Petite bibliographie sélective d’une grande littérature haïtienne (suite et fin !)
Déc 05, 2017 ArtHaiti No responses

Cet article est la suite de ma petite bibliographie sélective pour découvrir Haïti autrement

Dans les rues de Jacmel, Haïti

Poésie à Jacmel avec René Depestre

Vous avez sans doute suivi mon énorme coup de coeur pour la ville de Jacmel lors de mon voyage en Haïti. J’ai découvert là-bas l’existence de René Depestre, auteur jacmelien. Il a notamment écrit Hadriana dans tous mes rêves, primé par le prix Renaudot en 1988. J’ai adoré ce livre que je n’ai pas lâché du début à la fin. Poésie, art et surnaturel se mêlent dans la ville de Jacmel – une superbe immersion dans un Haïti méconnu…
Voici ce que nous en dit la quatrième de couverture :
Jacmel, en Haïti. En 1938, au moment du Carnaval. C’est la fin de Germaine Villaret-Joyeuse, la chère marraine du narrateur et, en même temps, les noces de l’éblouissante Hadriana Siloé. Conduite à l’église, Hadriana pousse un oui hallucinant de détresse et s’écroule, morte, aux pieds de l’officiant. Mais nous sommes au pays vaudou et il n’y a pas de mort qui tienne. À peine enterrée dans sa belle robe blanche, Hadriana se prête au rituel de la métamorphose, et renaît sous l’espèce mythique d’une zombie. Dès lors, le jeune narrateur laisse se débrider son humour et son imagination, dévoilant la scène haïtienne dans toute sa fantaisie, sa sensualité, sa magie démontée et son désordre. Comme si la joie de vivre et la terreur de passer à trépas relevaient d’une seule et même énergie.

Des vers de René Depestre ornent ces escaliers de Jacmel…

Mais aussi Laurent Gaudé, Louis-Philippe Dalembert…

La liste pourrait s’allonger encore, mais je vais (presque) m’en tenir ici pour cette « petite » bibliographie sélective… Je termine avec ces trois derniers coups de coeur parmi l’immense offre de la littérature haïtienne :

L’autre face de la mer de Louis-Philippe Dalembert, Haïtien né à Port-au-Prince et grand voyageur. Un superbe récit, poétique par moment et effroyable par d’autres. « Longtemps, j’ai rêvé de traverser l’océan, comme on enjamberait une flaque d’eau, pour aller voir le point de jonction du ciel et de la terre, les racines mêmes de l’horizon. » Peut-on dissocier la mer du rêve d’un Ailleurs ? Assurément, non. Dans une fresque familiale, romanesque et poétique, le lecteur écoute les récits de la vieille Grannie et de son petit-fils Jonas dans une véritable fable sur la migration…

Danser les ombres de Laurent Gaudé. J’aime beaucoup cet auteur français (regardez mes lignes sur Eldorado ou Ouragan pour vous en faire une idée), et une fois de plus, il ne m’a pas déçu. J’ai adoré ce roman et vous conseille fortement de le lire. Je laisse la parole à l’auteur qui parle superbement de son oeuvre :

À Port-au-Prince, le promeneur est sans cesse bousculé d’un sentiment à l’autre. La laideur, la violence, les détritus, le désespoir, tout cela côtoie, touche, embrasse le sourire, la grâce, la dignité. Il y a dans cette ville une tension, un rythme qui m’a fasciné parce qu’il fait écho à celui de ma phrase. Tout est sec et rapide et en même temps l’épopée et le lyrisme ne sont jamais loin. Tout va vite à Port-au-Prince. Le bruit est partout. Le chaos vous saute au visage. Mais la réalité désamorce sans cesse vos attentes et vous offre, au moment le plus inattendu, un instant de grâce. J’aime ces mariages des extrêmes. Tout est là. Tout est possible. Et puis, il y a le peuple de Port-au-Prince qui fait, chaque jour, un effort prodigieux pour vivre. Car rien n’est simple, rien n’est aisé. C’est cela que je veux faire entendre dans mon roman : le rythme de Port-au-Prince. Sa frénésie permanente. J’ai écrit Danser les ombres pour raconter la vie courageuse, têtue, obstinée, de ces hommes et de ces femmes qui luttent chaque jour contre la dureté de la vie. Lucine, Saul et tous les amis qui fréquentent l’ancien bordel chez Fessou s’accrochent à cette idée : construire une vie animée par le désir. S’affranchir de la nécessité. Être libre et, pourquoi pas, heureux. J’ai écrit Danser les ombres pour parler du séisme, de cette force qui vient mettre à bas la vie des hommes et les laisse démunis, nus. Mais j’ai écrit Danser les ombres, surtout, pour faire ressortir la beauté de ceux qui luttent, même petitement, même dérisoirement, ceux qui s’arcboutent pour rester debout, ceux qui continuent à croire à la fraternité et à la possibilité de l’amour.

– Un dernier livre dans un autre style, un livre d’art, un livre de photos : Karnaval de Corentin Fohlen avec des textes de René Depestre. Rappelez-vous, j’avais interviewé Corentin Fohlen et ne peux que vous inciter à vous procurer ce superbe ouvrage, ici encore tout en poésie et en beautés…

Ainsi s’achève cette bibliographie pour découvrir Haïti par la littérature. Cette liste s’allongera peut-être à l’avenir, ma soif de découverte de ce pays n’étant pas prête à s’étancher…

Ces livres vous donnent-ils envie de découvrir Haïti ?
Je l’espère ! N’hésitez pas à me dire ce que vous en pensez dans les commentaires…

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