Un bel album contre le racisme !

J’ai un gros faible pour les livres de chansons pour enfants. J’en offre beaucoup, je m’en offre même parfois. J’aime cette alchimie entre une chanson et une illustration, souvent dans un univers très poétique.

Trois de mes très bonnes amies d’enfance m’ont offert il y a quelques années un tel livre, intitulé Chanter contre le racisme. Elles ont vu très juste: format idéal, thème idéal, le cadeau parfait donc!

Ce livre-album recèle 18 titres de chanteurs tous aussi talentueux les uns que les autres, Pierre Perret et son incontournable Lily, Maxime le Forestier et Né quelque part, Claude Nougaro et Amstrong… Un régal des oreilles du début à la fin.

Avec une mention spéciale pour Maria Szusanna de Michèle Bernard, que je ne connaissais pas. Son dernier couplet a longtemps résonné en moi. J’ai mis quelques temps à comprendre qu’il me faisait penser à une très chère amie…

Ô, Maria Szusanna où es-tu
Est-ce de t’avoir aperçue
A belles dents croquer ta vie Manouche
Que j’ai eu dans la bouche
Ô, ce désir si fort de partir
Et chanter pour ne pas trahir
L’enfant qui va sa vie coûte que coûte
Sur l’infini des routes

Comme il est très justement écrit dans l’introduction de l’album:

La chanson n’a jamais cessé de parler de notre temps. Autrefois, elle se faisait gazette pour relater faits divers et air(s) du temps. Maintenant encore, elle continue de consigner la mémoire de nos vies, de nos joies, de nos peines, de nos espoirs comme de nos indignations. (…)

Ce livre est une anthologie tirée d’une veine désormais féconde, comme la bête qui la nourrit. Fasse que le chant pluriel et multicolore des Hommes épuise un jour racisme, anti-sémitisme et xénophobie. Car « de n’importe quel pays, de n’importe quelle couleur / la musique est un cri qui vient de l’intérieur ».

Vous l’aurez compris, un cadeau à faire ou à se faire sans modération, et ce sans limite d’âge aucune !
Connaissez-vous ce livre ?

Cliquez par ici pour acheter Chanter contre le racisme !

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Voyagez différemment: testez le tourisme expérimental !

Latourex, voyage expérimental… ces mots vous parlent-ils ?
Si non, il est urgent de vous mettre à la page !
Le tourisme expérimental a été créé par Joël Henry et son Latourex, Laboratoire de tourisme expérimental, comme une nouvelle manière plus ludique, d’envisager le tourisme, à savoir utiliser pour concevoir et réaliser des voyages des contraintes volontaires.

D’après son fondateur:

Le tourisme expérimental échappe à la définition. Il peut cependant être approximativement défini comme une façon amusante de voyager, pour laquelle la méthodologie du voyage est claire mais la destination parfois inconnue. Toutes les destinations – de l’îlot de circulation à l’îlot tropical et de la piste de ski à la piste cyclable – sont égales face au tourisme expérimental. Il peut se pratiquer à domicile comme à l’étranger et ne requiert pas de réserves financières importantes. Il ne peut en revanche se concevoir sans un esprit aventureux.

Je suis tombée sur le Guide du Tourisme Expérimental il y a quelques années, et depuis, ma façon de voyager en a été influencée. Cela ne veut pas dire que je pratique systématiquement ce mode de voyage, mais disons, que quand je pourrai m’ennuyer ou quand je suis seule et que j’ai envie de sortir des sentiers battus, je m’y prête avec plaisir.

Par exemple, il y a quelques années, quand j’étais à Kanding, je me suis décidée à suivre quelqu’un pour voir où cela me mènerait. Ce qui est décrit par le Latourex comme l’expérience Comme son ombre, à savoir: Filer discrètement, sans les quitter d’une semelle, des amis partis en voyage. Les photographier souvent au téléobjectif. Organiser à leur retour une soirée diapos surprise : le making of de leurs vacances. Pour plus de confort, il est possible de limiter l’expérience à une excursion d’une journée ou à une simple sortie.
Remarque : Cette expérience étant assez difficile à réaliser pour des amateurs, Joël Henry suggère qu’il est également possible de suivre une personne prise au hasard dans la rue pour voir jusqu’où cela mène.
J’ai pris la version amateur et me suis retrouvée au fond d’une vallée à observer des paysans chinois mener paisiblement leur vie…

Une autre fois, en Thaïlande à Ayutthaya l’été dernier, j’ai testé l’expérience 40, Voyage au bout de la ligne et j’ai pris un bus au hasard, jusqu’au bout de la ligne. La méthode est la suivante : Prendre un train de banlieue et descendre à son terminus. À défaut, avoir recours à un autre mode de transport. Dormir si possible sur place pour avoir le temps d’explorer le lieu d’arrivée.
Bon, dans ce cas précis, j’ai du m’arrêter avant, car j’avais un train de retour le soir. Donc au bout de 40 minutes dans la campagne, je suis descendue et j’ai emprunté un petit chemin qui avait l’air de mener à un village. Au bout d’un moment, je tombe sur une espèce d’effervescence dans ce village, comme si une fête se préparait. Je me balade un peu, avant de me rendre compte qu’il s’agit d’un enterrement. Et que les enterrements en Thaïlande sont gais, colorés et que personne n’avait l’air de trouver ma présence indécente. Je me suis calée dans un coin un peu reculé pour observer cela, avant de prendre le bus d’en l’autre sens…

Vous aussi, vous voulez vous y mettre?
Le tourisme expérimental a son guide papier, il est vraiment très agréable à manier, je l’ai à mon chevet en ce moment et il ne cesse de m’inspirer pour mes prochaines excursions.
A commander sur Amazon!
Cette pratique se trouve aussi sur internet avec un site dédié très bien fait…

***

Et s’il fallait encore vous donner envie, je vous invite à visionner des vidéos disponibles sur vimeo, qui retracent quelques unes des expériences faites par le Latourex. Dépaysement garanti !

Connaissiez-vous le tourisme expérimental? Avez-vous déjà essayé? N’hésitez pas à partager ici vos expériences à ce propos !

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Voyage au cœur de la méditation Vipassana #2

Mes impressions de ce stage de méditation Vipassana furent les suivantes :
(NB: voir ici pour savoir comment je m’y suis retrouvée et quel fut l’emploi du temps)

Le jour d’avant – matin :
je prends le métro à l’envers et m’en rends compte seulement 30 minutes après, signe certain d’un trouble, acte manqué sans doute pour essayer de rater mon départ en train.

Le jour d’avant – soir :
quoi on ne mange que deux fruits pour tout dîner ? et le réveil est à 4h du mat’ ?… j’aurai mieux fait de me renseigner un peu mieux. Bon, mon amie de Shanghai l’a fait et a survécu, je devrai pouvoir y arriver aussi.

Le premier jour :
le long de la journée : ok, méditer sur le souffle je peux faire – et ah, coucher à 21h ça fait du bien – réveil à 4h du mat, dur mais pas infaisable – rester deux heures assise, dur mais nouveau donc intéressant. Finalement ça devrait aller.
17h05 : C’est bizarre ces gens sans expression, qui ne se parlent pas ne se regardent pas. On dirait des zombies. Je ne vais jamais tenir dix jours sans parler et sans interagir avec les gens autour de moi.

Le second jour :
4h45 : c’est quoi cette torture, deux heures assises, impossible, j’ai mal, j’ai mal j’ai mal.
6h10 : Et ces chants, on dirait qu’il éructe le monsieur, que ça cesse !
13h et quelques: ça commence à être long d’observer sa respiration et ses narines
14h : Demain à 12h j’aurai fait exactement un quart du séjour. Je peux le faire. Et demain soir un tiers de la période de silence. Je peux le faire.

Le troisième jour :
8h et quelques: je n’arriverai jamais à me concentrer si longtemps reviens mon esprit, reviens – ça fait plus de vingt heures que je passe à observer moins de dix centimètres carrés de peau autour de mon nez, c’est pas possible…
12h : On a vraiment l’air de zombies, moi y compris. Tiens ça m’étonne moins ?! Finalement quand on s’agite à cent personnes dans un open space, si on mettait un extra terrestre ici et là-bas, quel endroit trouverait-il le plus bizarre ? pas sûre que ce soit ici…
16h : C’est magnifique le silence à cent personnes.

Le quatrième jour :
ça y est, on est passés à l’observation du corps, youhou de l’animation… Et nouveau challenge : on doit tenir trois fois une heure entière sans changer de position, je ne vais jamais y arriver…

Les jours suivants :
je tiens sans bouger les trois heures demandées et parfois d’autres sessions de presque une heure – mon corps n’est pas la chose la plus dure à dompter, cela reste sans conteste mon esprit.
Et ça vient, et j’y prends goût, le rythme lent, mais bien calé.
Des fois c’est dur, des fois moins, mais je dors bien, je me sens apaisée, calme.

Apaisée comme je ne l’ai pas été depuis des mois.

De retour depuis trois semaines, je continue  à méditer tous les matins et ressens encore les bienfaits de ce stage. Je pense mieux me connaître et être (un peu) moins victime de mes conditionnements intérieurs. J’ai aussi l’impression d’être moins impatiente. Ca se mesure à très peu de choses, mais je sens que le changement s’opère en moi, lentement, à son rythme.
Et surtout, pour la première fois, il y a quelques jours, je me suis sentie libre. Libre dans ma tête. Sentiment fugace et extrêmement clair à la fois. Et c’est sans aucun doute le premier pas vers la réelle liberté.

Connaissez-vous le Vipassana? Ou peut-être que vous pratiquez une technique similaire?
Votre avis m’intéresse !

Et pour ceux que ça intéresse:
c’est ici que je suis partie
le récit de Sandro, parti dans un centre de Vipassana en Inde.

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Voyage au cœur de la méditation Vipassana #1

Aujourd’hui je vous propose de partager une expérience d’un type nouveau : la découverte de la méditation. Je ne suis pas d’une famille où cette pratique est courante et la méditation est venue à moi grâce à de précieuses personnes qui m’en ont parlé. Une première fois quand je travaillais à Paris, une seconde fois quand une amie de Shanghai m’a parlé de sa pratique, une nouvelle personne qui m’en parla fut mon amie d’Inde et la dernière personne fut une heureuse rencontre à Bangkok. Je remercie ces amis, sans eux je n’aurai pas eu la chance de découvrir ce vaste monde à l’intérieur de moi.
Car oui, même si le stage de méditation que je viens d’effectuer a eu lieu à deux heures de Paris, je peux parler d’un « autre monde » et de voyage pour le moins dépaysant.
Et ayant voyagé dans quelques pays, parfois lointain, je peux dire que ce voyage fut de loin le plus déroutant que je n’ai jamais fait.

Méditation Vipassana

Comment la Méditation Vipassana est venue à moi…

La première amie avec qui j’ai parlé sérieusement de méditation m’a un jour dit que cette pratique s’impose à nous quand c’est vraiment une nécessité. Et c’est ce qui s’est passé pour moi : à mon retour d’Asie, j’ai su que je devais me lancer. Mais n’ayant jamais été en contact avec ce monde, j’avais quelques peurs. Alors j’ai décidé d’appréhender ce stage de méditation comme un voyage en terre inconnue. De la même manière que je n’avais lu aucun guide avant de partir en Inde, je n’ai rien lu sur le Vipassana et j’étais ouverte à tout.
J’avais une confiance absolue en les amis qui m’en avaient parlé. Je me suis donc lancée et suis partie méditer 10 jours pour mettre en pratique la technique du Vipassana.

Pour ceux qui n’en auraient jamais entendu parler, d’après wikipédia, le Vipassana est « une méthode de méditation qui aurait été découverte par le Bouddha. Elle consiste à simplement prêter attention à la réalité ».
Le Vipassana se pratique le plus souvent assis, mais aussi debout, en marchant ou allongé, et suppose une implication totale dans la pratique. Dans ce système, regarder les choses telles qu’elles sont s’accompagne d’une découverte des pensées, sensations, émotions, réactions et d’explorer sa conscience en développant l’équanimité. Cette pratique permettrait de démasquer l’illusion de la permanence de la vie et de son caractère agréable ou de la possibilité de la contrôler. Elle conduirait à une prise de conscience du changement perpétuel, par la vue des trois caractéristiques de l’existence, et à un détachement de ce monde et à la réalisation du nirvāna.

Plutôt que de vous parler des effets que cela a eu sur moi en détails (c’est un poil trop personnel pour apparaître en ces lignes), j’ai choisi de partager ici mes impressions et bribes de pensées « à chaud », qui sont surtout des observations physiques et peu subtiles mais qui pourront aider à comprendre ce voyage à ceux qui ne connaissent pas la méditation.

Méditation Vipassana: le programme d’une journée

Pour que vous compreniez ce qui suit, voici l’emploi du temps qui a strictement été suivi pendant les dix jours :

4h00 — Réveil
4h30 — 6h30 Méditation dans la salle de méditation ou dans votre chambre
6h30 — 8h00 Petit déjeuner
8h00 — 9h00 Méditation de groupe dans la salle de méditation
9h00 — 11h00 Méditation dans la salle ou dans votre chambre, selon les instructions de l’enseignant
11h00—12h00 Déjeuner
12h00—13h00 Repos. Entrevues avec l’enseignant
13h00 — 14h30 Méditation dans la salle de méditation ou dans votre chambre
14h30 — 15h30 Méditation de groupe dans la salle de méditation
15h30 — 17h00 Méditation dans la salle ou dans votre chambre, selon les instructions de l’enseignant
17h00 — 18h00 Thé et repos
18h00 — 19h00 Méditation de groupe dans la salle de méditation
19h00 — 20h15 Discours de l’enseignant sur support vidéo en anglais, et support audio pour les différentes traductions
20h15 — 21h00 Méditation de groupe dans la salle de méditation
21h00 — 21h30 Questions/réponses dans la salle de méditation
21h30 — Repos dans la chambre – Extinction des lumières

Assez pour aujourd’hui: je vous livre mes impressions dès demain

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Je vous raconte « ma » Chine sur France Bleue…

Radio Curieuse Voyageuse, ça continue!
Laissez-moi vous raconter « ma » Chine, grâce à ces dix minutes d’interview réalisées par Gilles Colliaux de France Bleue Loire Océan autour de mon livre, La Chine à fleur de peau. Vous découvrirez ma rencontre avec la Chine et quelques uns de mes coups de coeur pour ce pays…

[audio:https://www.curieusevoyageuse.com/wp-content/uploads/2012/02/curieuse-voyageuse-france-bleue.mp3]

Bonne écoute !

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Lecture: Shenzhen de Guy Delisle

Un ami m’a récemment recommandé la lecture de Shenzhen de Guy Delisle. Je l’avais déjà croisé en librairie (le livre, pas l’auteur), mais je ne m’étais jamais arrêté sur son cas. Erreur, mais mieux vaut tard que jamais !

Shenzhen est une bande dessinée qui retrace la première expérience de son auteur à Shenzhen. Comment il débarque sur cette autre planète, en 1997, avec aucune idée de ce qui l’attend là-bas. Comment il fait face aux manières de travailler dans un studio chinois, aux antipodes d’un studio occidental…
C’est parfois drôle, parfois triste, très souvent touchant. Ou comment la Chine était (et est souvent encore) impénétrable, différente, et parfois effrayante. Je me suis reconnue dans pas mal de situations, et je pense que ces pages rappelleront des souvenirs de premiers voyages à pas mal de voyageurs ayant foulé le sol chinois !
Par exemple, les deux extraits ci-dessous me parlent beaucoup…

 

Cette expérience de Guy Delisle en Chine a été plutôt difficile, et il ressort du livre une atmosphère parfois tristouille. Il n’en reste pas moins réaliste et juste à mon sens: la découverte de la Chine n’est pas facile, il est difficile de la cerner du premier coup et le fossé culturel est immense… pour le pire parfois, mais aussi pour le meilleur pour qui aura la patience et la curiosité à propos.

Guy Delisle, d’origine canadienne, a d’autres bédés à son actif, et notamment trois où il évoque d’autres destinations où il a séjourné, à savoir Pyongyang, Rangoon ou Jérusalem… Je ne vais pas tarder à me les procurer!

En faisant des recherches pour cet article, je viens d’apprendre que Guy Delisle a remporté le Fauve d’or du meilleur album du festival d’Angoulême pour Chroniques de Jérusalem cette année. Je colle donc (presque) à l’actualité, et ça ne me motive que plus pour découvrir ses autres albums !

Et vous, chers lecteurs, connaissez-vous cet auteur?!

C’est par ici pour se procurer Shenzhen en ligne.
Extraits empruntés ici – le blog de l’auteur, c’est par là !

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Nouakchott – 8 ans avant… #2

Pour lire le début et le contexte dans lequel cet article a été écrit, lisez ici !

Deux jours après notre arrivée a eu lieu une tentative de coup d’état. Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya, le président en place depuis vingt ans a failli se faire mettre dehors par le chef de son état major (on est alors en 2004 et c’est en 2005 qu’il se fera vraiment éjecter). Les policiers étaient donc remontés et nerveux, car en cas de coup d’état échoué, tout le monde est sur ses gardes, les coupables étant traqués. Ces policiers (tous des Maures blancs) font preuve de racisme évident envers les Noirs, et c’est d’eux dont j’ai eu le plus peur pendant mon voyage.
Car être une Blanche avec un Noir est vu comme un dégradation pour « notre race » et donc, c’est la mauvaise combinaison, surtout que les Européens sont vus comme des porte-monnaies ambulants – c’est sans doute pourquoi on a du donner 20€ à peine arrivés à l’aéroport de Nouakchott pour qu’on nous rende nos passeports… bienvenue en Mauritanie !
L’ambiance dans la rue n’était donc pas très détendue. Les frontières de la ville étaient bloquées par des barrages de ces mêmes policiers, on n’a donc pas pu sortir de la ville de peur de se faire raquetter ou piquer nos passeports.

Mes rêves de désert se sont donc effondrés deux jours après notre arrivée, au vu de notre impossibilité de se déplacer… J’ai eu droit à quelques instants de beauté quand un ami de la famille travaillant à l’ambassade de France est venu nous chercher avec sa voiture – avec sa plaque de l’ambassade on a pu sortir sans problème de la ville.
Première dune aperçue au loin, derrière les dernières maisons de la ville. Des frissons. Eblouie. Et puis on est descendu. Beau, pur, doux, le vent avait fait des marques dans le sable. Le soleil de 18h faisait de beaux dessins dans le paysage. Ce fut malheureusement très court. Mais déjà très très très fort.

J’ai surtout eu l’occasion d’observer la capitale : les rues, les gens de la famille, les amis…
J’ai eu l’occasion de rencontrer une voyante, j’ai eu envie de faire une photo, mais je me suis retenue… Grand boubou avec coiffe assortie, grosses lunettes aux verres fumés des années 60, téléphone portable à la main. Si on rajoute toutes les bières enfilées et cachées sous le boubou (c’est ici interdit de boire de l’alcool)… Une personne hors du commun. Difficile à concevoir par les Toubabs.

J’ai pas mal bougé dans la ville en taxi, la chaleur ambiante (40°C en moyenne) et la saleté ne m’encourageant pas à marcher…
Ca ne coûte pas cher : 200 Ouguiyas la course, soit 60 centimes d’euros. Il y en a tellement. En tant que Blanche, ils me klaxonnent dès que je suis dans la rue pour savoir si j’ai besoin d’eux. Tout conducteur est potentiellement taxi. Les voitures sont parfois dans un état de décrépitude avancée… Certaines n’ont pas de phares, sont très retapées. On se demande si d’autres arriveront encore à redémarrer.
Mais une course en taxi apprend toujours quelque chose. La conversation s’instaure rapidement. Souvent les conducteurs sont noirs. Les critiques sur les Maures fusent.
Et en taxi, je découvre la ville. Les banas-banas : ces petites gens qui commercent dans la rue (petite alimentation, cartes téléphoniques – à tous les carrefours, elles sont vendues au bout de branche tenue à longueur de journée par des Maures – ou viande à l’étalage avec son lot de mouches). Les gens dans les voitures : les taxis où s’entassent parfois 6, 7 ou 8 personnes, les Maures qui font leur business dans les grosses voitures… Les Mauresques qui roulent à 2 à l’heure. « Un million de conducteurs ne connaissent pas le code de la route. » Voilà ce que nous disait un vieux taximan sur Nouakchott. Sachant qu’il y a 2,8 millions d’habitants ici, que tous ne conduisent pas, il n’en reste pas beaucoup qui connaissent les règles de conduite.
La rue : du sable, des hommes qui dorment au bord des routes, des ferrailleurs qui y travaillent, des ânes qui embouteillent (qui sont à l’origine des nombreux embouteillages de la ville), des policiers tous les 200 ou 300 mètres. Et la saleté, la poubelle, c’est aussi la rue ; les égouts, c’est encore la rue. Et les WC, c’est parfois la rue aussi…

Je ne pourrai pas parler de mon séjour sans évoquer les Français de Nouakchott. Ceux qui vivent ici bossent en général pour l’ambassade ou sont dans la religion. L’esprit général semble bel et bien néo-colon. Ils sont à des kilomètres des préoccupations de base de la population. Pas un ne doit savoir comment se passe la vie quotidienne des gens d’ici. Ils ont de l’argent (salaire français et primes d’expatriation) et donc la vie facile et le comportement qui va avec… Histoires de coucheries, on n’imagine pas. Ils donnent en plus une image très pédante des français : ceux qui se croient supérieurs. Des missionnaires néo-colons quoi ! En plus ils sont considérés comme des porte-monnaies ambulants. D’ailleurs, ils se rendent en général ici uniquement pour l’argent. Quelle non-expérience d’échange…

Le dernier jour en Mauritanie fut celui du voyage retour vers la France. Une fois à l’aéroport, toute la rage que j’avais s’est réveillée en voyant comment se passent les départs. S’enregistrent d’abord ceux qui connaissent quelqu’un, qui paient des policiers ou qui ont quelqu’un qui fait les démarches pour eux. Cette ambiance a révélé en moi de mauvais sentiments à l’égard de la plupart des Maures de Nouakchott : beaucoup sont racistes et affichent un air satisfait, supérieur et pédant. Particulièrement ces petits policiers qui ne se sentent plus car ils possèdent un peu de pouvoir. Même jusqu’aux employés de l’aéroport. Ils sont sales, presque en guenilles et ont cet air malsain de ceux qui réussissent sur le dos des autres…
En montant dans l’avion, je cause avec un Maure doctorant en France. Je lui demande son avis sur l’avenir du pays. Il est optimiste. Il y a des gens qui aiment leur patrie. Ce ne sera pas par les urnes selon lui. Et ce changement se fera contre tous ceux qui volent l’argent public. Il parle aussi d’investisseurs privés qui peuvent aider. Mais il n’est pas aveugle face au système de piston (qui est roi ici). Il parle d’une qualité des Maures : la solidarité familiale. Il y en a qui s’enrichissent sur le dos du pays pour nourrir plusieurs familles.
Mais c’est cette même solidarité qui mène directement au système du « piston roi » et qui empêche donc d’avoir une élite réelle aux postes importants pour faire avancer le pays. Et puis, quand il parle de patrie, j’ai du mal à voir ce qu’il veut dire : ça ressemble plutôt à des gens réunis ici par hasard et qui s’en sortent en luttant les uns contre les autres, car tous leur business fonctionnent par la magouille… et donc l’entube des gens. Quelle patrie pour tant d’ethnies différentes ? et tous ces gens ne parlant ni le français, ni l’arabe.
Dans l’avion qui me ramène en France, j’essaie de mon convaincre que ça ne pourra que s’améliorer…

A la lecture de ces lignes, huit ans plus tard donc, je souris, face à mon étonnement sur l’attitude de certains Français expatriés par exemple. C’est généralisé dans de nombreux pays, et cette attitude est tellement « habituelle » que je pense ne l’avoir jamais évoquée à propos des expats’ de Chine par exemple…
L’ensemble de ce texte est plutôt noir, une fois n’est pas coutume. Je l’avais écrit à destination de ma famille et amis, et je suis retombée dessus ces jours-ci et j’ai donc pris le parti de le conserver tel quel.
Qu’en pensez-vous? si vous êtes passé par Nouakchott, quel est votre avis, notamment sur les problèmes de relations Maures – Noirs?…

Votre avis m’intéresse ! 

Mise à jour de février 2014 : j’ai eu des commentaires très pertinents (et parfois passionnés) suite à ces deux articles sur la Mauritanie (voir ci-dessous), et je réalise que mes propos ont pu blesser et paraître superficiels.
Alors, oui, comme Moa me l’a fait remarquer, je suis passée à côté d’un pays. Ma vision était biaisée par les conditions d’accueil expliquée ici. Je précise à nouveau qu’elles ont été rédigées « à chaud » et par une jeune femme de 21 ans, qu’elles sont totalement subjectives et ne reflètent en rien la réalité de la Mauritanie dans son ensemble.

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Nouakchott – 8 ans avant… #1

Cela n’apparaît pas de prime abord sur ce blog, mais une de mes premières passions pour l’étrange étranger a été la passion de l’Afrique. Passion née de mon hasardeuse rencontre avec la danse africaine, juste après le lycée, et passion qui a continué pendant toutes mes études, avant que la rencontre avec la Chine fasse passer le continent asiatique en tête de mes destinations de séjour pour plusieurs années.

L’Afrique, parce que la danse et pour bien d’autres raisons, a toujours eu une place de choix dans mon cœur. Je n’ai pas prévu d’y revenir à ce jour, mais cela viendra c’est certain.
En attendant, je souhaite partager avec vous ma rencontre avec la Mauritanie. Ce n’était pas la première fois en Afrique, mais c’était une expérience forte. J’avais 21 ans, j’étais partie rendre visite aux parents de mon ami d’alors, T., qui était lui même Béninois. Ces entrevues, impressions sont celles de l’époque. Même si cette expérience a été difficile, je n’aurai sans doute pas le même regard aujourd’hui, mais j’ai pris le parti de rester fidèle à ces écrits d’il y a huit ans…

Mise à jour de février 2014 : j’ai eu des commentaires très pertinents (et parfois passionnés) suite à ces deux articles (à lire sur la suite de ce récit de voyage en Mauritanie), et je réalise que mes propos ont pu blesser et paraître superficiels.
Alors, oui, je suis passée à côté d’un pays que je suppose extraordinaire. Ma vision était totalement biaisée par les conditions d’accueil suscitées. Je n’enlèverai pas ces lignes de mon blog, car je les ai ressenties telles quelles à une époque, mais je reprécise ici qu’elles ont été rédigées « à chaud » et par une jeune femme de 21 ans, qu’elles sont totalement subjectives et ne reflètent en rien la réalité de la Mauritanie dans son ensemble.

Nouakchott, capitale de la Mauritanie – pays d’Afrique de l’Ouest situé entre le Maroc et le Sénégal. Comment décrire la Mauritanie ? Longue côte sur l’Océan Atlantique, beaucoup de déserts, peu d’hommes (3 millions) et voilà tout…
Le récit qui suit n’est en rien objectif, je raconte ce que j’ai vu et ressenti sur Nouakchott de mon petit point de vue, au bout de 18 jours de voyage. Je n’avais aucune idée sur ce pays avant de partir. Du genre curieuse et optimiste, pour la première fois, à la fin d’un voyage, j’étais contente de rentrer en France. C’est ce sentiment inhabituel qui m’a donné envie d’écrire et de témoigner de ce que j’ai vu, de ce qui m’a étonné et choqué.
Je précise mon point de vue : européenne séjournant dans une famille négro-africaine catholique, car si j’avais été accueillie dans une famille maure, mon voyage aurait sûrement été très différent. Ce récit est très marqué par ce que j’ai vu mais aussi par les histoires racontées par mon entourage – notamment la maman et les amis de la famille. Précisons que les parents de T. vivent à Nouakchott depuis les années 1960.

Commençons par les hommes. La population mauritanienne est très hétérogène. Il y a des Maures blancs (issus des populations berbères du Nord du Maghreb de la même couleur que les Arabes), des Maures noirs (type touareg du désert) et des Négro-africains (souvent issus des pays voisins comme le Sénégal). Ces trois populations ne s’entendent pas, mais pas du tout ! Le racisme est évident dans les propos et dans les gestes : les populations ne se mélangent jamais, se parlent peu et les critiques et coups bas d’une population envers l’autre vont bon train. L’esclavage est encore en vigueur dans certains coins du pays, pas à Nouakchott a priori mais dans les autres villes plus reculées.

J’ai du mal contre les idées reçues, mais aujourd’hui je comprends mieux pourquoi T. et sa famille n’aiment pas les Maures blancs. Comme ils sont noirs de peau, il reçoivent des remarques à longueur de journée, des regards méchants. Et vivent des injustices : le Noir est forcément coupable s’il y a un problème. Des gens sont souvent mis en prison une nuit sans raison. Et ce qui est fait en prison, je ne préfère pas le savoir… On me raconte par exemple qu’une Noire vient de se faire tabasser car elle a simplement demandé à un Maure de régler sa dette…
Historiquement, j’ai cru comprendre que les Maures noirs étaient les premiers habitants sur le territoire de la Mauritanie ; ont suivi les Maures blancs puis les Négro-africains. Ces derniers sont très mal intégrés : beaucoup ne parlent aucune des deux langues nationales (arabe et français), ils n’ont droit à aucun poste à responsabilité ou à de haut salaire et toute promotion sociale leur est quasiment impossible. Les Maures noirs ne sont pas non plus très intégrés : ils sont vus comme des rebelles.
D’une manière générale, tous les postes de pouvoir ou d’argent sont détenus par les Maures blancs. Il n’y a par exemple qu’un seul ministre noir dans l’ensemble du gouvernement, et tous les Noirs vous diront que c’est seulement pour faire joli…
La maman m’a raconté qu’il y a eu dans les années 1985 une espèce de barbarie entre les Maures et les Négro-africains. On reprochait alors aux Sénégalais de s’être enrichis sur le dos des Maures. S’en est suivie une guerre civile dans la capitale où tous les Noirs étaient pourchassés et tués.
Pour comprendre cette situation, il faut remonter à la formation de la ville. Ca ne remonte qu’aux années 1960 : une ville a été construite ex-nihilo après la décolonisation. Des immigrants sont arrivés du désert (plusieurs vagues d’immigration suite à des sécheresses) et des pays voisins. Des Négro-africains sont venus du Sud fuir la misère de leur pays et ont tenté de remonter vers le Nord.
La Mauritanie est en effet le dernier pays en remontant de l’Afrique de l’Ouest vers l’Europe où les frontières sont assez perméables. Ceux qui essaient de remonter plus loin se heurtent à la guerre du Sahara Occidental, au Sud du Maroc. Les rêves d’Europe échouent donc en Mauritanie.
« Echouer en Mauritanie » me paraît le terme le plus approprié. On arrive là par hasard, bloqué dans sa remontée vers le « paradis » européen. Et puis on y reste car on peut s’y installer facilement, sans trop de problèmes. Mais on échoue aussi ici : il n’y a rien à y faire. « C’est un trou » me disait un ami camerounais. L’idée est assez bonne : on y tombe dedans sans faire attention et on n’en sort pas…

Deux jours après notre arrivée a eu lieu une tentative de coup d’état…

La suite d’ici quelques jours !

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