Les beautés de la Route du Sud de Madagascar
Jan 12, 2023 Madagascar No responses

Voici la troisième des quatre parties de mon journal de bord malgache.
Le début, c’est par ici, la deuxième partie c’est par là.
Belle lecture !

Dimanche 5 décembre, depuis le Couleur Café, sur la RN7

J’arpente aujourd’hui une nouvelle région de Mada, la fameuse Route du Sud et je n’arrive pas à apprécier le début ce périple – j’ai été chagrinée par les mensonges d’un de mes guides.
Ça ira mieux demain, je suppose.

Lundi 6 décembre, depuis Ambositra

Laisser les paysages m’absorber. Laisser le chagrin d’hier au passé.
Une telle ressemblance des paysages avec ceux d’Asie du Sud Est, c’est flagrant. Rizières inondées d’eau, découpe au cordeau des champs, tant de vie dans les rizières, la montagne toujours en toile de fond, les visages marqués par la pauvreté immense et pourtant ces « Salama Vazaha » lancés en permanence et tant de sourires à mon égard.

Lundi 6 décembre, depuis l’hôtel Thermal

Incroyable soirée partagée avec Valérie, la responsable de l’hôtel Thermal.
Écriture, danse africaine, qi gong, pratique énergétique et perspectives sur l’existence : tant d’éléments en exact miroir de nos vies… jusqu’aux prénoms de nos fils, identiques à une lettre près !
Que la vie sait se faire joueuse…
Discussions passionnantes sur nos vies, sur l’écriture, sur Madagascar. À propos de mon chagrin avec mon guide, elle a ces mots si justes : « Tu as à la fois le poison et l’antidote en toi. » J’adore cette idée, perspective inédite à mes yeux.
La soirée est enrichissantissime et tant de synchronicités nous l’assurent : nous resterons en contact ! Mon humeur en est toute lavée, je suis de nouveau entièrement dans le voyage…

Mardi 7 décembre, depuis le Betsileo Country Lodge

Je passe la matinée au parc de Ranomafana avec pour objectif de voir des lémuriens. C’est la première balade de ce voyage dans une forêt tropicale humide. Cette forêt n’est « que » secondaire et pourtant tellement vivante déjà. Les grenouilles notamment sont des plus bruyantes. Cris stridents à mes oreilles inconnus. La première fois j’ai cru entendre une alarme de voiture, piètre référence face à ces sons inouïs.
Dans le parc, je croise le lémurien Grand Hapalémur. Il n’en reste qu’un seul dans cette forêt. Je suis si émue de l’avoir sous mes yeux. Mille questions et tristesses me traversent. C’est un gourmand, il se gave longuement de feuilles. Un groupe de lémuriens Hapalémur Doré le rejoint. Mon guide m’explique : les femelles de ce groupe, pourtant d’une espèce différente, jouent avec ce lémurien solitaire. Il, ou plutôt elle en fait, car c’est une femelle, a été adoptée par cette famille. J’assiste à leurs papouilles, leurs câlins.
Plus tard, je croise des lémuriens Sifaka. C’est le second lémurien le plus gros de Madagascar, après le Indri-indri que j’ai déjà rencontré dans l’est de l’île cinq ans plus tôt. Le Sifaka a des attitudes humaines avec ses grands membres… Tant que les Malgaches du peuple Tanala pensent que leurs ancêtres peuvent se réincarner en lémuriens !
Colère profonde contre les orpailleurs qui détruisent depuis 15 ans et en toute impunité la faible portion de forêt primaire qui reste encore à une colline de là…

À Fionar, je découvre dans le guide Petit Futé que Pierrot Men a ici un « labo photo ». Je m’y rends pour en définitive l’y attendre plus d’une heure. Cela chamboulera mon agenda de la soirée et du lendemain, mais qu’importe : la rencontre le valait largement. Humanité, douceur, gentillesse, immense ouverture de cœur et d’esprit se dégagent de cet homme. Nous échangeons pendant une heure. Je compte écrire sur lui plus longuement pour TV5 Monde.
Les paysages du jour sont renversants de beauté. Rizières en terrasse, vastes vallées, hautes montagnes. « Colisée de rizières » me commente Harry, mon chauffeur-guide de la RN7.

Morondava vu par Pierrot Men

Mardi 7 décembre, depuis l’Isalo Ranch

Journée remplie et surtout superbe.
En début de matinée, balade avec un nouveau guide local et un couple de Néerlandais dans la vallée. Les paysages sont à couper le souffle.
Coup de cœur au marché aux zébus. Des bêtes et des hommes avec de somptueuses montagnes en arrière-plan. On me regarde plus que les bêtes je crois !
Je parle peu, je ne suis qu’yeux, curiosité et questionnements.

Coup de cœur plus qu’absolu pour la réserve d’Anja. Les habitants des six villages environnants y protègent des lémuriens Maki Catta. Une réussite ! Près de 400 lémuriens y batifolent aujourd’hui. Ils restent non domestiqués, mais ne sont pas farouches pour autant.
Émilien est mon guide pour cette visite. Grâce à lui, je vois un groupe d’une vingtaine de Maki en pleine sieste. Je suis pressée, comme si souvent pendant cette mission, mais qu’importe, j’attends et espère qu’ils se réveillent bientôt.
Les moments qui suivent ma juste patience sont hors du temps.
Le réveil où les mammifères s’épouillent et se papouillent. La descente de l’arbre, presque à la queue leu leu, direction le garde-manger, à savoir un autre arbre, à quelques centaines de mètres. Je les observe si longtemps, si longuement – les quinze ou vingt lémuriens sont à moins d’un mètre de moi. Les petits jouent, crient, sautillent et mangent, les plus âgés se régalent de feuilles surtout. Ils sont tous si près de moi.
Magie, magie, magie de la pure nature… Quelle témoin privilégiée j’ai conscience d’être. Bonheur pur et gratitude immense, une nouvelle fois.

Mercredi 8 décembre, depuis l’Isalo Ranch

La randonnée dans le parc national de l’Isalo est de toute beauté. Je ressens la puissance immense des éléments tout au long des 18 kilomètres arpentés.
La pierre d’abord, datant de l’époque jurassique. Des dinosaures étaient témoins de ces mêmes beautés – bon je réalise que c’est peut-être le cas pour nos montagnes européennes en fait…
J’ai tout juste marché une heure et déjà le soleil chauffe fort, il est à peine 8 heures. Le panorama sur le plateau de l’Horombe est à couper le souffle. Si grand, il parait infini.
Et très vite un nouveau changement de décor : je suis dans une « piscine naturelle », au cœur des roches. L’eau est si pure, je la bois. J’apprends que les montagnes de l’Isalo détiennent plusieurs sources qui sont vitales pour toute la région. J’arpente ensuite des canyons. La végétation est luxuriante dans ces roches élevées. Beau, beau, beau… Je médite ici à plusieurs reprises.
Alors que la fin de notre randonnée approche, nous tombons nez à nez avec deux lémuriens Maki Catta et bientôt d’autres. Voir ces si uniques animaux dans leur élément rajoute encore de la magie à cette journée splendide. J’en suis pantoise !

J’ai de très belles discussions avec Dolphin, mon guide pour cette randonnée. Il est d’ethnie Bara, animiste, ouvert et sympathique. Il me raconte sa culture en toute simplicité. Nous avons de beaux moments d’échange. Je partage avec lui ma vision du monde et des énergies. Après notre randonnée, il m’accompagne rencontrer un guérisseur traditionnel bara. C’était l’une de mes volontés depuis le début du voyage et l’occasion ne s’était pas encore présentée. Je suis tellement heureuse de pouvoir découvrir ce pan-ci de la culture malgache.
Assise dans la case de l’homme en contact avec le monde invisible, je n’apprendrai finalement rien de neuf en ce qui concerne ma pratique ou mes propres capacités de guérisseuse, mais l’expérience est intéressante. Je comprends alors que je dois continuer mon chemin d’apprentissage seule et que les éléments sont et resteront mes meilleurs enseignants…

Dimanche 11 décembre, depuis l’aéroport de Tuléar

Retour sur les deux derniers jours.
Une route longue et chaude me mène de l’Isalo à la cote. Je quitte ces montagnes magnétiques avec un pincement au cœur, la fin de mon voyage approche définitivement. Puis l’immense plateau de l’Horombe, le plus vaste de Mada, me fait face.
Alors que nous sommes partis à 7h du matin, la température monte une heure plus tard pour devenir brûlante dès 9h. Nous roulons à travers la savane, pas tout à fait pelée comme on l’imagine, quelques arbres frêles se dressent au milieu. Quatre heures de route encore et nous voici à Tuléar, une grande ville en bord de mer, mais qui n’est pas forcément la plus agréable aujourd’hui pour les touristes.
J’arrive à Manguily, j’y resterai une nuit seulement, mais finalement plus de 24 heures. Petite balade dans le village, qui n’est composé que de quelques rues, je l’apprends sur place, il y a tout de même près de 10.000 habitants. L’ambiance est du style « villégiature en bord de mer ».
Je vois qu’ici, tout est tourné vers le tourisme, impossible de rester plus de deux minutes sur la plage sans qu’on me propose, dans l’ordre : des cadeaux souvenirs, des massages, des masques, des tresses, des sorties en pirogue… Les vendeurs et rabatteurs sont pour le moins insistants, je n’y suis pas habituée. Le bord de mer est tout de même beau et le coucher de soleil sur les flots, une fois de plus, superbe…

Une vraie surprise m’attend le lendemain, je ne l’avais pas prévu, mais je repars pour une petite journée en mer. Tintin est le piroguier recommandé par l’hôtel où je séjourne et sera une magnifique rencontre.
D’ethnie Vezo, Tintin prend la mer depuis toujours et la prend aujourd’hui pour les voyageurs, en famille, ses matelots du jour seront son oncle et son fils. Dès le premier regard, ses yeux particulièrement lumineux et vifs me fascinent. Ma première impression sera confirmée tout au long des heures partagées : respectueux, prévenant, attentif et honnête, c’est le genre de personne avec qui je pourrais partir naviguer pendant des jours. Nous voguons vers deux spots de snorkeling. Malheureusement en partie dégradés, par le fond des pirogues pêchant à marée basse m’apprend Tintin, sans doute aussi par les touristes… Les coraux restent tout de même superbes à observer. Je prends des poissons en filature à moult reprises…

Nous posons ensuite pied à plage pour le déjeuner. Plage de sable blanc, eaux transparentes vert clair d’abord puis turquoise, et deux immenses palétuviers pour nous abriter du soleil. Tintin trouve des pêcheurs qui nous vendent calamars et carpe géante. Il prépare un succulent repas, l’instant est parfait : la compagnie, le contenu de l’assiette et le cadre, je me régale comme rarement !
Cette journée en mer inattendue est parfaite, tel un cadeau final de cette si belle route.

Retour à terre, il fait si chaud. Une petite sieste et je pars pour la réserve privée Reniala. J’y rencontrerai le plus vieux baobab croisé de toute la route – 1.200 ans ! Il était là alors que les hommes commençaient à peine à fouler le sol malgache. Incroyable présence et majesté de cet arbre imposant…

Arrivée à Tuléar, je repars pour un « samedi joli » pour cette dernière soirée en compagnie de Harry, nous irons du côté du port. Enfilade de petites terrasses, chaises en plastique, nappes colorées, grillades de poisson et bières à profusion. L’ambiance est Malagasy et très sympa. Je suis épuisée de ma journée et tombe de sommeil, je rentre à mon (très agréable) hôtel Moringa à 22h.

Demain je me lève à 4h20 pour prendre mon vol pour la capitale, première étape vers le retour en France…

Liens utiles :
*L’hôtel Thermal à Ranomafana
*Le site du talentueux photographe Pierrot Men
*Le contact facebook du piroguier Tintin
*Les coordonnées Whatsapp de mon chauffeur-guide de grande confiance, Harry : +261 34 70 513 78
*Les guides Petit Futé, pour lesquels j’étais en mission à Madagascar

Et quelques images encore de cette si belle Route du Sud de Madagascar…

Laisser un commentaire