Cet article dort dans les brouillons de ce blog depuis plusieurs mois. Ou soyons plus précis, cet article dort en moi depuis plusieurs mois.

binationale

Suite à un voyage au Mali

Je vous le racontais par bribe en ces colonnes il y a quelques temps déjà, je suis partie au Mali pour la première fois en décembre 2015. Un départ plein d’émotions, car je rencontrais pour la première fois ma belle-famille, dont je ne connaissais que ma belle-mère. Aussi car je présentais mon Fils à son second pays.
Ce fut un voyage émouvant, prenant, mais peu dépaysant. C’était pourtant la première fois que mes pas se posaient au Mali.
Je l’écris ici parfois, mon cœur est à moitié malien. Le Mali fait bien sûr partie de ma vie depuis mon mariage avec mon cher et tendre venu de là-bas, mais j’ai le sentiment qu’il fait partie de ma vie depuis plus longtemps que cela aussi. J’écoute et j’apprécie la musique malienne depuis plus de 15 années, je danse sur des rythmes de là-bas depuis longtemps aussi.
Peut-on devenir citoyen d’un pays uniquement par amour pour ses arts ? Je n’en sais rien. Mais du Mali, je ne connaissais aucun paysage il y a peu, et je ne connais maintenant que Bamako, le reste du pays étant encore trop peu fréquentable. Mais aujourd’hui, et depuis vingt deux mois exactement, une autre raison me fait sentir malienne.

Vous le savez, amis lecteurs, si vous fréquentez ce blog depuis quelques temps : je suis maman d’un petit trésor depuis mars 2015. Son père étant malien, il a lui-même acquis la nationalité malienne lors de notre voyage à Bamako. Je ne me suis pas longtemps posée la question : j’ai moi-même acquis la nationalité malienne.
Pourquoi ? Peut-être par simple solidarité administrative : il m’a fallu exactement 4 jours de démarches pour obtenir la nationalité malienne, là où il faudra 4 années de mariage à mon mari pour obtenir la nationalité française… Mais aussi et surtout pour que toute notre famille ait la double nationalité franco-malienne.

Double culture ?

Je me questionne beaucoup sur la double culture. Comment faire pour que Fils tire le meilleur de chaque culture, se sente et malien et français, et ne se retrouve pas sans repère, considéré comme un Malien en France et comme un Français au Mali, considéré comme un Noir en Europe et comme un Blanc en Afrique. Comment faire pour qu’il comprenne pourquoi ses grands-parents ne vivent pas de la même manière ? Pour qu’il comprenne pourquoi ses parents ont des habitudes, des attitudes et parfois même des pensées différentes ?
Je n’ai pas de réponse préconçue à ces interrogations et les réponses évolueront sans aucun doute au fil du temps. Mais, il y a quelques mois, j’ai eu l’intuition forte que si nous étions tous trois autant français que maliens, le chemin serait plus aisé.

J’ai donc pris la nationalité malienne et j’en suis très heureuse : j’ai officiellement une double identité, une double culture.

Deux petits hasards de l’actualité…

…m’ont ensuite confirmé dans ce choix !

Alors que j’atterrissais sur le tarmac de Roissy, en janvier 2016, je ne savais pas qu’une charmante polémique politico-politicienne faisait rage : fallait-il ou non déchoir de la nationalité française les Binationaux ? Quel triste accueil… tellement à l’image de la conception de l’accueil des étrangers en France de nos jours, vu par le prisme unique du repli sur soi…
Ce n’est pas dans cette France que je veux vivre. Alors je continue et continuerai à témoigner sur ce blog (et peut-être ailleurs qui sait) que la diversité des cultures est une richesse !

Un bel hasard littéraire me permet heureusement de clore cet article sur de meilleures pensées. 2016 a été l’année de la sortie de Petit Pays, le premier livre de Gaël Faye, un chanteur franco-rwandais. Ce superbe opus littéraire revient sur la jeunesse de l’auteur au Burundi où il raconte le glissement d’une enfance naïve à la vie dans un pays en guerre civile.
Lors d’une interview à la radio, Gaël Faye explique qu’on lui demande sans cesse de définir son identité, en qualité de franco-rwandais. Il a alors ces superbes paroles :

Je ne suis pas 50% français et 50% rwandais, je suis 100% français et 100% rwandais.

Voici ce que je souhaite par l’acquisition de notre double nationalité familiale : que Fils ait la chance de se sentir 100% français et 100% malien…

 

19 Responses to “Binationale: pourquoi je suis devenue Franco-Malienne.”

  1. Un très bel article plein d’intelligence et de sensibilité, une démarche originale que je ne connaissais pas (je ne savais pas que ça serait si facile !) et que je trouve intéressante !

  2. Sandrine dit :

    Bel article, belles déclarations d’amour

    rien d’étonnant niveau immigration, ça fait juste du bien de te lire, et d’entendre des voix qui signalent que non, nous ne sommes pas une terre d’accueil, clairement non, contrairement à tout ce que les politiques veulent nous faire entendre.

    Y a pas à dire, les voyages forment l’esprit…. l’amour aussi
    Belle démarche, pleine de sens, et bel esprit de famille.
    Bref, c’est beau, alors merci pour ça ! :)

    • Ye Lili dit :

      Merci Sandrine !
      Tes mots me font bien plaisir, car je me sens presque dans l’obligation de témoigner, moi qui ai des outils pour le faire, alors que bien d’autres sont « sans-voix »…

  3. Laurent dit :

    Oh bah ça, une nationalité en plus, ça n’est pas tous les jours dis moi. Il va falloir que nous trinquions à ça un jour :-)

  4. Patricia dit :

    Un sujet qui me touche beaucoup, merci Aurélie pour ce partage!
    Si je peux me permettre en tant que métisse franco-béninoise de donner ma vision concernant tes inquiétudes pour ton fils (qui est vraiment trop mignon au passage :D), je pense que pour qu’il ait des repères entre les deux cultures et qu’il se sente malien et français à 100% il faut aller régulièrement au Mali pour qu’il s’approprie la culture en étant en immersion complète.
    Et enfin, de part mon expérience et celle de mes frères et sœurs, cousins, cousines métisses comme moi, être considéré comme blanc en Afrique et comme noir en Europe est inévitable, mais en grandissant on apprend à en jouer et c’est vraiment une grande force!

    • Ye Lili dit :

      Merci de tes mots ici Patricia.
      Réaction de mon mari à la lecture de ton commentaire « Elle a tout dit! ».
      Et oui, 100% d’accord avec toi sur les déplacements au Mali. Fils devrait y avoir été deux fois avant ses deux ans, on est sur la bonne voie…
      Quand aux questions de Noir ici et Blanc là-bas, j’espère que son chemin sera comme le tien !
      A bientôt, ici ou là :)

  5. Nicole dit :

    Merci Aurélie pour ce bel article. Je me retrouve dans tes réflexions sur la culture malienne. Cela fait du bien en ces temps difficiles pour le vivre ensemble. Bonne soirée. Nicole .

  6. Corinne dit :

    J’ai eu ma double nationalité aussi (un peu plus difficilement, haha :p) et je suis de tout coeur avec toi dans le raisonnement! En Suisse on nous l’a dit à la cérémonie, avoir la double-nationalité c’est enrichir la culture de notre nouveau pays de notre sensibilité et de notre savoir d’ailleurs!

    • Ye Lili dit :

      Coucou Corinne,
      merci pour ton mot ici :)
      Oui j’avais suivi pour ta double nationalité, félicitations à toi…
      « La double-nationalité c’est enrichir la culture de notre nouveau pays de notre sensibilité et de notre savoir d’ailleurs! » c’est une bien belle intention dis donc!

  7. Sophie dit :

    J adore vous lire . Bises à vous 3

  8. Caro dit :

    Très bel article, le monde serait plus beau si tout le monde pensait comme ça…

  9. Anne dit :

    Je partage l’avis de Patricia, ce n’est pas tant un papier qui compte, mais le temps passé et partagé. Et donc si ton fils et toi vivez la même immersion, oui, ce sera un beau chemin!

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