J’écris ces lignes au-dessus de la Méditerranée. Je viens de traverser le continent africain par un vol de nuit me ramenant d’Antananarivo à Paris.
Ainsi se termine une des semaines de voyage les plus inattendues qu’il m’est été donné de vivre. Souvenez-vous amis lecteurs, je vous racontais dans cet article ma joie de participer au « Défi Blogueurs en Terre Solidaire ». L’ONG québécoise Village Monde m’a proposé de voyager une semaine dans l’Est de Madagascar en mode « tourisme solidaire » pour partager mon expérience avec vous. Et aussi pour vous donner envie de partir sur mes traces, car Village Monde propose des Bourses d’Exploration Solidaire pour partir à votre tour.
Rendez-vous sur cette page pour en savoir plus.

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Un contexte particulier

Le contexte était très particulier pour de nombreuses raisons. L’ONG m’a contactée deux semaines avant le départ pour m’inviter à ce Défi Blogueurs. J’ai appris que c’était pour Madagascar que je m’envolais 8 jours avant le jour J. Je n’ai pas eu le temps de me renseigner ou de m’imprégner de sa culture avant de partir, et je suis arrivée avec un œil totalement vierge sur la Grande Île. Mon voyage a été entièrement organisé par Mahay Expédition, agence de voyages malgache spécialisée en tourisme solidaire, et j’ai découvert mon programme au fur et à mesure. Dernière particularité, j’avais pour compagne de voyage Jennifer, acolyte blogueuse québécoise sur Moi et Mes Souliers, croisée une seule fois à Dublin il y a quelques années.
Certains d’entre vous auront peut-être suivi mes aventures sur ma page Facebook ou Twitter avec le mot-clé #ExplorationSolidaire. Avant d’entrer les jours à venir dans le vif de mon récit de voyage, je voulais partager ici quelques impressions générales sur Madagascar & le tourisme solidaire.

Petit rapport d’étonnement sur Madagascar…

Comme à l’accoutumée en ces colonnes, ce qui suit est basé sur ma propre expérience, et ne se veut en rien être une analyse journalistique poussée. Rapport d’étonnement serait plus approprié… La première pensée qui me vient en tête pour définir mon ressenti sur Madagascar en quelques mots : un alliage de beautés naturelles en péril et de pauvreté mâtinée de chaleur humaine…

Je ne connaissais pas grand chose de Mada avant de partir, mais je savais tout de même que l’île est un réservoir de biodiversité unique avec de nombreuses espèces végétales et animales endémiques. J’avais aussi lu çà et là que la déforestation faisait rage. Mais, au-delà de la théorie, expérimenter cette dévastation écologique de mes propres sens m’a choquée. J’ai traversé des massifs de montagnes pelées, où la terre de latérite à vif semblait pleurer des larmes rouges, j’ai randonné dans des forêts où ne restaient que des souches d’arbres calcinées, et j’en ai été choquée.
Pour des raisons de survie, des Malgaches paysans exploitent la forêt à plein régime sans se soucier du lendemain. Par simple cupidité égoïste, d’autres Malgaches (entrepreneurs et membres du gouvernement) vendent en masse et sans état d’âme bois précieux et autres ressources naturelles. Ces derniers savent pourtant qu’ils sacrifient la terre de leurs enfants.
Au rythme de la déforestation, Santatra de Mahay Expédition me disait qu’elle craignait qu’il ne reste plus de forêt primaire – et tous les richissimes écosystèmes qui l’accompagnent – d’ici 10 ou 20 ans…

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Le lémurien Indri indri, menacé par la disparition de son habitat, la forêt primaire

La grande pauvreté de nombreux villages m’a aussi beaucoup marquée. Je ne me souviens pas d’avoir côtoyé autant de misère depuis mes balades dans le Sud-Est asiatique, entre Laos et Cambodge. A Madagascar, il est fréquent de voir enfants ou adultes en guenilles crasseuses. L’habit ne fait pas le moine, mais tant de pauvreté et de saleté m’ont serré le cœur. Aucun des Malgaches croisés ne semblaient avoir faim, mais certains paraissaient en mauvaise santé, et tous les paysans abattaient de très durs travaux physiques.
Et pour autant, salutations et sourires étaient systématiquement au rendez-vous quand je croisais un Malgache, que ce soit en balade ou par la fenêtre de notre voiture.
Et je ne peux parler de Madagascar sans évoquer la situation politique. En crise depuis 2009, comme me l’ont répété tous les Malgaches avec qui j’en ai parlé, l’Etat est tout simplement démissionnaire. Alors que les salariés versent 20% de leur salaire en impôt, aucun service public ne fonctionne. Santé, éducation, transports, rien n’est organisé ou entretenu. De nombreuses associations essaient de pallier à ce déficit chronique. C’est, pour la Française que je suis, dur à comprendre qu’un Etat puisse être démissionnaire à ce point et que des associations doivent essayer de remplir ses missions.

Je le réalise en tapant ces lignes, ces impressions sont plutôt superficielles, voire mièvres. J’ai peut-être tout simplement été trop longtemps éloignée de la misère.

Passé la réalité de ce sombre tableau, Madagascar compte par ailleurs bien des richesses. Ses paysages et notamment ses forêts tropicales – quand ils ne sont pas déforestés donc – sont sublimes. J’ai eu aussi la chance de faire de longues balades sur des rives totalement vierges de l’Océan Indien.
Les animaux de Madagascar sont des plus majestueux – attendez que je vous parle de ma rencontre avec le plus gros lémurien du monde…
Et les Malgaches sont particulièrement accueillants. J’y reviendrai en détails avec mon récit de voyage jour par jour, mais je peux déjà vous le dire: nous avons été reçus avec chaleur et grande humanité

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Dans un village au bord du Canal des Pangalanes

… et à propos du tourisme solidaire

Les ONG sont très nombreuses à Madagascar. Trop nombreuses sans doute : certaines sont gérées comme des administrations, avec des sièges à Antananarivo, la capitale, ou même en Europe, totalement déconnectées de la réalité du terrain. Les fonds étrangers s’arrêtent alors avec le déclin des projets avortés faute d’implication des communautés locales. Avant de partir avec l’une d’entre elles, que ce soit en tourisme solidaire ou pour toute autre initiative, je vous conseille de regarder de très près leurs pratiques, notamment au niveau de l’investissement des personnes pour lesquelles elles disent agir. Ne dit-on pas que l’enfer est pavé de bonnes intentions ?

Ceci dit, le tourisme solidaire semble malgré tout une bonne solution pour appréhender au mieux les réalités de Madagascar. Je vous le raconterai en détails, mais j’ai eu la chance de participer à de très belles initiatives solidaires, où les communautés locales sont investies et responsables. Je pense au Saha Forest Camp qui implique les mille habitants du village et leur permet d’avoir d’autres ressources que l’exploitation de la forêt.
Je pense aussi à Mator, qui invite les voyageurs à dormir dans des villages au plus près des paysans malgaches, et qui permet là encore, au-delà de la rencontre et de l’échange, l’amélioration du niveau de vie sans abimer l’environnement.
Si vous êtes tenté par l’expérience de tourisme solidaire, je ne peux que vous conseiller d’organiser votre voyage avec des organisations comme Village Monde ou Mahay Expédition – vous serez alors sûr de vivre une belle expérience, dans le respect des communautés locales…

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A la rencontre d’élèves dans une école de brousse – (c) Jennifer, Moi, Mes Souliers

Un immense misaotra à Charles & Marie-Andrée de Village Monde, à la fondation Air Canada, et à Santatra & Stéphane de Mahay Expédition sans qui ce voyage n’aurait pas été possible.

Amis lecteurs, le débat est ouvert: que pensez-vous de mes petites réflexions ci-dessus ?
N’hésitez pas à partager votre point de vue dans les commentaires !

10 Responses to “Une semaine de tourisme solidaire à Madagascar”

  1. mélissa dit :

    j’envisage visiter Madagasar en septembre pour un mois.Après avoir lu votre texte je ne suis plus tout à fait certaine. Est-ce un bel endroit malgré tout vos points négatifs??Et un mois est-assez??

    • Ye Lili dit :

      Bonjour Mélissa,
      Si, si, si, je conseille vraiment de voyager à Madagascar. Je tenais vraiment à être transparente ici, mais l’île est pour autant très belle.
      Attends de lire les articles à venir, qui raconteront en détails mon voyage et je suis sûre : tu auras envie de partir!
      Amitiés

      • Mercier Bruno dit :

        Madagascar est une île à découvrir j’y vais depuis 2012 chaque année et je suis loin d’avoir tout vu. Il y a cette grande île à découvrir mais aussi la gentillesse des malgaches

  2. Gashou dit :

    Très belle article! J’ attendais avec impatience de pouvoir lire ton retour sur cette Expérience. Malgré les pas mal de points négatifs, mon pays t’as plu quand même. J’espère pouvoir un jour y retourner et expérimenter le coté solidaire.

  3. Anne dit :

    Un de mes amis travaille au CNRS sur le sujet, justement. C’est une vraie problématique. Et pourtant, on a de jolies surprises. Même pour l’adaptation des espèces au morcellement des habitats.

  4. Céline dit :

    En lisant tes mots je revis, ressens mes premières impressions de Mada, il y a deux ans déjà.
    J’ai vécu 6 mois à Sambava, capitale de la SAVA. Une capitale bien triste avec seulement 2 routes goudronnées, un hôpital public sans sanitaires, le départ de Médecins Sans Frontières, et un isolement profond (on accède à la ville soit par les airs lorsque Air Madagascar n’est pas en grève, soit par la « route » lorsque la piste est praticable).
    La monoculture de la vanille y fait rage, les quelques maisons d’expats sur-payés dominent les bouts de tôles servant de foyer aux Malgaches (j’en avais d’ailleurs parlé dans cet article si ca t’intéresse: https://voyagesduneplume.com/2016/04/15/50emois-a-madagascar/) …
    Lorsque mes amis me demandaient où j’étais je répondais souvent « dans un paradis infernal ». Parce que malgré toute la misère, la corruption, les incohérences au niveau de l’éducation (les classes sont en français alors que ce n’est pas toujours la langue maternelle des enfants), la déforestation, les problèmes d’accès aux soins ou à l’eau douce, et j’en passe !, cette région reste magnifique, riche en couleurs, cultures et sourires à rencontrer.

    Ton post reflète très bien ce bel et triste mélange qu’est Madagascar. Malgré mon « long » séjour sur la grande île il me reste encore beaucoup à découvrir et en te lisant j’ai hâte d’y retourner un jour pour observer, comprendre et apprendre de Mada.

    Merci pour cet article !

    • Ye Lili dit :

      Bonjour Céline,
      un grand merci pour ce message et pour ton témoignage.
      Je suis ravie de lire que j’ai bien « senti » cette destination, en passant seulement une semaine sur place.
      J’irai lire ton article prochainement…
      A bientôt !

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