Lecture: 1986

1986 de Yu Hua est un livre difficile : il aborde un des sujets les plus sensibles de l’histoire chinoise contemporaine, la Révolution Culturelle.

1986

Un enseignant est enlevé par les Gardes Rouges en 1966. Sa femme et sa fille ne le reverront plus. Elles reconstruisent alors leur vie avec un autre homme.
20 ans plus tard, l’ombre de ce premier père plane sur la ville : un étrange inconnu rôde en ville, des indices de plus en plus précis confirment qu’il s’agit de l’enseignant disparu. Cet homme aujourd’hui fou imagine des tortures sur les hommes qui l’entourent et il finit par se les appliquer à lui même. Comment accepter ce retour du passé ? La femme n’y parvient, elle se mure dans la peur et le silence.

Ce roman est très dur : la description des tortures est très précise, parfois insoutenable. Sans doute une manière d’évoquer les souffrances subies pendant la Révolution Culturelle, souffrances peut être plus indescriptibles encore.
Une question primordiale est au centre de ce roman : comment se reconstruire après de telles épreuves ? Reste-t-il alors une place pour un retour éventuel du passé ? Pour Yu Hua, ce n’est pas le cas : le roman est une succession de contrastes saisissants entre la folie des uns et la volonté des autres à vivre dans la légèreté de l’instant et du bonheur retrouvé.

Comme dans Vivre ou le Vendeur de sang dont je vous ai parlé la semaine dernière, Yu Hua aborde à nouveau un thème de la sombre histoire de la Chine. Comme l’écrit son éditeur français : « réécriture visionnaire de la révolution Culturelle, 1986 a d’emblée trouvé sa place parmi les grands classiques ».

Acheter sur Amazon: 1986

Lire la suite
Lecture: Le vendeur de sang

Je commence aujourd’hui un nouveau type d’articles, et partage avec vous quelques-unes de mes lectures sur la Chine. Un livre d’Yu Hua pour débuter, un auteur contemporain que j’apprécie beaucoup.

vendeurLe vendeur de sang est un livre pédagogique et touchant à la fois.
Comme dans beaucoup d’autres romans de Yu Hua, il s’agit d’une histoire familiale mouvementée sur fond d’une histoire chinoise tourmentée. La toile de fond du Vendeur de sang est la même période que celle de Vivre, qui a été porté à l’écran par Zhang Yimou et primé au festival de Cannes. La République Populaire de Chine vient de naître, les hommes ne sont que des petites pièces qui comptent peu dans le grand puzzle qui les domine.

La vente du sang est le fil rouge de l’histoire. C’est grâce à ce procédé alors lucratif mais dangereux (nous sommes entre les années cinquante et soixante) que Xu Sanguan, le chef de famille, arrive à sortir sa femme et ses enfants de situations critiques. Entre le Grand bond en avant et la Révolution culturelle, aucun tourment ne leur est épargné. Famines, répudiations publiques ou au sein même des familles, exil forcé ponctuent la trentaine d’années que le lecteur passe en leur compagnie.
La mort fait partie du triste quotidien dépeint. Même si on tremble à plusieurs reprises pour Xu Sanguan, sa femme et leurs trois enfants – nommés, pour le plus grand paradoxe, Premier, Deuxième et Troisième Plaisir – ils arrivent malgré tout à survivre. L’énergie et l’acharnement à vivre animent en effet le personnage principal.

Comme dans Vivre, l’auteur nous fait côtoyer de l’intérieur ces sombres heures de l’histoire chinoise. On comprend mieux ce que des milliers de familles ont vécu pendant des décennies où l’ouverture et l’individualisme étaient alors loin d’être les maîtres mot en Chine.

A propos de littérature chinoise, un article intéressant sur le site de Rue 89.
Bonnes lectures !

Acheter sur Amazon: Le vendeur de sang

Lire la suite
Si vous ne l’avez pas encore vu…

webdocu

Il ne faut absolument pas rater cet édifiant documentaire Génération Tiananmen : avoir vingt ans en Chine.
Visionnée avec quelques jours de retard, j’ai vraiment aimé cette mise en perspective des événements de 1989, réalisée par un journaliste occidental qui a vécu en direct ce tournant de l’histoire contemporaine de la Chine.
J’ai beaucoup apprécié les images d’archives, simples et tellement éloquentes à la fois. Le portrait croisé de deux générations est aussi particulièrement réussi, deux regards sur la Chine sont confrontés, celui d’un jeune qui avait 20 ans en 1989 et celui d’une jeune Chinoise qui a 24 ans aujourd’hui.

Un documentaire de qualité que je vous conseille chaleureusement !

Lire la suite
What is your first feeling ?

Voilà la question qui m’a été le plus posée ces derniers temps par les nouvelles personnes rencontrées à Changzhou. Au bout de mes 10 premiers jours passés ici, le terme le plus évident serait « différent » tout simplement. Différent de la France ou de l’Occident bien sûr, mais aussi différent de tout ce que j’ai pu voir en Chine jusqu’à maintenant.
Changzhou est une sorte de ville-champignon: elle s’étale beaucoup et toutes ses vieilles pierres sont détruites pour être remplacées par des grands centres commerciaux type mall à l’américaine. Les petites rues traditionnelles sont toutes intégralement rasées au lieu d’être réhabilitées. A Pékin ou à Shanghai, il en reste au moins quelques-unes, si ce sont des vitrines touristiques, elles restent aussi des témoignages architecturaux…
A Changzhou, des chantiers donnent naissance à des tours plus hautes les unes que les autres dans tous les coins et recoins de la ville. J’imagine que c’est une volonté de modernité ostentatoire, mais à mes yeux, c’est surtout froid et impersonnel. En plus, ces grandes tours sont souvent désertées: que ce soit les boutiques ou les loyers, tout y est trop cher.

Si elle n’a pas l’air taillée pour le tourisme, Changzhou est vraiment agréable à vivre: malgré les 3,5 millions d’habitants de l’agglomération, le centre-ville peut se parcourir à pied facilement. Tout est y relativement proche, et accessible en bus ou en une vingtaine de minutes maximum en taxi. La vie est ici très bon marché, et comme souvent en Chine, on peut manger pour 1 ou 2€. Il y a aussi beaucoup de parcs, assez récents et bien aménagés.
Enfin, la ville n’est pas victime de surmenage: nous sommes loin des mégapoles de la côte orientale. Ici, les rues ne sont pas surpeuplées, on peut souvent s’asseoir dans les transports en commun. Et il y a peu d’Occidentaux (a priori bien moins de 1000). Les Chinois de Changzhou font preuve d’une forte curiosité à notre égard, mais une curiosité qui reste toujours bienveillante. Plusieurs engagent spontanément la conversation en chinois, et sont ravis de voir que je réponds, même si je dois souvent répondre à côté de la plaque…
Un autre avantage du faible nombre d’expatriés est que cela permet une prise de contact rapide. En 10 jours, j’ai rencontré de nombreux Occidentaux vivant ici depuis quelques années et qui m’ont tous proposé leur aide et bons conseils, plutôt agréable quand on sait qu’il n’existe aucun guide touristique sur la ville !

Lire la suite
Censurée !

WordPress, la plateforme informatique sur laquelle mon blog est hébergée, est censuré depuis quelques jours en Chine, en lien avec la commémoration des événements de juin 1989. C’est loin d’être le seul site, Twitter, YouTube, Bing, Flickr, Opera, Live, et bien d’autres sont aussi bloqués.

Curieux sentiment, car c’est la première fois que je suis personnellement victime de censure.
Curieux sentiment, pour quelqu’un qui n’a jamais eu à mesurer ses paroles.
Curieux sentiment, quand je pense aux millions de personnes qui vivent cela régulièrement, aux dizaines de pays concernés.

Curieux cadeau de bienvenu en Chine: un ami avait vérifié que mon blog fonctionnait en Chine en mai, mais depuis mon arrivée le 2 juin, tout a changé ! Une sacrée manière de mesurer une réalité bien chinoise…

Heureusement, il existe des biais, et notamment www.zendlife.info – merci
Woods pour l’info-, un proxi qui permet de me connecter malgré tout à mon interface technique, mais de façon limitée, donc plus de photos pour le moment; en espérant que ce soit temporaire ou que je change d’hébergeur.

Lire la suite
Qufu, ville de Confucius

Voyage d’avril 2007

 

Apres le bord de mer, je suis partie pour un nouveau trip tourisme : la ville natale de Confucius, Qufu. Petite ville très agréable où j’ai passé 2 nuits tranquilles, à me déplacer à pied uniquement – un exploit vu la taille des villes chinoises…

qufu

Au programme : visite du temple et de la maison des héritiers du fameux penseur. Beaucoup de vieilles pierres et de dragonneries avec un côté décrépi très plaisant, pas de reproduction à la Walt Disney comme les Chinois savent faire. La maison était surtout impressionnante: un dédale de dizaines de bâtisses en bois et pierre datant du 16ème siècle!

maison-confucius

confucius-photo

J’ai aussi fait un tour dans le cimetière de la ville, qui est en fait une forêt de plusieurs hectares, très calme, parsemée de vieilles pierres tombales, de petites fleurs mauves, et de gros oiseaux glougloutant non identifiés. Un régal de nature… Notez que la demeure familiale de Confucius et le cimetière sont classés au Patrimoine Mondial de l’Unesco.

qufu-cimetiere

Je termine ici le récit de ce voyage. Ce voyage est moins décrit que les précédents car je suis surtout partie pour travailler.

S’achève également le récit de mes voyages passés. Place à ma nouvelle aventure : la vie quotidienne en Chine…

qufu-priere

Lire la suite
Ile turquoise en mer de Chine

Voyage d’avril 2007

Je passe quelques jours dans l’île turquoise du Shandong, communément appelée Qingdao. Beaucoup la connaissent pour sa plus grande spécialité: la bière Tsingtao, apportée ici par les Allemands lors de leur implantation coloniale au 19ème siècle.

La brasserie n’a pas été le seul apport allemand. Toute la ville est parsemée de demeures coloniales, et on croise cette architecture massive à tous les coins de rue. Elle tombe souvent en désuétude: curieuse appropriation des Chinois d’aujourd’hui qui semblent squatter ces maisons surdimensionnées ou qui occupent les rez-de-chaussée avec des bars-karaokés ou des entreprises…

qindao

La présence de la mer rend Qingdao très agréable: l’air y est plus frais que dans l’intérieur du pays et une ambiance détendue règne dans ses rues. On est loin des pratiques balnéaires françaises, et badauds, touristes et petits vendeurs en tout genre sont là. Des portions de plage sont aussi praticables pour de très belles balades. Le seul souci est que la ville est très étendue. Partie en “tourisme expérimental” en prenant un bus au hasard, j’ai longé la côte pendant 3/4 d’heure sans sortir du tissu urbain! Mais la récompense était là: vaste plage de sable fin et mer miroitante à souhait, il a suffi de regarder vers le large pour apprécier le déplacement!

qingdao-epave

Qingdao a une taille moyenne et ses différents quartiers peuvent se parcourir à pied. Je préfère le vieux Qingdao et ses petites ruelles au nouveau quartier, plus riche et plus commerçant mais également envahi de hauts buildings. Au contraire les petites ruelles à proximité de la mer sont très animées: petits métiers à même la rue, marché très varié et des plus animés, habitations mêlant le passé colonial à la débrouillardise contemporaine. Un vrai plaisir!

qingdao-marche

Lire la suite
Loin de Pékin et pourtant…

Sans aucune raison, envie de partager une image de Pékin que j’aime beaucoup…

Enfants dans les hutongs de Pékin

Lire la suite