En canoë vers Meares Island, aux abords de Tofino
Jan 05, 2015 AmériqueCanada 8

Pour ce premier article de 2015, nous partons une nouvelle fois pour la Colombie Britannique… Mais avant tout, je vous souhaite une extraordinaire année 2015, que ce soit l’année de tous les bonheurs, de tous les épanouissements et de tous les voyages pour vous, chers lecteurs !

Une nouvelle journée se lève sur Tofino. J’ai vraiment la sensation que mon voyage va crescendo, d’expériences de plus en plus belles au fur et à mesure de l’avancée des jours. C’est certainement Tofino qui me marquera le plus pendant ce voyage en Colombie Britannique. Surtout avec la chance que j’ai eue de rencontrer des membres de la population Tla-o-qui-aht.

Meares Island, Tofino, Canada

Je rejoins Tsimka en bordure d’eau.
Nous sommes à nouveau cinq passagers à bord d’un canoë taillé d’un seul tronc d’arbre, du bois du fameux cèdre rouge, qui je le sais bien maintenant représente tant pour les Amérindiens de la côte Ouest du Canada. Nous partons aujourd’hui pour Meares Island (l’île Meares), au cœur du Claoyoquot Sound. Cette île abrite la « temperate humid rainforest » et est réputée pour ses arbres plusieurs fois millénaires. On peut y arpenter le « big tree trail ».

Nous embarquons à bord de notre superbe navire. Je me sens en confiance. Les paysages sont les mêmes que l’avant-veille, mais tout est différent : une brume quasi mystique chapeaute les lointaines rangées de sapins et masque le haut des montagnes. L’air est juste frais comme il faut pour nous aérer en vue de l’effort qui nous attend.

Je suis à la proue du canoë. Je cale mes mouvements sur Christopher. Je ne connaissais pas ce jeune Canadien il y a quelques minutes à peine et nous devons maintenant pagayer en harmonie. La magie du canoë fait son œuvre.
Les muscles tirent un peu au début, puis se réchauffent et pagayer paraît alors le mouvement le plus naturel qui soit.
Nous filons sur l’eau. Comme hier, un sentiment d’harmonie parfaite avec la nature m’emplit. Bonheur de ne pas abîmer le sublime cadre qui nous accueille alors que nous interagissons pleinement avec lui…

Meares Island, Tofino, Canada

Cris aigus, proches de sifflements à ma droite, je force le regard et vois un aigle à tête blanche. Majestueux animal nous présentant son meilleur profil, de trois quarts.
Plus tard nous verrons le bout du nez d’un phoque.

Comme Nathalie hier, Tsimka nous raconte son territoire, son peuple.
Le plus grand compliment qu’on peut faire dans sa langue est « tu es très observateur », cela en dit long sur l’attitude d’ouverture face au monde.
Elle nous parle des potlachs. Ces cérémonies duraient plusieurs jours. Le mot potlach signifie « donner » (give away) en une langue amérindienne venue d’Alaska et qui était une langue de commerce parlée par tous les Amérindiens. Ceux qui accueillaient un potlach offraient tout à leurs invités, et à la fin des journées de festivités se dépossédaient de toutes leurs richesses. Ce système est un moyen de re-répartition des richesses efficace et à l’opposé de notre système capitaliste… Il en dit long sur le choc des mentalités entre nos cultures…
J’apprends que chaque canoë a un nom propre. Tsimka nous parle aussi de son père, le sculpteur de canoë. Je sais que je dois le rencontrer dans quelques heures et suis d’autant plus attentive à ce que je peux déjà apprendre de lui.
Tsimka nous raconte la résistance des Amérindiens locaux et surtout des Tla-o-qui-aht quand une entreprise voulut exploiter une partie des forêts du Claoyoquot Sound. Les Amérindiens se sont opposés, ont lutté, ont finalement mené l’affaire en justice et ont gagné. Son père était l’un des leaders du mouvement. C’était en 1984 et l’état canadien n’a pas pu montrer que ce territoire n’appartenait pas aux Amérindiens. Depuis ces derniers ont nommé le Claoyoquot Sound « Tribal Park ».

Meares Island, Tofino, Canada

Nous accostons Meares Island et commençons à randonner. Tsimka gambade tel un chevreuil, comme on dirait dans les Pyrénées, ici peut-être tel un daim? Elle sautille de racine en branche, de sol boueux en mousse touffue.
Nous pénétrons un royaume intemporel. Les arbres qui nous entourent sont pour beaucoup plusieurs fois centenaires, certains doublement millénaires. Cèdres rouges &  conifères pruches de l’ouest comme souvent dans la région. Mousse, fougères, et autres petits buissons se faufilent entre les troncs massifs.
Tsimka nous présente les qualités de certains arbres, nous détrompe : cette forêt est loin d’être intouchée par l’homme, au contraire, les gens de son peuple ont vécu pendant des centaines d’années avec elle, et ont interagi avec en toute harmonie.

Je suis perplexe. Aux abords de ces forêts vécurent des milliers de personnes, pendant des centaines d’années. Ils ont réussi à protéger un écosystème riche et fragile. Combien notre société occidentale aurait-elle pu apprendre au contact de cette société au lieu de…

Meares Island, Tofino, Canada

Meares Island, Tofino, Canada

Tsimka continue à nous mener dans la superbe flore. Il pleut sur ces arbres trois mètres par an, un des records du monde. Tout est lié : il y a dans la région cinq espèces de saumon différentes, qui remontent le cours des ruisseaux. Ces saumons sont chassés par rapaces ou mammifères qui les consomment souvent hors de l’eau. Les carcasses des saumons sont souvent laissées dans la forêt. Et c’est ainsi qu’ont été retrouvés dans la flore locale des isotopes communs avec ceux des saumons, leurs carcasses produisant des nutriments bénéfiques à la végétation. Que restera-t-il de ces forêts uniques si l’élevage intensif du saumon industriel se poursuit, et continue à détruire les saumons sauvages ?

Nous faisons une pause, au bord de l’eau, après avoir croqué quelques asperges maritimes. Il nous faut déjà prendre le chemin du retour, plus de trois heures que nous sommes partis. Nous pagayons vers Tofino. La brume s’est transformée en nuages de bruine, nous arrivons tout mouillés à quai, et mes yeux aussi sont humides, c’est la dernière fois que je trônerais sur ce mémorable navire…

Tofino, Canada

Tofino, Canada

Retrouvez les articles de mes 4 semaines en Colombie Britannique (le premier est celui tout en bas!)

8 comments on “En canoë vers Meares Island, aux abords de Tofino

  1. Quelle belle rencontre. Je me réjouis de savoir que cette population a pu gagner ce combat. D’autres régions sont plus abîmées, merci les gaz de schiste! Le Canada est vraiment une terre de contrastes!

  2. Bonjour et meilleurs vœux à vous aussi !!! De beaux voyages et de belles rencontres en perspective à faire partager. Je suis toujours tellement contente de vous retrouver et de découvrir des lieux aussi magnifiques. C’est clair comme le souligne Anne, ce pays semble être plein de contrastes. Espérons que 2015 soit une année où l’écologie et le droits des hommes, la liberté d’expression aussi !!!, seront mis à l’honneur. En attendant de vous relire, bonne continuation !

    1. Merci pour votre mot Louise! Je vous souhaite aussi une excellente année 2015.
      Et oui, d’autres articles arrivent très bientôt, sur le Canada, et sur d’autres beaux endroits de notre monde…

  3. J’y suis allée deux ans de cela, et je me suis vraiment bien amusée ! CJe n’oublierai jamais ce séjour. Cette forêt est vraiment paisible, n’est-ce pas ?

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