Voici donc les premières pages de mon journal de bord en Haïti…

Depuis des années mon imaginaire est nourri de littérature haïtienne, celle de Dany Laferrière en tête. Depuis des mois je caresse l’idée d’un départ et aujourd’hui m’y voilà.

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L’avion atterrit, je ne peux m’empêcher de pousser un cri de joie « je suis en Haïti ». Et en même temps pointe une appréhension. Et si la réalité me déplaisait ?
Je laisse la peur de côté : je me concentre sur tous mes sens pour ne rien perdre de ces premières impressions.
L’air est chaud lourd humide. Trente degrés annoncés. Je pourrais me croire à Bamako ou à Dakar.
Les formalités passées, une musique rythmée chatouille mes oreilles. Un groupe de Kompa accueille les voyageurs. Oh je sens que les Haïtiens vont savoir me parler.

Notre petit groupe rejoint Abner Septembre, qui sera notre guide pour cinq de ces journées haïtiennes. Son patronyme enchante mes oreilles, son sourire chaleureux me met en confiance.

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Abner, notre guide en ces premiers jours, accompagné de Luc dont je vous parlais ici.

Nous sortons de l’enceinte de l’aéroport.

Pa campe la si vou plai.

Il faut que je relise cette phrase à haute voix que la comprendre. On nous invite à ne pas rester là, à savoir sur le passage qui mène au parking. Je le vois ici pour la première fois d’une très longue série : le créole haïtien est riche de mille trésors à mes yeux.

Nous prenons sans tarder la route pour le Sud du Pays, direction Vallue, sur la commune de Grand-Goâve. Nous d’abord traversons Port au Prince. Les gens portent des habits très colorés, les peaux sont foncées. Ici encore je pourrais me croire dans une capitale africaine. Tous semblent bien affairés en cette fin de journée : 16h30 – 17h est l’heure de pointe à Haïti. Les détritus partout au sol heurtent mon regard…
Abner nous tient un cours d’histoire et commente ce qui nous entoure. « Nous sommes sur le Champ de Mars, le Palais présidentiel a été détruit pendant le séisme de 2010, il est en reconstruction. »

Nous sortons de Port au Prince tout en restant dans une enfilade de tissu urbain.
Les communes succèdent aux communes. Sur la route nous croisons des dizaines de « tap-tap », ces camions aménagés en bus, superbement colorés. Je devine les heures de travail pour les peindre ainsi. « Merci Jésus », « Christ Sauveur », « N’envie pas la vie des autres », « Dieu est parmi nous » : chaque bus est orné d’une parole spirituelle. A voir la dangerosité de la route, nous en avons bien besoin !
Je pique du nez malgré moi.

Nous arrivons dans une zone moins urbanisée. Je vois la mer caraïbe à quelques mètres de moi. Ses eaux sont translucides…
La nature qui nous entoure est luxuriante : palmiers, champs de canne à sucre, végétation grasse. Je repense à ma balade sur Grand Cayman, il y a des années de cela, dans un contexte radicalement différent. Nous ne sommes pas si loin physiquement mais plus d’un monde nous sépare…

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Sur notre gauche le morne Tapion. Un morne est une colline de 500 à 600 mètres m’explique Abner. Ensuite c’est une montagne. Le « Morne Tapion » est présent dans les livres haïtiens de Dany Laferrière, je ne peux m’empêcher d’y penser et de repartir un instant dans mes douces rêveries littéraires. La route pentue nous mène au Ban-Yen, notre adresse pour deux nuits. Cet hôtel est lié à l’Association des Paysans de Vallue, que nous rencontrerons demain.

Mes oreilles sont en émoi. Chants et cris emplissent la forêt et l’hôtel. Ce sont des lézards, des grenouilles, des criquets et aussi des oiseaux qui chantent ainsi. Ces chants m’accompagneront toute la soirée et toute la nuit.
Notre petite équipe prend un repas simple et convivial à l’hôtel. Avec le décalage horaire notre journée n’en finit pas de s’étirer. Je plonge dans mes draps à 21h30 locales, 3h30 du matin heure de Paris.
Je me laisse bercer par ces chants forestiers et m’endors, épuisée et ravie.

A suivre…

Cliquez par ici pour connaître le contexte de mon voyage en Haïti.

One Response to “Le jour où mon rêve d’Haïti s’est enfin frotté à la réalité…”

  1. […] Aurélie revient d’un magnifique voyage à Haïti. Elle vous invite à lire le récit de ses aventures. […]

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