A la rencontre de Mathieu Mouillet et sa « diagonale du vide » !
Mai 01, 2021 Voyaaages ! 2

Mathieu Mouillet, je le connais depuis des années. C’est un collègue blogueur de la première heure (première rencontre en 2012, ça nous emmène loin loin), passionné de voyages et de beaux mots. J’apprécie aussi sa personnalité qui dénote parmi les égos parfois surdimensionnés des influenceurs, et nos routes se sont déjà croisées sur des terrains professionnels.
Il a sorti il y a quelques temps déjà un superbe livre intitulé La diagonale du vide, voyage exotique en France. C’est le récit de 18 mois de voyage, sur la route à travers les endroits les plus secrets de France, pour découvrir autrement « le plus beau pays du monde ». Bien avant que voyager en France ne soit devenu une tendance malgré nous, Mathieu a fait le pari des territoires reculés.
Vous m’accompagnez pour partir à sa rencontre ?

Mathieu a eu la gentillesse de répondre à mes questions, et avant de partager cet entretien, voici mon avis sur son oeuvre…
Dans La diagonale du vide, j’ai aimé reconnaître des territoires (mon Sud-Ouest natal, Faux-la-montagne où s’est installé une très proche amie…). J’ai aimé plus encore découvrir des territoires que je ne savais pas placer sur une carte. Chapeau bas pour toutes les interviews et tous les portraits, ça m’a souvent donné envie d’y faire un tour. J’ai aussi aimé son cheminement spirituel, les questions que l’auteur se pose sur les raisons de ce voyage, sur son positionnement dans le parcours…
Bref c’est un livre qui donne envie de prendre la route et qui fait du bien.
Merci Mat !

Comment est né ce projet de voyage dans la Diagonale du Vide ?
Au commencement, l’idée de voyager en France m’est venue il y a 20 ans lors de mon tour du monde à vélo. Je me rendais compte que j’avais voyagé de manière aventureuse un peu partout sauf chez moi. Je me demandais à quoi ressemblerait un voyage d’aventure en France.
De l’idée à la réalisation, il s’est passé dix ans. Dix ans à Paris, à courir. Dix ans de voyage aussi, à courir. J’avais besoin de ralentir le rythme et je sentais qu’il me fallait quitter Paris, mais pour aller où ? Cette idée de voyage en France m’est alors revenue en tête. Elle me permettrait de quitter Paris avec un projet : celui de traverser la France en allant rencontrer ses habitants mais pas n’importe lesquels : ceux qui se sentaient bien là où ils vivaient et qui avaient choisi d’y vivre.
J’ai fait des recherches pour trouver un itinéraire qui sortait des sentiers battus et je suis tombé sur cette diagonale du vide qui correspondait parfaitement à ce que je cherchais : des endroits méconnus qu’on traverse sans s’arrêter parce qu’il n’y a « rien à voir ». Un terrain d’exploration idéal loin des itinéraires touristiques !

Tu es rentré depuis quelques temps déjà, qu’est-ce qui reste ton plus beau souvenir de voyage ?
Le plus beau souvenir est probablement la traversée du Cézallier à vélo. Météo parfaite, paysages dignes de la Mongolie, un sentiment de liberté extrême et d’être au bon endroit au bon moment. Sans compter la surprise de découvrir ce lieu que je ne connaissais pas et où je n’avais pas prévu de passer. C’est le couple dont je faisais le portrait, Françoise et Jean-Claude de la fromagerie Caldera à Murat, qui m’ont indiqué ce lieu en me disant que je devrais y trouver ce pourquoi j’étais parti. Une confirmation supplémentaire de l’idée selon laquelle c’est quand on ne prévoit rien qu’on vit les meilleures  expériences.

… et le pire ?
Peut-être l’ascension du Causse Méjean avec mon carrix, une sorte de brancard à roulette qui me permettait de tirer mon sac au lieu de le porter suite à mon lumbago dans les Pyrénées. La pente était vraiment raide, la chaleur infernale et je me disais « mais qu’est-ce que je fous-là ? » . C’est ce jour là que j’ai décidé de mettre un terme au voyage à pied et de continuer à vélo.

Ce voyage a-t-il changé quelque chose dans ta vie ?
Bien sûr, il a tout changé. J’ai quitté Paris pour m’installer dans une petite maison en Haute-Marne dont j’ai hérité durant le voyage. C’est également pendant le voyage que j’ai rencontré Kat dont je partage la vie aujourd’hui. Et puis c’est grâce à ce voyage et au livre que j’en ai tiré que je gagne ma vie. 

A propos de l’aventure éditoriale justement : pourquoi un livre (toi qui tient déjà un blog) et pourquoi l’auto-édition ?
Le livre était une tentative renouvelée de trouver un modèle économique autour de mes voyages. Depuis 20 ans, je cherche des solutions pour faire du voyage mon gagne-pain. Les modèles économiques des blogs professionnels ne m’attiraient pas. J’ai envie de faire MES voyages, pas ceux qu’on veut me faire faire. Je n’ai pas non plus envie de transformer mes articles en alibi pour caser des liens sponsorisés. Écrire un livre me semblait la manière la plus libre et la plus enthousiasmante.
Connaissant les pourcentages ridicules que les auteurs touchent sur le prix d’un livre (entre 2 et 9%), l’auto-édition s’est rapidement imposée. J’étais prêt à prendre le risque de me planter (sans grand fracas, j’avais déjà une petite audience) et surtout de réussir. J’ai bien fait et le voyage m’a vraiment aidé à croire en moi. J’avais rencontré tant de personnes qui avaient suivi leur petite voie, je ne pouvais que suivre la mienne qui me disait : va-z-y fonce ! 

Tu as dépassé les 10.000 exemplaires vendus, peux-tu nous partager les coulisses de ce succès (et encore bravo au passage!) ?
Merci ! 10 000 quand j’aurai éclusé les quelques-uns restants – on va fêter ça !
Les coulisses, c’est beaucoup de travail et de patience. Faire ce qu’on fait du mieux possible, ne pas compter ses heures sur la rédaction d’un article, le traitement des photos, la mise en page… Savoir s’entourer sur les parties qu’on ne maîtrise pas (Manon qui finissait ses études de typographie et à qui j’ai donné pour seule consigne de faire « un beau livre » a composé une maquette très graphique. Kat, ma compagne qui est aussi artiste, m’a fait une couverture toute en douceur avec un rendu très « maison »). Trouver un imprimeur, pas forcément le moins cher, mais celui qu’on sent bien (la SCOP Laballery à Clamecy, en pleine diagonale du vide pour ma part).
Et ensuite, donner de la visibilité à son travail. Faire le tour des salons de voyage, contacter les librairies et proposer des signatures, démarcher les médias… Tout ça représente deux ans d’un travail de fourmi pour vendre 3000 livres. C’est déjà un beau succès pour de l’auto-édition mais qui restait très précaire économiquement parlant.

Qu’est-ce qui a fait la différence selon toi ?
Le vrai déclencheur, ce qui a mis le feu aux poudres, ça a été le lancement de campagnes de publicités sur les réseaux sociaux. Avec l’arrivée de l’épidémie de COVID, les réseaux sociaux sont devenus la fenêtre ouverte sur le monde. La France s’annonçait comme la seule destination pour des vacances en sécurité ; des vacances nature si possible et loin de la foule, après le premier épisode de confinement. Tout ce dont je parlais dans mon livre, avec en prime des rencontres. J’ai senti que c’était le moment où jamais de mettre mon livre en avant. Et effectivement, ça a tout de suite pris. Même les librairies se sont mises à commander par paquets de 30 et à recommander !
J’ai passé 2020 à monitorer des campagnes de pub, surveiller des chiffres, optimiser ma boutique en ligne, gérer les expéditions et les commandes, comprendre qui sont mes acheteurs, savoir comment les atteindre… La rançon du succès. Aussi grisant qu’épuisant, parce que je pensais à chaque fois que la fenêtre de tir allait se refermer et qu’il fallait en profiter tant qu’elle était ouverte. Et pourtant, on se retrouve à peu près dans la même situation aujourd’hui qu’il y a un an.
Aujourd’hui, je suis devenu chef d’entreprise avant d’être auteur et ça me pose beaucoup de questions… Je n’ai plus du tout le temps d’écrire. Côté voyage, la question ne se pose même pas… C’est un drôle de cap. Je n’avais pas anticipé ça. 

Justement, quels sont tes projets pour la suite ?
Le premier chantier de cette année, ça a été d’embaucher quelqu’un pour me venir en aide sur toute la partie promotion du livre. J’ai recruté un apprenti début mars et je suis en train de le former pour pouvoir me libérer du temps pour écrire. 
Parce que le projet de l’année, c’est un nouveau livre sur la genèse de mon voyage en France : le tour du monde à vélo réalisé il y a 20 ans mais raconté avec mes yeux d’aujourd’hui. En 20 ans, le monde a changé et le voyage aussi. Alors que tout le monde se demande à quoi ressemblera le voyage de demain, il me semble intéressant de se retourner sur ce qu’on a vécu et voir ce qu’on peut en tirer. Pour voyager de manière un peu moins égoïste, espérons le…
Côté voyage, j’en ai toujours plein les tiroirs. Une traversée de l’Atlas en mule, un tour d’Italie (à vélo ?)… La question, c’est quand ? En attendant, je vais m’évader par l’écriture.

Un immense merci Mathieu pour cette très chouette interview!
Et c’est par ici pour se procurer La diagonale du vide.

Toutes les photos et vidéo de cet article sont de Mathieu Mouillet.

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