« Ma » Bamako, danse(s) et autres petits moments précieux: 3 semaines à Bamako, journal de bord 2/2
Jan 19, 2019 Mali 6

Voici la suite et la fin de mon journal de bord à Bamako, pour ce troisième voyage au Mali en famille… (Cliquez par ici pour le début de ce journal de bord)

Mercredi 2 janvier 2019

La faille temporelle a de nouveau fait effet. Près de 3 semaines que nous sommes à Bamako, le départ est prévu après-demain.
D’un côté l’impression que le temps a filé plus vite que jamais, de l’autre l’impression exactement inverse que ce même temps s’est étiré autour de très peu d’activités ou d’actions.
C’est fou, je parie que j’ai écrit exactement la même chose lors de mon dernier séjour… Je le sais et pourtant ce rapport au temps si différent ne fait que me surprendre aujourd’hui encore. Peut-être que, le jour où cela ne me surprendra plus, cela signifiera que je suis vraiment intégrée, assimilée, ou encore incorporée à la culture malienne.

Si j’essaie de saisir « ma » Bamako en quelques mots, cela pourrait donner:
Douce Bamako, parfois chaude Bamako.
Tristement bafouée par les ordures, la pollution, les embouteillages, et le souci de l’argent bien trop souvent présent…
Ton peuple et ta culture sont tes trésors.
L’hospitalité, la gentillesse et la solidarité de tes habitants ne peuvent laisser le visiteur insensible.
La musicalité de ta langue, la musique tout court qui très souvent dans tes rues raisonne, le sens des traditions qui malgré les invasives poussées de la modernité perdure sont les apparats du quotidien du moindre Malien.
Bamako tu m’as donné chaud. Bamako je t’ai dans la peau.
Dans la peau, dans mon corps qui très souvent ici s’accorde au gré des musiques. Les djembés du Ballet National qui me font toujours vibrer. Les concerts qui très souvent animent les soirées de Bamako. Ou encore tout simplement les musiques écoutées sur les téléphones, les baffles, les enceintes en tout lieu et en tout moment…

Le tailleur ambulant.

Et s’il me fallait fixer quelques petits moments précieux parmi tant de mon séjour ici je dirais…
*J’aime les sons de notre rue de Bamako. Du côté de Garantiguibougou Nerekoro, pour ceux qui connaissent. Des oiseaux qui piaillent roucoulent hululent, des cigales, le bruissement des feuilles des manguiers, toujours des enfants qui crient ou rient au loin, parfois le rythme d’un pilon ou d’un balai, une mobylette qui passe, le muezzin de la mosquée rythmant les journées, les cris des vendeurs de rue, les aboiements des chiens, de la musique aussi souvent. J’aime les sons aux alentours de la maison…

*J’en ai beaucoup parlé précédemment, j’aimais et j’aime toujours autant danser avec le Ballet National du Mali. Je suis chanceuse de les avoir rencontrés. Ma chère professeure Bintou, ses acolytes Néné et Kadiatou, mes « djembéfola » Madou, Modibo et Sékou. Hormis Sékou, je les connais tous depuis la dernière fois et je sais qu’il y aura d’autres prochaines fois. Je danse neuf fois avec eux pour ce séjour.
Bienveillance, qualité, exigence et partage sont systématiquement présents à chaque cours. En plus de mes professeurs et musiciens particuliers, je connais désormais presque tous les membres de l’ensemble du Ballet. J’ai aussi la chance de les avoir vus en représentation, à la Cité des Enfants. Quelle chance de les voir en scène, en costume et tout en sourire. Ladite scène est malheureusement trop petite et les danses entrecoupées par de mauvaises animations sonorisées. Mais l’émotion et la grâce sont là, la magie opère…

*Au rayon danse toujours, j’ai partagé d’autres bons moments, parfois inattendus. Dans cette boîte de nuit où deux inconnues me voyant me trémousser sur mon siège, m’ont tour à tour prise par la main pour aller enflammer la piste et finalement me faire ovationner par le DJ.
Lors du 31 décembre, où, malgré un comité restreint, nous avons tous tant ri et dansé, ma belle-mère et moi-même en tête.
Lors d’un concert d’Aalou Sangaré, où les Maliens remplissent la piste dès que le rythme s’emballe un peu, et la vident exactement trois notes avant la fin de chaque chanson…
Dans la cour de la grande tante Ba Kémé en ce lundi 1er janvier, pour les 5 ans de la petite Oumou. Une trentaine d’enfants sont réunis sous le manguier et entreprennent des pas à faire pâlir plus d’un candidat européen à la danse africaine. Une excellente ambiance, au point que les tantes et les grands-mères se joignent au trémoussage collectif.
Et bien sûr lors des mariages auxquels j’assiste. On y chante principalement. Mais je danserais quand même un peu et serai congratulée par de très nombreuses Maliennes somptueusement parées.

L’anniversaire d’Oumou, sous le manguier.

Au mariage.

Ma belle-mère et ses amies, parées, au mariage.

*De ce séjour, j’apprécie au plus haut point ma totale déconnexion, ma « digital-détox » pour reprendre un terme à la mode. Pas d’ordinateur, pas de téléphone portable, pas d’accès aux informations. Uniquement du moment présent. Quelques livres pour m’occuper parfois dans cette fameuse faille temporelle. J’ai consulté une fois mes emails au bout de deux semaines et c’est tout. Bonheur de la présence au présent. Bonheur de l’absence de stress des actualités, de l’absence d’incantation à être toujours joignable.

*J’aime voir mes fils être ici chez eux, tels des poissons dans l’eau.

*J’ai aimé le concert d’Oumou Sangaré, concert gratuit en plein air pour les 30 ans de carrière de la chanteuse la plus populaire du Mali. Je n’avais pas anticipé la foule et la désorganisation malienne qui m’ont presque rendu agoraphobe. Mais nous avons heureusement pu trouver une place au pied de la scène et avons apprécié la Diva à quelques mètres seulement de nous. Grâce générosité et sublime voix au programme.

*Je me suis enfin mise sérieusement à l’étude du bambara. La première semaine j’ai noté tous les mots me paraissant utiles. J’ai ensuite acheté une méthode « Je parle bien Bamanan » et j’ai enfin commencé à saisir la structure des phrases maliennes. Je dépasse désormais le stade des salutations et comprends parfois ce qui se dit devant moi. J’espère un jour maîtriser cette langue et ainsi inciter mon cher et tendre à ne parler que bambara aux enfants. Quel cadeau ce sera pour eux.

– – –

Ainsi s’est achevé mon journal de bord malien. A ces lignes, j’ajouterais encore quelques mots.
L’avant-dernier jour, nous sommes partis mon mari et moi à la recherche d’une balade sur le fleuve Niger, que je voulais faire depuis longtemps. Nous laissons les options officielles, trop chères à notre goût, et nous tombons finalement d’accord avec Ousmane, pêcheur Bozo rencontré alors qu’il réparait un filet au bord du fleuve, qui accepte de nous faire une petite croisière du côté du fleuve qu’il connaît. Moment calme, sous un soleil ardent, où nous passons notre temps à saluer les connaissances de notre guide d’un temps.

Les dernières heures sur le sol malien seront celles de la nostalgie déjà.
Les adieux sont émouvants. Nous savons que nous reviendrons, mais laisser ici sa famille, c’est se séparer d’une partie de soi.
A bientôt ma chère Bouran-moussow, mon cher Bouran-ké, mes chéris, beau-frère et belle-sœur. Vous me manquiez déjà le seuil de la maison passé. Une partie de mon cœur reste à vos côtés…
Une fois de plus, c’est telle une fille et une sœur que vous m’avez reçue.
Aounitché. Kanbé…

6 comments on “« Ma » Bamako, danse(s) et autres petits moments précieux: 3 semaines à Bamako, journal de bord 2/2

  1. Merci de partager ici ton journal de bord, c’est un vrai plaisir de lire ton propre plaisir.
    Et félicitation pour ton choix d’apprendre le bambara, je ne connais pas cette langue et je suis sûr que ton tendre mari pourra t’aider, mais sache qu’il est relativement « facile » de trouver des dictionnaires et autres méthodes en occasion sur Paris en principe. C’est effectivement l’une des langues enseignées à l’Inalco, ce qui crée un petit trafic à chaque fin d’année / début d’année scolaire. J’y ai étudié deux langues africaines et mes dictionnaires ont tous été acheté d’occasion, à ma grande surprise à l’époque.
    Belle continuation à toi.

    1. Merci beaucoup pour ton si gentil message !
      Je ne savais pas que tu parlais des langues africaines, tu parles quoi ?
      Et je note je note ce que tu me dis là, si jamais j’ai besoin d’autres livres 🙂

      1. J’ai d’abord commencé par le yorouba, attiré par la région Bénin/Togo. Mais c’est une langue à tons, donc après trois mois, j’ai abandonné et j’ai profité de mon inscription à l’INALCO pour faire les autres cours (histoire, ethnologie, etc) et mieux connaître les différentes régions et langues sub-sahariennes. Du coup mon choix s’est porté sur le swahili pour la possibilité de l’utiliser dans une très grande partie de l’Afrique de l’Est. Sauf que depuis je n’y suis jamais allée et j’ai presque tout oublié.
        Enfin, là j’ai décidé de m’y remettre tout doucement pour ensuite combler cette frustration de ne jamais avoir été dans ce coin du monde.

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