en disant « mama ». La seule indication dont nous serons sûrs. Notre chemin est finalement indiqué!

Après une belle descente caillouteuse, nous arrivons devant la porte de la maison de terre de la « mama ». Elle nous attend devant la porte. Nous lui tendons nos gourdes en espérant qu’elle nous aidera. J’ai bon espoir: les peuples nomades ont un sens de l’accueil très développé, car accueil rime avec survie dans les milieux difficiles.
C’est mieux que de l’eau qu’elle nous propose: elle nous invite naturellement à entrer chez elle pour manger. L’échange se fait un peu en chinois, beaucoup par le reste.

A peine entrée dans son foyer, je suis émerveillée: c’est chaud, coloré, propre et accueillant.
Elle nous offre un repas qui tombe plus que bien: la tsampa, aliment traditionnel des Tibétains, que j’avais déjà goûté dans le Kham, lors de mon premier voyage en terre tibétaine. Il s’agit de farine d’orge délayée avec les doigts dans un bol avec un peu de thé chaud additionné de beurre de yack, et dans ce cas d’une poudre de noisettes. Mes papilles sont ravies.
Je suis aussi et surtout ébahie par le regard doux et bienveillant de notre hôtesse, le regard d’une mère pour ses enfants.

Je suis heureuse pour la jeune bergère, je ne sais quel est son avenir, mais c’est un foyer plein d’amour qui l’attend en bas de la montagne.

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Revue de web: 1 interview + 1 chronique !

Entre deux récits de mon périple au Gansu, mini revue de web de février :

* Une flatteuse chronique sur le blog du site govoyage.com

* Une interview très sympa de Jennifer, du blog Moi, mes souliers

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L’ensemble de la revue de web-presse est à retrouver au bas de la page ?!.
Bonne lecture !

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