Le majestueux Dahar en Tunisie, l’émerveillement sans fin…
Juil 06, 2022 Tunisie No responses

Voici la suite de mon journal de bord tunisien.
Si vous avez manqué le début : je suis partie en Tunisie pour y écrire un guide de voyages et je suis tombée sous le charme des déserts du Sud Tunisien…
La première partie du récit se trouve ici.

Découverte du désert des montagnes

Lundi – Je n’aurais pas cru ça possible. En quittant Douz pour continuer mon périple, je n’avais qu’une envie, opérer un demi-tour et revoir les dunes du Sahara.
Eh bien, 36 heures après avoir arpenté le Dahar, j’ai du mal à me retenir de pleurer devant tant de majesté. Est-ce la beauté des paysages qui façonne la beauté des hommes d’ici ou l’inverse ?
Croquons en mots quelques-uns des instants magiques vécus dans ce « désert des montagnes »…

A peine franchie la frontière de cette région montagneuse nommée Dahar, je tombe sur le festival de la tonte du mouton à Tamezret. Sur une scène en plein air, des chants berbères résonnent devant la lune presque pleine sous les yeux des villageois en joie. Beaucoup de grappes d’enfants, des dames âgées, droites comme des I pourtant, avec leur foulard coloré et leurs tatouages bleus foncés ornant fronts et tempes.

Le lendemain, je ressens ce sentiment qui se renouvellera toute la journée de ne pas réussir à avancer tant les gens et les paysages me retiennent.

Slim de Dar Ayed, jeune trentenaire international et motivé qui décide de rester dans le village de son grand-père, Tamezret, pour partager ici ce qu’il a eu la chance d’apprendre ailleurs. Le groupe de musique traditionnelle berbère qui anime le deuxième jour du festival. Deux tambours et un flûtiste – oh, quel charisme ce flûtiste, je pourrais l’ouïr des heures durant : beauté du son, fierté et majesté les traits de son visage… Je l’écouterai deux heures à travers les rues et ruelles de Tamezret.
Il faut bien partir malgré l’invitation à partager le couscous par les mêmes femmes âgées croisées la veille au concert.

Avec Taoufik, quand le coeur parle sans mot…

Je pense m’arrêter trois minutes à Dar Taoufik, cette première maison troglodytique que je pénètre. Je me retourne pour dire à notre hôte que nous devons partir et notre table est déjà dressée ! Simple et succulent repas étalé sur le frais de la pierre. Après deux thés sucrés, quelques sourires chaleureux et des cadeaux inattendus, Taoufik nous raccompagne à la porte de sa demeure.
Le cœur de Taoufik parle sans mots. J’ai un programme à honorer pourtant. Je le salue, m’apprête à partir. Je vois des larmes monter dans ses yeux. Il dit « Ton visage est spécial, j’aimerais que tu restes. »
Oublié le programme, j’honore un autre thé. C’est dans sa propre chambre troglodytique qu’il m’invite. Je m’assois sur son lit. « Tu es spéciale. » Il a percé mon cœur et moi le sien. Quelques paroles, quelques échanges sans mot encore.
« Tu es comme ma fille, tu reviens quand tu veux. »
C’est à chaudes larmes qu’il pleure derrière sa porte quand je dois finalement partir.

Je m’arrête devant la splendeur du paysage de Matmata pour tenter de digérer cette rencontre-choc. Je n’y parviens pas.

A quelques lacets de Matmata, Toujane déroule encore tant de perfections de paysages. Un thé avec vue au « Bellevue », de longs échanges sur la transformation de la destination par le tourisme responsable et un cadeau encore, un si beau tapis.

Il faut bien avancer pourtant.
Halte rapide chez Ali à Zmerten. Puis cette route incroyable. Roche ocre, jaune, orange. Des palmiers haut dressés. Des oliviers en nombre. Des montagnes immenses. Une cuvette. Des montagnes encore. La lumière qui baisse et devient rasante. Insolente et absolue beauté. Sauvage et si légèrement façonnée.

Puis la pleine lune se lève, droit devant nous.
Derrière, le soleil se couche.
Tant de beautés peuvent-elles vraiment exister ? Splendeur, majesté, absolu. Les mots sont trop usés…
Nous roulons, la lune immense devant nous. Elle se cache parfois au détour d’une montagne. Elle passe du rose clair, reflets du couchant à un blanc franc puis jaune vif. Notre route est longue jusqu’à Chenini, l’astre sera notre compagne pour deux heures. Les palmiers sont en nombre au clair de lune. La route n’est éclairée que de son halo. L’autoradio souffle des chants sacrés parfaitement à propos.
Majestueux Dahar.

Aimantée par ce désert…

Mardi soirJe ferme les yeux et me revoilà déjà au cœur du Dahar.
Je pensais être piquée par le virus du désert de sable, je le comprends ce jour plus que jamais : je suis piquée par le virus du désert tout court, qu’il soit de poussière ou de montagnes.

Après une nuit au coeur de la pierre dans les superbes habitations de Dar Kenza réhabilitées par le passionnant Habib, je me réveille devant la citadelle de Chenini.
Je ne l’ai vue que de nuit en arrivant si tard la veille. Spectacle de beauté absolue au son des coqs qui s’égosillent : la roche est découpée, ciselée presque par ces greniers de pierre typiques du Dahar. Paysage ou constructions, tout est ocre, sable figé, et juste une tache blanche, la mosquée du village.

Rien n’était prévu dans le détail, à peine quelques noms d’étapes griffonnés sur mon carnet rose. Je passe la journée avec Boubaker, ce guide drapé de bleu berbère.
Boubaker est né au troisième étage de la citadelle et il y vit aujourd’hui après un passage de quelques années à Tunis. Je découvrirai dans la journée que c’est l’un des meilleurs guides du Dahar. A Chenini, il nous ouvre les portes de sa propre maison troglodytique. Il nous guide ensuite dans des lieux de la région d’une beauté à couper le souffle.
Les mots manquent à nouveau pour décrire tant de magnificence. Paysages de roche, sable figé, étendues immenses, reliefs géologiques sauvages et inédits.
Boubaker me montre les meilleurs endroits pour dormir au creux des montagnes quand il fait trop chaud, là où la vue est la plus vaste et l’air le plus frais. Il me raconte les mythologies des (nombreux) lieux sacrés. Il s’étonne que les étoiles disparaissent dans une ville comme Tunis. Nous parlons beaucoup.
Je lui demande s’il y a un olivier ancien dans la région. Pourtant désertiques, les terres sont cultivées grâce à l’ingéniosité des hommes. Nous irons voir l’olivier près de Douiret, de 900 ans d’âge. Ici les arbres ne sont pas taillés et semblent plutôt des bouquets d’oliviers. Sauvages encore.
La fraîcheur de la pluie tombée quatre jours plus tôt est encore apparente sous certains branchages alors que nous sommes en plein désert. « Il n’a pas plus pendant quatre ans, donc il n’y a pas eu d’olives depuis. Dans les greniers, les paysans stockent jusqu’à sept ou huit années de denrées d’avance. » Je comprends mieux les nombres et tailles démesurées de ces greniers de pierres accrochés en haut des villages.

J’apprends à Boubaker à se connecter à l’énergie des arbres « J’ai l’impression que mes pieds sont aimantés par le centre de la Terre ». Sans surprise il est plus que réactif à ce geste. Mes propres mains sont rechargées par la force et l’immensité de ces lieux.

Comme la veille, j’éprouve le sentiment de ne pas réussir à avancer tant les beautés sont intenses.

Je suis peut-être aimantée, accrochée, attachée à la terre du Dahar ?
Plus de deux heures de retard sur mon semblant de programme, et nous arrivons à Ghermassen.
Le village a été abandonné par les deux dernières familles en 1987. Gâchis sans nom : les constructions de pierre sont une prouesse ici aussi, et le panorama est magnifique encore… il faut déjà repartir, la route vers Djerba, première étape avant la France, m’attend.

Mon cœur est gonflé – j’ai pleuré de beauté pure quatre fois aujourd’hui. La route s’aplanit mais reste belle. Les deux déserts dont je suis plus amoureuse que jamais sont déjà derrière moi.
Quand nous arrivons vers Djerba un superbe coucher de soleil m’accompagne, effort du ciel pour adoucir mon départ de ces déserts sublimes.

Djerba, là où la Tunisie me surprend encore…

Je pensais là encore ne plus pouvoir être touchée par les beautés du Sud Tunisien tant mon réservoir à émerveillements paraissait empli, c’était sans compter sur cette chance incroyable qui habite ce voyage depuis le début.

Après une nuit reposante dans un haïssable club-hôtel parmi tant d’autres, direction Guellala. J’ai envie de rencontrer LA potière de l’île dont j’ai entendu parler dans un livre. Extraordinaire idée s’il en est.

Arrivée pour lui poser quelques questions, je repartirai après avoir longuement échangé de cœur à cœur, créé mon premier vase et partagé un couscous à sa table.

Chadleya est très visiblement heureuse de nous recevoir mon chauffeur Mouhamed et moi. Elle n’est que sourires. Son mari Adel nous rejoint. Il est potier de père en fils et il est le premier potier à avoir une femme qui travaille à ses côtés. Incroyable ouverture d’esprit et envie d’échanger. « On accueille les visiteurs avec le cœur ici. Tu n’es pas obligé d’acheter et tu peux rester à apprendre la poterie avec moi autant que tu veux. »
Adel est plus qu’accueillant, je sens qu’il aime échanger avec les gens autant que de créer les pièces uniques qui prennent la poussière du désert en quelques heures sur les étagères de sa boutique. Il me fait une courte démonstration et sans autre préambule m’installe sur son métier. Je rêve de poterie depuis petite fille et avant même que je ne réalise ce qui se passe, la réalité dépasse le rêve. Au bout de trois tentatives, naît de mes mains un pot potable qui sera un vase, un peu tassé, mais vase tout de même.
Chadleya nous a déjà servi le thé, des céréales et quelques morceaux de viande séchés à notre arrivée. Elle nous dresse maintenant la table pour le couscous, tout en préparant ses ustensiles minimalistes pour peindre une poterie…
Elle nous parle de la culture berbère, du statut de la femme inédit en Afrique du Nord, malheureusement remis en cause ces dernières années, ou encore des ministres et présidents reçus chez elle au même rang que le premier voyageur venu.
Elle est belle, fière, intègre et généreuse. Tant de qualités chez une seule femme, en tout point identiques chez son mari.
Je pensais ces qualités réservées aux peuples des déserts, je les goûte ici à nouveau en abondance.

***

Un immense merci à Slim, Taoufik, Habib, Ali, Boubaker, Anis, Chadleya et Adel pour leur accueil à jamais gravé dans mon coeur et à Adel M., Mouhamed F. et Saber G. sans qui la création de ce guide (et donc ce voyage) n’aurait pas été possible.

Des liens utiles :
*dormir à Dar Ayed dans le Dahar
*dormir à Kenza Chenini dans le Dahar
*des informations sur le Dahar
*des informations sur Djerba
*mon article sur Djerba sur le site de TV5 Monde

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