Ami lecteur, voyageur d’un jour ou au long cours, ce texte t’est destiné.
Je ne sais par quel bout le prendre, je ne sais comment me faire entendre.
J’ai une énorme envie de faire bouger les choses, très peu de moyens pour y parvenir, à peine ces quelques colonnes. Mais les gouttes d’eau font les océans. Et le colibri ne se désespère pas.
Je porte ma pierre à l’édifice par ces mots, j’espère par ces lignes qu’il y ait un tout petit peu moins de maux.

Je suis scandalisée par la manière dont on traite les « migrants ».
Je suis scandalisée par la manière dont on parle des « migrants ».

migrants-c-Joshua-Earle

Scandalisée

Des dizaines de cadavres de plus vont joncher les fonds de notre chère Méditerranée, à peine quelques lignes y sont consacrées dans nos grands média. Déplorable constat. On parle pourtant longtemps des quatre décès de tel accident survenu sur nos routes d’été.
La vie humaine n’a donc pas la même valeur ici et là. Médiatiquement c’est certain.

Et pour toi, ami voyageur, qu’en est-il ? Ces incroyables statistiques ne te choquent pas ? 2000 morts dans la belle bleue pendant ces sept premiers mois de 2015.
Je me questionne. Comment peux-tu ramener des sourires d’enfants sur les photos des pays lointains dont tu reviens et ne pas te soucier de ces mêmes enfants et de leurs parents qui risquent tout car ils n’ont plus rien à perdre ? Comment peux-tu te réjouir d’avoir rencontré des « locaux » pendant tes derniers voyages et accepter que ces mêmes humains ne comptent ici pour rien ?

Je sais que les mots sont vains, qu’ils paraitront même déplacés pour certains.
Mais je suis excédée, je ne peux pas rester les bras croisés, ma plume semble mon seul allié.

Ne vois-tu pas que derrière ces milliers de morts se cachent autant de destins ? des milliers de mères qui pleurent leur fils ? des milliers d’amis qui ont perdu leur confident ? Ne vois-tu pas que ce sont des milliers d’espoirs qui sont balayés ?
Chaque personne venant d’un pays dit développé ne doit son confort de vie qu’au hasard de son lieu de naissance… Le jour où chacune de ces personnes aura compris que derrière les statistiques il y a des vies, l’humanité aura fait un grand pas.
Être né sous d’autres tropiques ne fait pas de l’autre un moins-humain.

Ami lecteur, voyageur d’un jour ou au long cours, je t’en prie, lors de ton retour en France, conserve ton ouverture à l’autre et considère chaque vie humaine pour ce qu’elle est, sacrée.

Sois choqué à chaque fois que tu entends parler des « migrants » comme s’ils n’étaient que des chiffres. Sois choqué à chaque fois que tu vois des images bafouant leur humanité. Parles-en autour de toi. Indigne-toi. Refuse ce qui te choque.
Si nous acceptons la manière dont les politiques et les médias déshumanisent ces personnes, c’est notre humanité que nous sacrifions.

Pour approfondir…

Pour rendre quelque peu de dignité aux personnes désignées par le mot « migrants », je te conseille l’écoute de l’excellente émission de radio D’ici, d’ailleurs à retrouver en ligne.

Deux livres Le ventre de l’Atlantique de Fatou Diome, Si tu cherches la pluie, elle vient d’en haut de Yahia Belaskri et un film La Pirogue de Souleymane Seye Ndiaye rendent aussi un peu d’humanité à ces drames banalisés.

La même Fatou Diome a aussi un propos plus que pertinent à ce propos et je vous invite à regarder (et à diffuser?) son discours.

 

- Mise à jour du 12 septembre 2015 -

Quatre semaines après avoir rédigé ces lignes, les choses ont changé. Depuis le 2 septembre, le monde entier s’est ému devant la photo d’un enfant syrien, Aylan Kurdi, étendu mort, le visage dans l’écume des vagues.
Une photo peut-elle changer le cours des choses ? L’avenir nous le dira.
Mais déjà, on parle un peu plus d’humains et non seulement de statistiques.
A l’image du cliché de Phan Thi Kim Phuc, la petite fille vietnamienne courant nue après avoir été brûlée au napalm en 1972, la photo d’Aylan Kurdi marquera peut-être une génération et fera prendre à chacun de nous nos responsabilités

17 Responses to “Les « migrants » et le colibri…”

  1. Je suis un petit colibri comme toi! Tes mots et tes émotions résonnent en moi très fort! Je suis passée à Kos, il y a 2 semaines, en escale de mon voyage au long cours et je peux t’assurer que les naufragés que j’y ai vus m’ont bouleversée! Je revois cette jeune femme enceinte de 8 mois. Dans quelles conditions va t’elle mettre au monde son enfant? Je repense à ses enfants par terre qui tentaient de s’ occuper avec rien pendant que leurs mères épuisées somnolaient à même le sol…. Ces hommes qui marchaient sans but sur le front de mer. Partout des personnes en détresse…Ces images me font mal et les discours de rejet encore plus! Ma colère gronde tout au fond des tripes… Notre société dite moderne perd son empathie tout au fond de son matérialisme dominant. Je crois pourtant en la force des colibris… J’y crois et parfois je me désespère.
    Après mon passage à Kos, j’ai écrit ce billet : https://carnetdevoyagenath.wordpress.com/2015/08/14/de-la-turquie-a-la-grece-un-saut-de-puce-pour-nous-un-gouffre-pour-dautres/
    Il n’a pas le talent de ta plume mais il a le même objectif : témoigner, sensibiliser.

  2. Anne dit :

    Tous les voyageurs n’ont pas l’esprit ouvert… j’ai croisé en Tunisie un français qui y passe chaque année 1 mois et qui disait « ah, non les Arabes, c’est pas possible » (en moins nuancé).
    Ça me bouleverse de voir ces hommes et ces femmes qui ont tout quitté parce que de toute façon, ça ne pouvait pas être pire. Mais à part l’expliquer à mon fils, je suis assez démunie…

    • Ye Lili dit :

      Merci pour ton mot Anne.
      L’expliquer à ton fils, en parler autour de toi… et résister à « l’acceptation ordinaire » si je puis dire, c’est déjà ça je crois.

      • Anne dit :

        On en parle encore plus depuis hier, quand on lui a montré la photo de ce petit garçon…
        Si déjà on faisait attention aux mots, en parlant de réfugiés, pas de migrants…et en leur offrant ce que ce « titre » leur procure ici!

  3. Laurence dit :

    L’être humain, quelque soit sa culture ou son continent, se déplace depuis des siècles toujours pour les mêmes raisons: tenter d’avoir une vie meilleure: du paléolithique à nos jours… Alors tenter de briser cette dynamique en imposant de la violence, de l’indifférence… est illogique et ridicule. Plutôt tenter de percevoir l’autre dans le respect même si nous ne pouvons résoudre tous les problèmes de la terre.

    Laurence

    • Ye Lili dit :

      Merci Laurence pour ton mot, très juste !
      Et le pire, c’est quand étant si strict en Europe, on empêche lesdits « migrants » de passer une partie de leur vie sur leur terre d’origine. Si les lois étaient plus souples, nombreux seraient ceux qui ne passeraient qu’une partie de leur vie (ou même de l’année) ici et qui feraient des allers-retours…

  4. Astrid dit :

    Coucou,
    Juste quelques mots pour te dire que ce texte fait écho en moi, et je ne pouvais terminer ma lecture sans ajouter une ou deux réflexions que je me fais souvent. Tout d’abord, tu as tout à fait raison lorsque tu expliques que nous ne pouvons voyager et parcourir le monde tout en restant indifférents à ces drames humains qui se déroulent en bas de chez nous : cela serait manquer de respect à toutes ces belles personnes que nous avons croisées en route – qui souvent nous ont bien aidées – et dont nous nous targuons ensuite d’avoir fait la connaissance en brandissant quelques photos trophées. J’ai travaillé avec les migrants durant six ans en France, et depuis deux ans je vis sur les routes du monde. Tu as donc choisi un sujet qui me tient tout particulièrement à cœur. Si je peux me permettre, j’aimerais ajouter à tes quelques lignes qu’en tant que voyageur, et ce quelle que soit la façon dont nous vivons notre aventure, nous avons une part de responsabilité dans cette quête éperdue de l’Eldorado, où beaucoup perdent tout, voire la vie. En dépensant sur les marchés locaux quelques dizaines d’euros pour nos petits souvenirs, c’est souvent l’équivalent d’un mois de salaire local que l’on jette banalement à la figure du vendeur. Certes, nous faisons fonctionner le commerce (je vois venir les mauvaises langues…), n’empêche, c’est aussi une façon de clamer que chez nous, nous sommes riches et la vie est belle. Lorsque l’on allume TV5 monde à l’autre bout de la planète, et que certains spots publicitaires vantent les mérites d’une certaine marque de bouffe pour chiens, qu’en penser lorsque la faim touche un tiers de la population locale? Tout cela sans parler du prix d’un billet d’avion qui représente un nombre impensable de mois de salaire local dans beaucoup de destinations (de même pour un passeport, une nuit d’hôtel…). Bref, tout cela pour dire que l’idée de tout quitter pour tenter de trouver une vie meilleure n’arrive pas toujours par hasard, et que l’image que nous renvoyons trop souvent est erronée et contribue à jeter beaucoup d’hommes dans la gueule du loup. J’ai commencé il y a deux semaines un article sur ce sujet, je t’enverrai le lien lorsque je l’aurai publié.
    Bel article en tout cas… Bonne continuation à toi :)

    • Ye Lili dit :

      Merci Astrid pour ces lignes.
      Clairement l’envie d’Europe ne vient pas de nulle part. Ce continent est un vrai « miroir aux alouettes », comme le dit souvent mon mari. Et un peu d’humilité (voire de décence) des voyageurs occidentaux ne ferait pas de mal en effet.
      Et oui, écris cet article et envoie moi le lien !

  5. Je danse le tango argentin et ce week-end, j’ai justement assisté à une conférence sur les racines du tango. Il y était dit que Buenos Aires a été fondée par des migrants ; au XIXème siècle, plus de 50% de la population est issue de migration et la ville voit accoster à son port des milliers de migrants tous les jours. Du coup, la ville s’est organisée pour les accueillir, et non pour les rejeter, et ça à fonctionné. Ça fait réfléchir…

    • Ye Lili dit :

      Clairement, ce type d’exemple n’est pas isolé je pense et l’on gagnerait à relire l’histoire d’un autre oeil…
      Pour la petite histoire, l’inventeur du tango argentin serait… toulousain, ou du moins né à Toulouse (dans la misère je crois) avant d’avoir émigré tout bébé en Argentine :)

      • Inconnu dit :

        Petite précision sur l’Argentine : Migrants qui se sont imposés sur un nouveau territoire c’est vrai mais au prix de l’extermination de la population locale : Toutes les tribus indigènes. Il n’en reste quasiment plus là-bas contrairement au Brésil même si, au Brésil, là-bas aussi, l’hécatombe a été importante. Je pourrai citer en Argentine, le peuple quilmes qui a été obligé de quitter son territoire dans le Nord-Ouest Argentin par la force des colonisateurs. Obligés d’effectuer 2000 km à pied pour rejoindre Buenos Aires et être parqué en banlieue jusqu’à ce qu’au fil des siècles, ils soient noyés, dilués puis disparaissent en tant que peuple, culture, tradition, ethnie et histoire. Je ne te parle de la conquête du désert vers la Patagonie qui a vu le peuple Tehuelche exterminé. Bref, aujourd’hui, les indigènes c’est nous, chers amis ! Et je vous garantis que nous, en tant que peuple, culture, tradition, ethnie et histoire sommes aussi admirables que l’étaient les indigènes des Amériques !

  6. Inconnu dit :

    Si je peux me permettre (bien que je ne sois pas sûr que mon message soit publié car discordant) : 1/ Je ne pense pas que le problème des « migrants » ou « clandestins » soit passé sous silence. Les media en parlent à longueur de journée. Tout le monde en parle sur les réseaux sociaux, dans la vie quotidienne. Les associations, les politiques et tous, nous saisissons de cette réalité. J’ai voyagé dans de nombreux pays, en mode « roots ». J’ai délaissé ma vie professionnelle pendant de nombreuses années pour parcourir notre planète, aller à la rencontre de ces peuples qui la composent, découvrir cette nature sacrée. Je suis désolé de te dire que cette tragédie des migrants a des causes clairement identifiées et que sur ces sujets-là, l’émotion produit bien souvent l’inverse des effets recherchés. Ce que je veux dire c’est que la bonté « bisounours » à tout va provoque plus de drames qu’elle n’apporte de solutions. C’est le fameux proverbe de Bossuet « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes ». Je sais que c’est difficile à comprendre et je partage ta détresse face à cette situation mais malheureusement ces phénomènes historiques proviennent de force suffisamment puissante pour que la seule bonté ne suffise ni à les comprendre ni à les résoudre. Il faut une approche différente : une approche holistique et qui dit holistique dit forcément politique. Alors je sais que notre société est bien dépolitisée et c’est là la force du système : S’accaparer les tenants et les aboutissants de ces phénomènes pour concentrer sans cesse plus le pouvoir entre peu de mains. Bref, petit conseil : se tenir éloigner des associations d’aides aux migrants qui effectuent un travail illégal. Deuxième conseil : regarder cette vidéo de Debray ( https://www.youtube.com/watch?v=GAHiPGPm1k4 ) qui était un internationaliste convaincu (donc sans-frontiériste et tiers-mondiste) mais qui a bien évolué sur ces sujets. Pourquoi a-t-il évolué? D’abord parce que la situation a évoluée. Ensuite, parce que c’est un philosophe (donc un peu intelligent). Je te souhaite de trouver les bonnes réponses à tes questions. Avois du cœur n’est pas incompatible avec perte de l’esprit critique comme on essaye de nous faire croire ! Humainement L’Inconnu

  7. Marlene dit :

    Bonjour!
    Je découvre ton blog grâce à Hellocotton et je te remercie pour cet article. Ca fait plusieurs semaines que je tente d’écrire un article sur les migrants mais je n’y arrive pas. Je suis moi-même issue de l’immigration et je milite un peu avec les sans-papiers à Bruxelles. Je constate que l’injustice est partout. :(

    Merci encore !

  8. Moi aussi, j’ai été très touchée par ce qui se passe actuellement en Europe. Nous sommes au Pérou, donc très loin, mais j’ai du mal à comprendre famille ou amis qui réagissent de façon violente envers les migrants. On protège son niveau de vie, mais on ne s’intéresse pas aux autres. Evidemment il faut trouver des solutions au long terme (ce qui normalement devrait être travail de nos hommes politiques, n’est-ce pas?), mais pour le moment il s’agit de gérer l’urgence d’une façon humaine et adaptée.

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