Rencontre avec Jimmy Jean-Louis, acteur polyglotte (et ambassadeur officiel pour Haïti !)
Avr 17, 2017 Haiti One response

La scène se passe dans le confortable hall du Terrasse Hôtel. Quelques semaines avant la rencontre, je suis contactée par Anne, attachée de presse de Jimmy Jean-Louis, à l’occasion de la sortie de son dernier film « Jazmin & Toussaint ».
Jimmy Jean-Louis, son visage vous dira sans doute quelque chose. Vous l’avez peut-être vu comme moi (attention, ça remonte !) dans la série Heroes.
Amis lecteurs, vous le savez désormais, je suis très attirée par Haïti.
A l’heure où vous découvrirez ces lignes je serai sur le point de partir de l’autre côté du globe : mon rêve d’Haïti se réalise, et une fois n’est pas coutume, je pars pour une double mission à la fois professionnelle (je pars recruter des agences pour Evaneos) et influenceuse (pour le Nomad Festival). En attendant que je vous livre mon journal de bord haïtien, voici un avant-goût de ce voyage avec cette rencontre avec le sympathique Jimmy Jean-Louis…
On y cause cinéma, identité, et Haïti bien sûr…

Rencontre :

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Pour quelle raison êtes-vous en France ?
Je suis ici pour assurer la promotion de « Jazmin & Toussaint ». L’histoire d’un vieux monsieur affaibli par la maladie, qui retrouve sa fille, qu’il avait plutôt négligé jusqu’alors. Ce film est le récit de ces retrouvailles.

Pourquoi avoir accepté de jouer dans ce film ?
C’est une superbe histoire et c’est aussi un vrai challenge. Jouer le rôle d’un vieux monsieur et jouer en espagnol. J’aime les challenges, je réalise d’ailleurs que j’ai tenu des premiers rôles en quatre langues – français, anglais, espagnol, créole haïtien. C’est unique et je suis fier de cela !

Comment vous avez réussi à tenir des rôles en quatre langues ?
Je suis né en Haïti, plus tard j’ai vécu dix ans à Paris, j’ai fait un arrêt de deux ou trois ans à Barcelone, puis j’ai vécu en Afrique du Sud, et en Angleterre.

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(c) Jazmin et Toussaint

Être un acteur de nationalité haïtienne, ça vous a plutôt aidé ?
Il y a eu plusieurs étapes, au départ ça ne m’a pas aidé. Simplement pour passer les frontières, j’ai dû passer beaucoup de temps dans les consulats… Aussi, à mon époque quand il y a eu la découverte du SIDA, Haïti a été pointé du doigt et j’ai été stigmatisé comme porteur du SIDA. Mais comme je n’ai pas lâché prise et comme j’ai complètement embrassé cette nationalité, j’ai été défini comme Haïtien. Et là ça a basculé, car c’est atypique de réussir en tant que Haïtien. Ceci dit, c’est malgré moi que j’ai été défini comme haïtien et on m’a proposé plusieurs projets en ce sens. Mais la notion d’acteur haïtien n’a pas vraiment de sens. Je me définis comme pratiquant le métier d’acteur. Je suis donc un acteur, un acteur qui porte certains drapeaux.

Vous sentez-vous ambassadeur d’une cause haïtienne ? ou peut-être porte-parole ?
Depuis longtemps, j’ai pris conscience que je porte l’image du pays, malgré moi. J’ai donc une certaine responsabilité. Aussi, le Président de la République m’a délivré le titre d’ambassadeur officiel itinérant pour Haïti.
Quand on fait partie d’une branche plutôt mal menée, une branche qui ne fleurit pas trop, on souhaite nourrir cette branche, pour qu’elle vive ou survive. Haïti a été une belle fleur par le passé, et j’essaie de l’aider à refleurir. Concrètement, je fais le maximum de choses pour de développement du pays. Dans mon domaine, dès que je peux tourner en Haïti, je le fais. Je viens de présenter trois films au Los Angeles international festival, ces trois films ont pour sujet Haïti. Je mène aussi des actions humanitaires, avec l’association Hollywood Unites for Haiti où l’on encadre des jeunes défavorisés.

Vous avez un projet de livre je crois ?
Oui, c’est encore un projet : le but de ce livre est de montrer « mon » Haïti à moi. On a parcouru presque tout le pays avec le photographe Benjamin Decoin. On a recueilli beaucoup d’informations, les avis de nombreuses personnes, pour savoir comment eux voient Haïti. On va également ajouter des artistes, afin qu’ils racontent leur vision d’Haïti. Et je ferai en sorte que ce soit le plus vrai possible…

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Pendant la réalisation du livre, cette photo et la première sont de Anne Pourbaix

Venons-en à Haïti, comment définiriez-vous ce pays en quelques mots ?
C’est la première république noire à avoir eu son indépendance, et elle souffre de cela.
C’est difficile en ce moment, il y a d’énormes problèmes, notamment au niveau économique. Si l’économie ne va pas, tout le reste se casse la gueule. La société doucement se casse la gueule, le respect des uns des autres se casse la gueule.
Avant, Haïti était connu comme la perle des Antilles. C’était l’île la plus cotée, la plus aimée, la plus visitée. Sauf qu’entre temps il y a eu tellement de conflits, intérieurs ou extérieurs, qu’Haïti est ce qu’elle est maintenant. Un pays qui s’en sort très mal. Il n’y a que la culture haïtienne qui s’en sort, mais sans véritable exploitation. Cette culture est très riche, mais elle est très peu mise en valeur, car le négatif prend toujours le dessus. Le sensationnel, c’est ce que les médias préfèrent. C’est une des raisons pour lesquelles Haïti est un pays très peu compris.

Vous parliez de culture, dites-nous en plus…
Haïti est le pays le plus africain en dehors de l’Afrique. Le vaudou est très important en Haïti, ce sont les racines du pays. Le vaudou c’est une croyance, une religion. La musique est liée au vaudou, la peinture aussi, peinture qui est présente partout en Haïti. L’écriture aussi est importante, on arrive à la sentir ou la voir. Car certains ont réussi à sortir du lot. Je pense à Dany Laferrière à Trouillot, ou à Frankétienne.

Vous encourageriez les voyageurs à venir en Haïti ?
Oui, complètement. Il faut juste connaître, savoir où l’on va. Pour un touriste, il y a mille choses à faire, en Haïti, on ne vient pas seulement pour bronzer au soleil. Il y a des monuments historiques datant d’avant l’arrivée des colons. Mais on a un travail d’infrastructures à réaliser avant d’accueillir des tourismes en masse… Je n’encouragerais pas les gens à aller en Haïti comme ils iraient à Ibiza. Il faut juste savoir où l’on va. Et il vaut mieux avoir quelqu’un pour nous réceptionner, avoir un premier contact.

Les touristes blancs sont vus comment ?
Ils sont toujours les bienvenus ! Il y a aussi l’aspect du sauveur, donc ils seront toujours bien accueillis. Haïti est un pays très safe pour les touristes, bien moins dangereux que les pays alentours.
La majorité des gens qui viennent en Haïti pensent que c’est pour aider, et dans 100% des cas, quand ils reviennent d’Haïti, c’est eux qui ont été aidés. Et ça, ça n’a pas de prix…

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Un immense merci à Jimmy & Anne pour avoir permis cette rencontre !
Continuer le voyage :
*Sur la page Facebook de Jimmy Jean-Louis
*Lors du Nomad Festival de Cergy-Pontoise les 17 et 18 juin 2017
(les photos du livre de Jimmy Jean-Louis & Benjamin Decoin y seront exposées et Haïti y sera à l’honneur!)

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