Dans un (très chouette) bureau de Chine
Mar 03, 2011 La Chine au quotidien 9

Quand je suis venue en Chine, je ne savais pas ce qui m’attendait ici. Je savais que je voulais comprendre mieux ce pays, améliorer mon niveau de mandarin et échanger plus avec les Chinois.

Je venais de travailler quatre ans avec ce pays: deux années dans les échanges culturels et deux années dans le tourisme, j’y avais déjà séjourné plusieurs fois. Je pensais avoir un avis assez précis sur la Chine. J’ai rapidement revu mon jugement: plus ma compréhension de ce pays augmentait, plus je mesurais la complexité de ce qui me restait à comprendre.

Un drôle de hasard a fait que je me suis retrouvée à travailler dans le textile, dans un bureau d’achats à Shanghai.

Je me suis dit qu’au moins, je serai vraiment au cœur des échanges avec l’Empire du Milieu.
J’ai appris un nouveau métier, j’ai découvert un univers, et j’ai compris bien des coulisses du monde dans lequel nous vivons.

Mais ce que je ne savais pas c’est à quel point je vivrai la rencontre franco-chinoise au quotidien.

Dans mon bureau, nous sommes sept, quatre Chinois et trois Français. Ma directrice a l’intelligence de considérer chaque personne pour ce qu’elle est, indépendamment de sa nationalité. Elle a réussi à créer une atmosphère de travail où chacun se sent à sa place, l’égal de l’autre, sans aucune rivalité inutile; et plus si affinités.
Le terrain était propice aux échanges humains, à la rencontre, en profondeur.

Depuis que j’ai commencé à travailler dans ce bureau, j’ai compris mieux que jamais ce que signifie « échanges culturels franco-chinois ».
L’ouverture d’esprit, la découverte réciproque, l’interrogation qui vient parfois là où on ne l’attend pas. L’envie de communiquer avec l’autre, qui donne que six personnes sur sept parlent la langue de l’autre – ou du moins essaient de la parler. Quand vous savez tout ce qu’il en coûte à un Chinois de parler bien anglais et qu’il se met ensuite au français, vous mesurez l’ampleur. Notre équipe passe donc constamment de l’anglais, langue de travail, au mandarin puis à la langue de Molière. Gymnastique de l’esprit garantie !

J’apprécie mes deux collègues français pour leur attitude face à notre pays d’accueil: ouverts, sans jugement, tolérants, patients, et compréhensifs.

J’apprécie mes quatre collègues chinois car ils répondent à mes constantes questions, souvent linguistiques ou culturelles. Ils font l’effort de supposer ce que peut être le choc culturel qu’en tant que Française je vis ici au quotidien.
Nos nombreuses discussions, même si elles sont parfois légères, colorent, humanisent et font progresser ma compréhension de la Chine.
Grâce à eux, je peux mettre des visages, des pensées et des humeurs sur cette foule immense et lointaine qu’on nomme trop souvent dans sa généralité anonyme « les Chinois »… Même si parfois des interrogations ou des incompréhensions demeurent, c’est toujours dans le respect, et ça ne me donne que plus envie d’essayer de déchiffrer ce qui se passe dans cet imaginaire si éloigné des nôtres!

Plus que jamais, à leur contact, j’ai envie de comprendre avant de juger…

9 comments on “Dans un (très chouette) bureau de Chine

  1. Bonjour,Ni hao

    En effet les chinois ont une faculté d’accueil remarquable, dans le monde du travail ils respectent au plus haut point l’étranger et ce malgré le péjoratif nom »Laowai » qu’ils nous ont attribué.

    Au travail en général ce n’est pas la communication qui pose problème car beaucoup sont bi voir tri-lingues mais plutôt les méthodes de travail complétement différentes des nôtres.Et surtout la « thinking way » qui s’avère à l’opposé des mentalités françaises.

  2. Bonjour Alexandra,

    je suis tout à fait d’accord avec vous sur les différences de mentalité, c’est là le plus dur…
    Laowai n’est pas péjoratif, c’est au contraire une marque de respect pour les Chinois, Lao signifiant vieux, dans le sens qui a de l’expérience.

  3. C’est plus complexe que cela,faites traduire ces mots à vos collègues chinois ils vous en diront un peu plus. (traduction dessous)
    中国民间许多传承历史的称呼,细想起来都有种族歧视的嫌疑:老外(通常指代白人),黑鬼(非裔人),小日本,高丽棒子(朝国人),宾妹(菲律宾女性),老毛子(俄罗斯人),阿三或阿叉(印度人),台巴子(台湾人)

    Traduction:
    Les Chinois utilisent depuis longtemps des termes pour désigner les étrangers; en y réfléchissant bien, ils ont tous une connotation « raciste »: Laowai (désigne les Blancs), Heigui (les Africains), Xiao Riben – Petit Japon, Gaoli Bangzi (les Coréens), Binmei (les filles philippines), Lao Maozi (les Russes), Asan ou Acha (les Indiens), Tai Bazi (les Taïwanais)

    source:http://www.chine-nouvelle.com/forum/read.html?q=6%2C7068

  4.  » J’ai rapidement revu mon jugement: plus ma compréhension de ce pays augmentait, plus je mesurais la complexité de ce qui me restait à comprendre. » On rencontre beaucoup de Chinois qui avouent la même chose.
    Par ailleurs, quand on connaît diverses régions, on peut se rendre compte davantage de la diversité de la Chine, ce qui amplifie la complexité. Travailler dans le dongbei et dans la région de Canton obligent à un grand écart qui n’est pas seulement géographique. Idem avec Pékin et Wuhan par exemple, etc.

    « j’ai envie de comprendre avant de juger… » Pourquoi juger? Pourquoi vouloir juger? Ce sera forcément en fonction d’une grille de lecture préétablie?

    Alexandra,
    Que veux-tu dire au fond?

  5. Xavier, je suis totalement d’accord avec toi, on devrait toujours parler de la Chine au pluriel.
    Et pourquoi juger, une immense question: qu’on le veuille ou non, on passe notre vie à juger, c’est l’unique moyen de ne pas devenir fou à force de trop recevoir d’informations sur ce qui nous entoure, ce qui nous permet de « faire le tri », ou quelque chose du genre. Et pour moi toute la question et de ne pas avoir de grille erronée, pré-établie trop rapidement, mais d’avoir ma grille, celle que j’estime la plus proche de la réalité, la plus juste aussi…

  6. @ Xavier, Loin de moi toute idée malveillante, mais travaillant en chine depuis 2006, laissez moi vous dire qu’il en faut beaucoup plus pour connaitre ce fabuleux pays. Il faut arrêter de penser avec une mentalité française, les termes n’ont pas le même sens ici ou en France, et un étranger reste un étranger un Laowai. Demandez leurs ce qu’ils pensent des japonais vous ne serez pas deçu …
    Le chinois est très critique, très curieux,s’intéresse beaucoup à l’autre parfois même ,dans le cadre professionnel , à en oublier les frontières du privé. 😉
    Ne polémiquons pas et échangeons.

  7. Ye Lili, tu as encore l’espoir de comprendre, je t’envie. La réalité est tellement déroutante parfois. Je viens depuis 86 en Chine et j’y ai passé plus de 10 ans dans diverses villes et je découvre toujours sans essayer de juger car on croise parfois des choses assez hallucinantes. Par ailleurs, j’ai changé de domaine d’activité il y a deux ans, je travaille principalement avec les departement store et j’évolue dans un monde dont les pratiques étaient assez éloignées de ce que j’avais connues en Chine auparavant, une autre Chine.
    Alexandra, loin de moi l’esprit de vouloir polémiquer. Je voulais juste connaître ton avis suite à ton expérience.
    Pour les Japonais, on trouve des Chinois qui ne voudront pas de locataires japonais ou encore qui pensent que leur férocité est dans le sang japonais et rien ne change avec les nouvelles générations, etc… Quant aux Noirs, ça va plus loin.
    Une petite anecdote qui va dans un autre sens : Mon associé originaire du Zhejiang, qui a bien profité des années de croissance, un soir au détour d’un bon vin français a commencé une litanie contre le PC, la propagande et le lavage de cerveau.  » Tu te rends compte quand je vais au Japon, je pense à toutes ces images des Japonais qu’on nous a mis dans la tête. Ils sont des humains comme nous après tout.. L’école ne nous donne rien pour comprendre le monde et avancer, que de fausses images. J’ai mis mes enfants dans une école américaine à Shanghai pour éviter ce manque d’éducation et cette propagande. Mais ils restent encore dans cet environnement du PC et ils sont trop influencés, l’année prochaine, ils partent à HK. » Et ce n’est pas un intellectuel qui réfléchit toujours.
    J’ai écouté parfois des étrangers parler de la dite xénophobie des Chinois. Je ne l’ai jamais ressenti et n’ai jamais eu d’expériences m’incitant à croire à son existence. Je parle d’une vraie xénophobie, pas de réflexions à la con qu’on trouve partout dans le monde.
    « Il faut arrêter de penser avec une mentalité française, les termes n’ont pas le même sens ici ou en France  »
    Parfaitement d’accord avec toi, d’ailleurs, ce genre de propos a été pendant une période mon « cheval de bataille ».

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