Passerelles* Le jour de la Marche
Jan 23, 2015 Couple Mixte 10

Il est temps.
Il est temps que je partage avec vous, amis lecteurs, un peu de ce quotidien qui me lie à mon mari M., Malien et musulman. Vous vous souvenez? j’avais livré ici le récit de notre mariage.
Aujourd’hui je commence une série, où seront évoquées les questions liées à notre mixité. L’idée de ces articles est de témoigner par notre exemple que oui, le dialogue interculturel est possible, et oui, de la différence des cultures peut naître la beauté… En espérant que ces articles seront des petites passerelles entre deux mondes qui se côtoient trop souvent sans se connaître.
Occuper différemment l’espace disponible de vos cerveaux d’internet me paraît plus qu’important en ces temps troubles.
J’espère que vous apprécierez !

Le premier thème de cette série s’impose à moi – même si ce sujet ne parle pas directement de mon couple, il le concerne à bien des niveaux. 

Charlie par Emmanuel Chaunu

Le jour de la Marche Républicaine

Je commence à comprendre pourquoi j’ai tant été touchée par les événements de cette semaine irréaliste, qui restera à jamais gravée dans les mémoires. Cette semaine du drame de Charlie Hebdo.

C’est la valeur qui m’est la plus chère qui a été bafouée. La liberté. Cette perle rare que j’emploie jour après jour. Dont j’use et j’abuse depuis toujours. Dont je mesure plus que jamais la valeur depuis trois années, depuis que je partage ma vie avec une personne qui en a longtemps été privée.
Liberté, liberté chérie, liberté innée pour la plupart des Français. Une valeur évidente, pour au moins un tiers fondatrice de notre république. Liberté trop souvent vécue comme allant de soi et que nous ne chérissons pas assez, à laquelle nous ne prêtons pas assez attention.
Le drame de Charlie Hebdo nous rappelle à quel point cette liberté est un don, une grâce, à quel point cette valeur fondamentale est fragile et comment il est facile de la réduire à néant.
Liberté j’écris ton nom et nous devons tous crier ta valeur.

Cette valeur tant chérie a été foulée au pied à quelques mètres de moi par des fous extrémistes se disant de la religion de ma moitié. Voilà une image si dure à assimiler pour moi. Je sais que notre monde tourne à l’envers depuis longtemps et que l’intégrisme islamiste est un des tristes fléaux de notre siècle. J’essaie de suivre ce qui se passe aux quatre coins de notre monde pourtant beau. Il y a quelques jours encore le film Timbuktu me touchait au plus profond. Dans une poésie inouïe Abderrahmane Sissako, le réalisateur, parvenait à nous faire imaginer la barbarie islamiste dont sont victimes les Maliens et tant d’autres peuples. Pour autant, je le réalise aujourd’hui seulement, tout cela restait encore lointain pour moi, malgré tout l’amour que je porte au peuple de mon mari. Avec le drame de Charlie Hebdo et ceux qui ont suivi à Paris, l’islamisme et ses horreurs se sont invitées dans une proximité immédiate, touchant à la fois mon lieu de vie et cette valeur fondamentale pour moi. Alors que l’Islam est pour moi une religion d’amour. Amour, simplement car c’est une religion où la paix et la tolérance sont le message central. Et amour surtout car c’est la religion de ma moitié, avec qui j’ai choisi d’unir ma vie.

Je n’ai pas peur d’être touchée par un attentat terroriste, non. Ma peur concerne les conséquences de ces actes abjectes sur le peuple français, sur le vivre ensemble au quotidien, et plus précisément sur la stigmatisation des musulmans. Car mon mari est musulman, car j’aurai un jour un enfant qui le deviendra peut-être. Les amalgames sont malheureusement trop faciles et facilités par populistes et opportunistes.
J’avais peur jusqu’à hier. Hier, je me suis décidée à prendre la plume, et à l’image de ces journalistes morts le stylo à la main, je fais aujourd’hui le vœu de défendre haut et fort cette valeur qui m’est si chère. Aujourd’hui j’ai participé à cette Marche Républicaine et j’ai vu le meilleur de la France dans la rue. Je ne sais pas si cela suffira à éloigner racisme et amalgame pour toujours, mais au moins un élan de fraternité bien réel traverse le pays et me laisse espérer des lendemains meilleurs.

J’espère sincèrement que cet élan perdurera au-delà de la une des JT et que nous pourrons continuer à être fiers d’être français, en toute égalité, fraternité et liberté.
Avec mes modestes contributions, ces petites « passerelles » entre deux mondes, je m’y engage aujourd’hui.
A moi, à chacun de nous de cultiver ces valeurs qui nous sont chères au quotidien.

Et vous, chers lecteurs, ces journées singulières, que vous ont-elles inspirés ? N’hésitez pas à laisser votre avis dans les commentaires !

10 comments on “Passerelles* Le jour de la Marche

    1. Merci pour ton commentaire Olivier.
      En effet, l’unité ressentie ces jours-ci nous éloigne (et ça fait du bien) des images souvent véhiculées par les médias d’une France déprimée et rabat-joie…

  1. Lire ton billet m’a donné envie d’écrire une critique (élogieuse) du film Timbuktu que tu cites ; ce film est le genre de passerelles qui font du bien, tout comme ton billet, tout comme un tas d’autres initiatives individuelles qui, mises bout à bout, je suis sûr, montreront que ce n’est pas de désespoir dont il faut parler aujourd’hui. J’attends avec hâte la suite 😉

    1. Merci pour ton mot Chris…
      La suite viendra c’est certain!
      Et figure-toi qu’un billet sur l’excellent Timbuktu est dans les tuyaux, à suivre également (que de teasing, que de teasing 😉 )!

  2. Merci pour ce bel écrit où je me retrouve étant donné que je suis mariée depuis presque 6 ans avec un malien musulman.
    Nos couples sont par eux même une ode à la liberté et au respect.

    1. Oh merci Laurence pour ces lignes…
      J’ai franchement hésité à publier cet article (il m’arrive rarement d’hésiter à ce propos), et je me demandais si vous serez réceptifs d’une manière ou d’une autre. Ton commentaire me confirme que oui !
      Je ne peux que souhaiter longue et belle vie à ton couple 😀

  3. J’aimais votre blog, je le suivais depuis quelques temps et maintenant je sais pourquoi. Je me retrouve vraiment dans ce que vous écrivez. Je suis moi aussi très attaché au peuple malien, pas par mon mari mais par mes petits enfants d’origine malienne. Ces gens si accueillants, si dignes dans leur dénuement avec lequel j’ai vécu des moments intenses pendants les nombreux séjours que j’ai fait autour d’un projet d’école.
    Je suis intéressée et j’aime leur culture. J’ai, moi aussi, été très touchée par le film « Timbuktu »
    Je suis comme vous inquiète pour les conséquences de ces actes abjects. Il est sûrement très importants de « faire des passerelles » comme vous le dites. Votre projet d’articles sur la mixité me semble très important. J’ai hâte de vous lire. Nos réponses au quotidien pourront peut-être laisser un monde meilleur à nos enfants et petits enfants.
    Merci pour ce beau billet.

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