Une première interview ratée, ou comment une Chinoise de Paris devait se raconter…
Avr 05, 2012 France 5

Je n’étais pas censée retranscrire cet entretien.

Petit retour en arrière : j’ai récemment eu la chance de faire une interview avec Sébastien de MixCity Radio. Le contact passe très bien, dans la discussion je lance l’idée de reprendre mes interviews de Chinois, mais avec les Chinois de Paris et en version sonore, pour les diffuser sur sa web radio. Il trouve l’idée chouette.

Je décide donc de faire le pilote avec Cécile, ma « non-professeur » de mandarin – contactée il y a quelques mois pour qu’elle m’enseigne le chinois, nos emplois du temps n’ont pas concordé, mais nous nous revoyons toujours avec plaisir.
Je m’entraine le matin même à faire plein de petits enregistrements. Je prépare mes questions, je suis au point. Je teste le son, tout fonctionne.
J’enregistre l’émission, tout semble marcher. Je termine l’enregistrement sur un merci Cécile. J’écoute aussitôt pour bien vérifier.

Et pof.

La machine s’éteint et redémarre avec un enregistrement d’une seconde là où on a parlé une dizaine de minutes (j’apprendrais plus tard que le niveau de batterie était plus bas que celui indiqué sur l’écran, ceci expliquant cela).
Je n’avais pas senti Cécile très enthousiaste au départ – je n’avais pas précisé que ce serait enregistré, je lui avais juste parlé d’interview de manière générale. J’y vois un certain signe… Je ne refais donc pas l’enregistrement.
J’y vois aussi un besoin de mieux introduire mon sujet pour la prochaine fois: la prise de son, ça impressionne plus que la prise de notes… et je découvre surtout un nouvel univers et ses contraintes techniques, car comme me dit Sébastien, « c’est ça aussi la radio, ça ne fonctionne pas toujours »…

Mais l’échange était riche, et je voulais en partager ici les grandes lignes.

Quand je lui demande qui elle est, elle me répond « je suis Chinoise, je suis Cécile ».
Cécile est arrivée en France il y a une dizaine d’années et « se permet d’avoir un nom français ». Elle a également un nom chinois, Fen, qui signifie arôme.
Elle est venue en France pour apprendre le français. Elle est originaire du centre de la Chine. Elle est aujourd’hui enseignante de chinois et étudiante en FLE (Français Langue Etrangère) et prépare une thèse.
Quand je l’interroge sur ce qu’elle préfère de sa vie en France, elle me dit qu’ici elle peut faire ce qu’elle veut, qu’elle est libre. Avant en Chine, elle ne sentait pas cette absence de liberté, car elle n’avait pas de point de comparaison. Mais maintenant, elle se sent libre, et la liberté c’est avant tout dans la tête qu’elle la ressent. Elle m’explique qu’on se pose des cadres dans la vie, et que, où qu’on soit, ces cadres on peut les faire disparaître, ça ne tient qu’à nous…
Elle pensait être venue en France pour étudier le français, mais dix ans plus tard, elle sait qu’elle est venue ici pour « continuer son évolution ». Ca, elle ne pouvait pas le savoir en partant.
C’est la culture chinoise qui lui manque le plus de son pays, la littérature par exemple.
Les feuilles des arbres tombent à leur racine lui a récemment dit un ami français qui traduisait un proverbe chinois. Son pays lui manque et c’est là-bas qu’elle ira vieillir, elle est Chinoise quand même !
A la question où elle se voit dans dix ans, elle répond en rigolant: elle ne sait même pas où elle sera dans un an. Elle ne fait pas de plan de la sorte, elle voit plutôt ce que la vie lui réserve. Et je lui demande tout de même si elle a un rêve, elle me parle alors de ce qui est « réalisable » : elle aimerait développer des techniques d’apprentissage du chinois.

Je lui demande quel serait le message qu’elle aurait à faire passer aux personnes qui écouteront cet entretien : « profitez de la vie » étaient ses derniers mots sur cette bande qui ne verra jamais le jour!

5 comments on “Une première interview ratée, ou comment une Chinoise de Paris devait se raconter…

  1. Lol ça arrive quand on est pas habitué! Comme on dit tu as fait une erreur et ça ne se reproduira pas :D!

    C’est clair qu’en chine, lorsque tu fais des trucs pas normal ou inhabituel on te regarde de travers mais c’est un peu partout pareil.

  2. @ Conseil aux voyageurs: yes, généralement, je ne fais pas deux fois la même erreur, espérons que ce soit pareil dans ce domaine!
    En Chine, c’est pas tant de faire des trucs inhabituels que des trucs qui ne plaisent pas au gouvernement…

    @ Sébastien: je croise les doigts 🙂

  3. En même temps, l’histoire serait-elle aussi intéressante sans ce contretemps ?
    (pour la blague : quand j’ai interviewé Tania, j’avais pris un enregistreur pour simplifier les choses. Après 20 minutes de discussions, j’ai juste réussi à ne pas enregistrer la prise. Solitude…)

    J’aime bien les histoires de choses ratées, dans le sens où leur inexistence leur donne une autre dimension, puis qu’on a ton ressenti, tes mots, tes souvenirs au lieu de sa voix, et finalement, ça nous en dit autant sur toi que sur elle ^^

  4. Tu as tout à fait raison ma chère Oreille et le pire c’est que je n’étais pas convaincue pendant l’interview du fait de ma « mal préparation » suscitée…
    Et pour le coup, c’est aussi et surtout bien formateur 🙂

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