Cette grenade dans la main du jeune nègre est-elle une arme ou un fruit ?
Mai 06, 2014 Art 6

Cette grenade dans la main du jeune nègre est-elle une arme ou un fruitJ’avais entendu parler de Dany Laferrière depuis pas mal de temps. Le titre de son livre le plus connu m’a marquée. Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer, ça laisse peu indifférent, surtout quand on est soi-même mariée à un homme à la peau sombre. Wikipédia nous en dit plus sur lui « Dany Laferrière, né à Port-au-Prince (Haïti) le 13 avril 1953, est un intellectuel, écrivain, et scénariste canadien d’origine haïtienne, vivant au Québec, à Montréal. Il a reçu le prix Médicis 2009 pour son roman L’Énigme du retour. En 2013, il devient membre de l’Académie française. »
Je n’avais pas encore eu l’occasion de me procurer ce livre, ni aucun autre de cet auteur.

Et puis je me suis préparée à partir en croisière dans les Caraïbes et je me suis équipée de nombreux livres. Je cherchais des auteurs caraïbéens de langue française et Dany Laferrière s’est imposé.

J’ai choisi de découvrir son univers par Cette grenade dans la main du jeune nègre est-elle une arme ou un fruit, simplement car le livre se déroule aux Etats-Unis, et j’y mettais aussi le pied pour la première fois pendant ladite croisière.
Les rapports blancs-noirs décris brièvement sur la quatrième de couverture m’ont convaincue de choisir cet opus. Je n’ai pas été déçue.

Un ring : le territoire des Etats-Unis. Deux boxeurs face à face, l’écrivain Dany Laferrière, d’un côté, la société américaine de l’autre. Boxe ! L’écrivain donne des coups : au racisme, aux clichés, à la pacotille hollywoodienne. Et il encaisse, célébrant le dynamisme du pays, sa foi inépuisable en sa propre puissance, son génie créatif. Un exercice d’admiration entre américains, dans ce pays où être, c’est vouloir être quelqu’un.

J’ai adoré le style de Dany Laferrière…

Il nous emmène d’une nouvelle à l’autre, d’un fait divers a priori léger à une histoire grave en passant par la description de la mafia cubaine à Miami ou par quelques mythes américains. On le suit du coq à l’âne, on semble se perdre, mais non, l’auteur nous emmène avec lui dans cette description des Etats-Unis et de la place qui y est faite (ou non) pour les Noirs.
Les courts chapitres se lisent facilement et j’ai littéralement avalé Cette grenade dans la main du jeune nègre est-elle une arme ou un fruit

Pour saisir la couleur de ce livre, en voici les premières lignes :

Ceci n’est pas un roman. Je le dis en pensant à Magritte dessinant une pipe et écrivant en légende : «Ceci n’est pas une pipe.»
J’écris ce livre avec des notes prises sur le vif, un peu partout en Amérique du Nord. Dans un train en direction de Vancouver avec cette grosse femme, en face de moi, qui n’a pas arrêté de me dévisager durant tout le trajet, croyant que je faisais son portait (ce qui était vrai d’ailleurs). Dans un autobus filant vers le Sud (Kew West), un vendredi ensoleillé… et la mer terriblement bleue des deux côtés de ce pont interminable. Dans ce restaurant végétarien de San Francisco où je n’ai rien mangé à cause de cette microscopique chose graisseuse restée au coin de la bouche de cette longue fille assise à trois tables de moi, sur la gauche. Dans un taxi, à la sortie d’une discothèque de Manhattan, à trois heures du matin (on cherchait désespérément des bagels). Dans les toilettes du Shed Café (un bar branché de Montréal, sur le boulevard Saint-Laurent, fréquenté par de jeunes comédiennes aux seins métalliques qui vous lancent des clins d’œil au laser) avec cette fille aux cheveux verts qui chialait parce qu’elle n’arrivait pas à trouver la bonne veine pour se foutre toute la merde dans le corps. En Amérique, on bouge sans cesse. L’espace américain est une invitation à la vitesse.

Connaissez-vous Dany Laferrière et/ou ce livre-ci?
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6 comments on “Cette grenade dans la main du jeune nègre est-elle une arme ou un fruit ?

  1. Ai-je vraiment besoin de répondre à la question? 😉 Le livre que j’emporterais sur une île déserte (en plus de Ru, de Kim Thuy): L’énigme du retour. Je dis souvent que Dany Laferrière est le seul qui pourrait justifier mon abandon de l’écriture: il a écrit ce que j’aurais aimé écrire moi-même. Un grand écrivain!

    1. Coucou Marie-Julie
      j’ai enfin lu « L’énigme du retour ». Excellentissime. J’ai même commencé à le relire une seconde fois tant je ne voulais pas le lâcher…
      J’en parle ici bientôt 🙂

  2. Oh tiens, j’ai commencé une thèse sur la littérature caribéenne anglophone mais je ne connais que très peu les écrivains caribéens francophones. Merci pour la découverte ! Pour ceux qui sont à l’aise en anglais, je vous conseille de lire Kamau Brathwaite, un des écrivains majeurs des Caraïbes.

  3. Je lis cet auteur pour la première fois avec Journal d’un écrivain en pyjama et j’aime beaucoup. Je l’ai vu aux Correspondances de Manosque l’année dernière et j’ai adoré l’écouter parler…

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