Passerelle #4, un couple franco-malien au quotidien (avec un nouveau proverbe dedans)
Oct 15, 2015 Couple Mixte 13

Partager le quotidien de M., mon cher et tendre venu du Mali signifie que mon quotidien sera toujours voyageur…
Je vous en ai déjà parlé en ces colonnes, ici et notamment là, et je continue ce jour à traiter cette question…

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Concernant les plus jeunes…

Un vaste sujet où la différence culturelle s’illustre à loisir est bien sûr l’éducation des enfants
Etant tout jeunes parents, nous sommes bien conscients que bien des différences, petites ou grandes, se manifesteront à propos de l’éducation de notre fils.
Alors que notre petit trésor n’a pas sept mois, j’en vois déjà quelques unes. Premier petit exemple, les Maliens aiment « tonifier » les enfants. Dès le plus jeune âge d’un bébé, quelques jours ou quelques semaines à peine, il n’est pas rare de le manipuler pour lui faire faire de l’exercice. On tire sur les jambes, on passe les bras derrière la tête. On le fait sauter… La première fois, j’ai bien été surprise et j’ai même eu peur, disons-le, mais je m’y suis finalement faite !
Une autre chose m’a surprise juste après la naissance de notre fils : alors que je me pâmais devant sa beauté – il est évident que mon bébé est la septième merveille du monde – M. me mettait en garde : il vaut mieux ne pas crier sur tous les toits à quel point il est beau et garder ces compliments pour la maison. Il m’a ensuite expliqué pour quelle raison : dire devant tout le monde que son enfant est beau est aussi mal venu que détailler ses revenus devant des personnes dans le besoin… On jugera au Mali cette attitude déplacée et arrogante…

J2bis

… et les moins jeunes !

Un autre point, et non des moindres où notre différence culturelle se fait sentir : le respect des anciens. Au Mali, les plus jeunes doivent le respect aux anciens. Les enfants respectent les parents et grands-parents, les cadets respectent les aînés. Par exemple, je n’ai jamais vu et ne verrai jamais je crois M. couper la parole à ses parents. Il appelle ses amis plus âgés que lui d’un respectueux « korô » signifiant grand-frère.
Pour illustrer comme il se doit ces quelques lignes, rien ne vaut un proverbe malien bien choisi :

Être aussi muet qu’un fils qui a entendu son père péter.

Ce proverbe serait l’équivalent de notre « Être muet comme une carpe ». Un fils, devant un respect absolu à son père, ne doit même pas signifier à se dernier qu’il a entendu un gaz s’échapper et doit faire comme si rien ne s’était passé…
Imaginez le contraste entre nos deux familles : mon propre père, lui, ne se gênera pas pour faire, devant ses enfants, brus ou gendres, des blagues de tout genre (ceci incluant le dessous de la ceinture) et le silence de son auditoire serait justement perçu comme de l’impolitesse !

Envie de comprendre

Quelques lignes encore à ce propos… Plus que jamais aujourd’hui, j’ai envie de comprendre. Envie de comprendre comment des personnes peuvent être aussi radicales quand il s’agit de religion, envie de comprendre pourquoi les hommes n’arrivent pas à vivre ensemble, tout simplement. Et évidemment, quand cette envie se fait plus pressante, s’ensuit un autre désir, celui de découvrir le Proche-Orient. Et arpenter soi-même des villes mythiques, telle Jérusalem, Nazareth ou Haïfa. Je prendrai un vol Paris – Tel-Aviv et j’espère alors je comprendrai mieux ces déchirements et pourrai venir témoigner en ces lignes…

Qu’en pensez-vous chers amis lecteurs?
Je serai heureuse de lire vos réactions à cet article dans les commentaires !

13 comments on “Passerelle #4, un couple franco-malien au quotidien (avec un nouveau proverbe dedans)

  1. Ton post m’intéresse au plus haut point car il me permet de mieux analyser ces différences d’attitude envers les enfants que j’ai été amenée à voir et à vivre dans la société chinoise et cela m’amène donc à penser qu’il s’agit plus de différences entre une civilisation occidentale qui se veut moderne et perd beaucoup de traditions et des civilisations ancrées qui ne refusent pas la transmission des anciens sans que cela ne les empêche (particulièrement en Chine) de se développer sur le plan technique et commercial.
    Les parents et grand-parents chinois stimulent aussi énormément les tout jeunes bébés tout en les maternant beaucoup : emmaillottage, port du bébé…
    Il faut aussi ne pas insister sur les qualités de l’enfant, comme si cela devait attirer sur lui jalousie et envie, de méchantes sorcières. Même les prénoms sont parfois choisis dans ce sens « pauvre petite fille moche » ou équivalent.
    Quant au respect pour les anciens, il est aussi très sensible et – quand on prend de l’âge – c’est bien sympa! Je ne suis pas sûre que notre société se porte mieux dans un mélange de générations où on ne reconnait plus les liens de parenté, où les enfants appellent leurs grand-parents par leurs prénoms. En Chine aussi d’ailleurs, les frères ainés mais aussi cousins ou amis plus âgés sont qualifiés de « Grand frère ».
    C’est un peu long mais tout çà pour vous dire que votre histoire à tous les 3 est vraiment belle.

    1. Bonjour Françoise,
      un grand merci pour avoir pris la peine de venir témoigner ici.
      Ce n’est pas surprenant qu’il y ait des similitudes dans des sociétés « non-occidentales » 🙂
      Pour le cas de la Chine, je n’y avais pas prêté attention en détails : à l’époque où je vivais la Chine au quotidien, les préoccupations maternelles étaient loin de moi…
      Merci encore pour ce mot !
      Aurélie

  2. Super intéressant cet article, merci pour ce partage de différence culturelle dans la vie de tous les jours et qu’on ne pourrait sans doute pas beaucoup expérimenter même en visitant le pays. Et je comprends tout à fait ton désir de comprendre, moi aussi, j’ai cette envie de comprendre. Pour donner une explication, je pense que ton désir de comprendre les différences est motivée par l’Amour et le respect notamment avec ta famille, mais en général aussi. Or au Moyen-Orient, beaucoup de gens vivent dans la haine, malheureusement, pourquoi, probablement parce qu’ils n’ont connu que ça. J’ai du mal à voir d’autres explications.

    1. Merci pour ton mot ici très chère !
      Ah, l’origine de la violence au Proche-Orient… un débat vraiment vraiment large… Je ne suis pas sûre que quelques jours passés là-bas me suffiront, mais au moins aurai-je un ressenti personnel et authentique, éloigné des caricatures que nous donnent parfois les média. A suivre 🙂

  3. Comme d’habitude, ma chère Aurélie, un article fort intéressant. Des exemples bien choisis pour nous aider à comprendre les différences qui peuvent faire du quotidien un vrai parcours du combattant. Mais un parcours du combattant où règne l’amour, quoi qu’il en soit. Et c’est évidemment ça le plus beau de ton témoignage. A très bientôt !

  4. Bonjour,
    Merci pour ce voyage immobile et culturel! C’est bien dommage qu’il y’est peu de réactions à tes voyages immobiles… par rapport à d’autres articles mobiles!Mais bon chacun est libre de réagir.
    En tout cas, cela me permet de découvrir d’autres façons de pensées le vivre ensemble notamment entre générations. Te voiçi sans doute dans le voyage le plus passionnant de ta vie: vivre en famille!
    Bon voyage 😉
    Laurence

  5. Bonjour Aurélie,
    J’imagine que ton quotidien doit être intéressant tous les jours et que tu découvres des différences entre les deux façons d’être et d’être élevé. Je suis actuellement dans le Nord du Pérou, dans les montagnes andines, c’est une population catholique, mais beaucoup plus ancrée dans les traditions.
    Ici aussi, le respect des anciens est très important, pas seulement en mot, mais également en soutien. Les enfants s’occupent de leurs vieux parents en les soutenant financièrement (il n’y a pas de Sécu ici). J’ai vu un couple espagnol-péruvien qui a eu pas mal d’accrochages à ce sujet.
    Côté éducation c’est la même chose. Il y a une grande discrimination entre l’éducation et les tâches à la maison entre garçons et filles.
    Je constate donc que ce n’est pas nécessairement la culture qui fait la différence, peut-être tout simplement le degré de développement du pays et de ses habitants aussi ?
    Merci de partager tes pensées et ton vecu. C’est toujours un plaisir de te lire.
    A très bientôt,
    Martina

    1. Bonjour Martina,
      merci pour ta fidélité et tes commentaires toujours bien intéressants…
      Ton témoignage est vraiment pertinent 🙂
      Vis-tu toi même avec un Péruvien?
      A bientôt, ici ou là !

  6. Ce que je vois est la séparation croissante des parents de leurs enfants. Les enfants sont élevés par des étrangers et si nous ne changeons pas cela, nous aurons bientôt plusieurs générations de personnes qui ne respectent pas la suivante. Mes enfants je me bats pour donner tous les enseignements avec amour.

    1. Bonjour Paulo,
      qu’entendez-vous par des « étrangers » ? Parlez-vous par exemple des enseignants etc ?
      et bon courage pour les enseignements que vous partagez avec vos enfants…

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