Aujourd’hui, je vais vous parler de l’endroit où je vis: un shikumen, au cœur d’une lilong de Shanghai…

Ceux qui connaissent Shanghai comprendront peut-être les termes lilong et shikumen, pour les autres, quelques explications s’imposent. Le shikumen 石库门 est la maison standard de Shanghai construite en série au début du 20ème siècle. Les shikumen – littéralement portail de pierre – ont généralement deux niveaux et une petite cour intérieure, avec un toit en forte pente et des lucarnes en bois rouge foncé. Les shikumen s’ouvrent sur des lilong 里弄, des petites ruelles où il est facile de se perdre et délimitées aux extrémités par deux grandes avenues parallèles. Les shikumen occupaient jadis une grande partie de Shanghai. Les maisons, conçues comme résidences de la classe moyenne, étaient caractérisées par des portes en bois noires placées dans un portail en pierre donnant sur une petite cour intérieure.
Aujourd’hui, ce patrimoine est en sursis et résiste difficilement aux bulldozers. Plus de 100 ans d’histoire s’éteignent à tout jamais dans ces gravas. Car ces bâtiments sont le reflet d’une histoire unique, il est bon de se pencher un peu plus sur l’histoire de ces lilong…
L’origine des lilong remonterait à 1853 quand une révolte détruisit la moitié de la ville et obligea la cour impériale à demander de l’aide aux étrangers pour la reconstruction de la ville. Une occasion inespérée pour ceux-ci de développer leur territoire. La révolte des Taiping entre 1860 & 1863 accentua ce phénomène avec la venue massive de Chinois à l’intérieur des concessions de Shanghai. Les étrangers rationalisent alors les constructions pour optimiser les capacités d’accueil: interdiction du bois et imposition de la brique pour éviter les incendies, contigüité, répétition et alignement: la lilong est née…
Le développement industriel, l’accroissement du capital et de la population permettront une très forte croissance de ce modèle urbain jusqu’en 1949. 80% des Shanghaïens y vivaient dans les années 1940. Au fur et à mesure de leur développement les lilong seront influencées par la présence des Anglais, Américains, Français ou Japonais, d’où les différents types d’architectures qui se cachent au cœur de ces ruelles, à la croisée de l’Orient et de l’Occident.
Ces habitations ont mal vieilli pendant les années endormies de Shanghai, entre 1950 et 1990, avant que la ville ne devienne pour la deuxième fois de son histoire la Perle de l’Orient. Ces habitats sont aujourd’hui vétustes; avec un extérieur parfois restauré mais des intérieurs souvent précaires et délabrés.
Dans ma lilong, la plupart des habitants sont des personnes âgées ou des ouvriers modestes, s’entassant à 4 dans chaque pièce, dans des conditions sanitaires très limites. Et Shanghai, ne prenant pas le temps d’apprécier son histoire, préfère détruire plutôt que restaurer ce magnifique patrimoine et l’histoire unique qu’il détient…
La suite demain, en images !
Lire la suite














