Présente à Bamako
Jan 19, 2016 Mali 6

Je rentre de trois semaines sur le sol africain, trois semaines aux couleurs maliennes, trois semaines au goût de la poussière de Bamako.
Je ne savais pas du tout à quoi m’attendre pour ce départ. Il était si particulier : à la fois désiré depuis tellement longtemps, si important pour ma vie de famille et évident à la fois…

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Je suis attirée par l’Afrique de l’Ouest depuis des années, et par le Mali plus précisément. Depuis que je connais M. et d’autant plus depuis que nous sommes mariés, c’est une évidence que nous devions partir là-bas, mais la situation du pays n’a jamais laissé cette évidence se transformer en réalité. Avec la naissance de notre ange, cette évidence est devenue une nécessité. Nous avons pris nos billets d’avion. Quand nous les avons réservés, au début de l’automne 2015, la « situation » semblait assez calme. Mes parents étaient peu sereins, je leur disais alors « il y a plus de chance qu’il y ait un attentat à Paris qu’à Bamako ». Je ne pensais pas que ce sombre vendredi de novembre viendrait me donner si tristement raison… Une semaine après ce jour, une prise d’otage visant des Occidentaux se déroule en plein Bamako.
Nous maintenons notre départ – le monde marchant sur la tête, nous essayons, M. et moi, de rester les plus fidèles à nous mêmes.
En ce mercredi de décembre, je quitte la France fatiguée moralement et physiquement comme je l’ai rarement été. Je ne sais pas ce qui m’attend sur ce continent tant désiré et n’ai même pas la force de me l’imaginer.

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Nous atterrissons à Bamako.
A peine arrivés au domicile familial de M., nous sommes reçus le plus chaleureusement qui soit. Là vivent les deux parents de M., son frère et sa sœur. Nous sommes très attendus, M. n’est pas rentré depuis plusieurs années. Nous resterons à Bamako les 21 jours. Et à une exception près, nous dormirons toutes les nuits là-bas…
A peine arrivés au domicile familial, la magie du voyage, ou bien la magie de l’Afrique, ou encore la magie du cadre familial, qui sait, opère. A partir de ce moment-là, je ne pense plus à Paris, je ne pense plus aux récentes lourdeurs, je ne pense plus à la terreur. A partir de ce moment-là, je suis dans le présent, dans le pur présent ai-je envie d’écrire.
Mieux encore, je n’ai pas d’accès à internet. Mon forfait téléphonique ne le permet pas, le wifi est inexistant, et le cyber café charge une page à la minute. Ca fait des années que j’ai été si peu connectée. Je ne regarde pas les informations à la télévision, ni n’écoute la radio. Je vis une « digital-détox » combinée à « information-détox ». Pour mon plus grand bien. Trois semaines de pur présent.

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Je me laisse absorber.
Je découvre des facettes inédites de M. en fonction des caractères de ses proches, de leurs échanges, de leurs habitudes.
Je profite de tout ce qui m’entoure. Mes sens sont en perpétuels éveils, aiguisés au maximum.
Ce qui me marque le plus ? L’air rouge et sec. L’harmattan souffle souvent son vent venu des dunes du Sahara. Il recouvre la ville de sa rouge poussière. En cette saison hivernale – il fait entre 25 & 30°c en moyenne – l’air est plus sec que jamais… Je m’acclimate rapidement à ce nouvel environnement. C’est en regardant les arbres et la végétation que je réalise à quel point tout est rouge.
De retour à Paris, le rougeoiement bamakois éblouit mes clichés…
Les sons de Bamako sont aussi inédits pour mes oreilles novices. Il y a des arbres partout dans la ville. Aurore et crépuscule sont les moments privilégiés pour tendre l’oreille : oiseaux, grillons et autres insectes chantants s’époumonent et font oublier que nous sommes en pleine capitale. Le reste de la journée, la ville vibre aux sons des hommes. Beaucoup de musique, partout, tout le temps, j’y reviendrai quand je vous parlerai de ma grande passion qui s’est trouvée ici épanouie, la danse. Souvent la ville vibre au son des pilons et autres ustensiles de cuisine ou d’artisanat. Les gens se parlent, les salutations durent longtemps, le bambara vibre.
Je me laisse absorber…

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6 comments on “Présente à Bamako

  1. La folie n’a pas de frontières. J’avais dit la même chose aux Marocains avec lesquels je parlais l’an dernier à Marrakech: on n’est pas plus en sécurité à Paris qu’à Marrakech…
    As-tu enregistré ces sons?

    1. Malheureusement tu as bien raison…
      Non, je n’ai pas enregistré de sons, j’étais trop en mode « présent » pour consacrer du temps à cela… j’ai même pris assez peu de photos en fait. Ne restent que mes mots 🙂

  2. Salut,
    C’est génial que ton séjour s’est bien passé et que tu l’as bien vecu. Vous avez eu bien raison d’y aller quand même. Une detox internet et information, on devrait tous le faire de temps en temps. Cela permet justement, comme tu le dis si bien, de vivre le moment présent au max.

    1. Merci pour ton petit mot !
      En relisant tes lignes je réalise et c’est fou : on se crée vraiment des problèmes de nos jours, il y a quelques décennies, ou même années, on devait vivre principalement « au présent ». Et pour nous, c’est presqu’un exploit…

  3. Merci pour ce partage de ce joli voyage ! En effet, le Mali est un très beau pays et Bamako une magnifique capitale.
    On se laisse vite absorber par la bonne humeur ambiante et les musiques qui rythment les journées.

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