Passerelles #2, juste avant le Mariage
Mar 03, 2015 Couple Mixte 10

Voici bien longtemps que cet article sommeillait en moi.
Et puis il y a eu l’après-Charlie Hebdo, toutes ces questions, cette période de doute, cette peur de plus en plus forte de l’islamalgame. Pourtant je n’aime pas ressentir la peur et moins encore être guidée par ce sentiment. Du coup j’ai décidé d’agir. Très modestement, à ma toute petite échelle, et telle une goutte d’eau dans cet océan médiatico-internetisé, je me suis décidée à témoigner du quotidien de mon couple mixte franco-malien, islamo-chrétien.

Je vous parle aujourd’hui d’une période importante de ma vie. La scène se passe il y a tout juste deux ans, en février 2013. Mon cher et tendre vient de me demander ma main. Je suis sur un petit nuage.

Notre mariage, facilité par le GFIC

Les doutes

Puis vient l’annonce aux proches. Et là, ce sont les nuages lourds qui se mêlent à la partie. « Ne vous mariez-vous pas un peu vite ? » « Y a-t-il des choses derrière ce mariage que nous ne savons pas ? » « Et… il est musulman. »
Là où tout devait être joie, rose et petit nuage arrivent les doutes, la grise humeur et la tempête. Je ne trouve pas de réconfort chez certains amis pourtant proches. Je me pose malgré moi des questions. J’en parle ouvertement à mon futur, M. Nous ne savons que faire.

C’est alors que nous recevons le meilleur conseil de l’année – peut-être même de la décennie.
Nous sommes en pleine préparation chrétienne de notre mariage. De culture catholique, je ne sais pas dans quelle mesure la foi existe vraiment en moi, mais je sais depuis toujours que la préparation au mariage, si elle est faite avec un prêtre de confiance, peut amener à se poser de bonnes questions. Le prêtre qui nous suit, dans cette paroisse du 18ème arrondissement de Paris ne sait pas plus que nous quoi faire. C’est la première fois qu’il accompagne un couple mixte. Ce prêtre mesure l’étendue de nos questions, mais a la modestie d’admettre qu’il n’a pas de réponse. Il nous propose alors de prendre contact avec le Groupe des Foyers Islamo-Chrétiens (GFIC), animé notamment par un prêtre qu’il connaît.

Rencontre avec le GFIC

C’est ainsi que nous prenons part à trois jours de réflexion lors d’un week-end organisé par le GFIC. Nous n’y trouvons aucune recette miracle. Mais nous rencontrons par contre des couples et des familles vivant leur mixité religieuse et culturelle depuis des années, voire des dizaines d’années. Aucun modèle, leçon ou même conseil, juste des expériences, des récits de vie, des partages de périodes douloureuses ou heureuses.
Nous y comprenons que la réaction de nos proches est la même dans la majorité des couples présents. Tant que l’histoire reste au niveau du « flirt », personne ne s’inquiète. Mais à l’approche de l’étape du mariage, branle-bas de combat dans toutes les familles : le fils ou la fille est perdu, le conjoint est stigmatisé dans toutes ses différences. Immédiat soulagement de M. et moi: nous nous sentons enfin compris.

Pendant ces journées, nous assistons aussi à une excellente conférence d’Aldo Naouri. Ce dernier remet les choses à leur place : les parents des futurs mariés ont juste peur de voir leur enfant partir, y sentent inconsciemment l’approche de leur propre fin et prennent simplement le prétexte de l’altérité pour mieux essayer de dissuader leur petit de quitter le nid. La différence de culture ou de religion est tellement facile à mettre en scène à ce moment-là. Schéma très classique et absolument pas tourné personnellement contre le conjoint « différent ». Nouveau soulagement de M. et moi… Vous pouvez lire ici une retranscription de cette conférence.
Nous comprendrons bien d’autres choses pendant ces journées, mais certaines sont trop personnelles pour être ici relatées.

La suite…

Quand nous retrouvons « notre » prêtre du 18ème arrondissement, nous partageons nos soulagements et réflexions avec lui. Il résume assez bien ce qu’il nous reste à vivre : à M. et moi d’être un exemple de partage, de communication, d’échanges dans notre interculturalité.
A nous de montrer que nos deux mondes ne sont pas verrouillés et que des passerelles sont possibles.
Plus encore, nous comprenons que c’est à nous de créer un quotidien unique en retenant le meilleur de nos cultures et éducations.
L’attitude de mes proches évolue au fur et à mesure que je me fais plus tolérante et ouverte à leurs craintes. Ne prenant plus leurs peurs à titre personnel, la communication est facilitée.

La suite vous la connaissez en partie : ce fut une superbe journée de septembre 2013 que j’ai déjà relatée en ces colonnes, et depuis un quotidien que nous créons jour après jour à notre image, indépendamment de tout modèle, recette ou idée préconçue…

Par ces quelques lignes, qu’il m’aura fallu plus d’un an et demi pour écrire, je souhaite aussi partager cette période si singulière avec d’éventuels futurs couples mixtes, puisse notre expérience les inspirer et les aider un tout petit peu…

En savoir plus sur le GFIC 

10 comments on “Passerelles #2, juste avant le Mariage

  1. Est-ce finalement si différent? ne pas oublier l’autre, prendre soin de lui et l’aimer… au-delà des différences… Peut être que c’est plus difficile lorsque les enfants arrivent, mais si on communique, on doit pouvoir avancer!
    Beaucoup de bongheur à vous!

    1. Non, c’est certainement commun à un couple classique. Mais il y a le poids de la famille, de la société dans laquelle on vit. Et de nos jours, c’est très loin d’être anodin!
      Merci pour tes voeux de bonheur.

  2. Je suis toujours impressionnée par les couples mixes, car j’ai entendu dans mon entourage des histoires moches. Des parents à qui ont demande si l’enfant est bien le leur, des mères à qui ont parle comme si elles n’étaient que des baby-sitters.
    Merci de ton témoignage et de la présentation de votre week-end de réflexion !

    1. Il y a sans doute de la « mocheté » dans ces histoires, mais aussi beaucoup, beaucoup de beautés. Et c’est bien de cela que je souhaite ici mettre en lumière, à ma petite échelle 🙂

  3. C’est lors de la naissance d’un enfant qu’il faut être plus à l’écoute et échanger avec son conjoint à travers les valeurs que les parents souhaitent transmettre. Etant marié aussi avec un malien depuis quelques années, tout se passent bien dans nos familles. Après l’on échappe pas aux remarques quotidiennes mais là notre rôle d’expliquer et de réexpliquer… afin de faire tomber les préjugés.

  4. Je ne connaissais pas ton histoire, mais je pense que dans toutes les familles les réactions seront les mêmes. La génération de nos parents est finalement assez fermée et celle de nos amis – cela dépend de leurs voyages et leurs expériences. Ceux qui sont toujours restés en France ont généralement des avis beaucoup plus tranchés et préfabriqués que les autres…
    C’est quand même génial que cela fait déjà 3 ans que vous êtes heureux ensemble – et montrer que c’est possible de trouver un consensus entre deux cultures. (Ce qui devrait être normal d’ailleurs, non ?)

  5. Je ne réponds pour ainsi dire jamais sur des forums ou des blogs, mais ton texte a vraiment trouvé une résonance en moi, je me devais de réagir !

    Mariée depuis avril dernier avec un Sénégalais, je me suis tellement retrouvée dans ton témoignage ! Il m’a donné du baume au coeur pour la soirée et résume très bien mes convictions profondes concernant, d’une manière générale, les couples mixtes !

    Nous avons eu pas mal de chance, car notre famille a globalement bien accepté cette union (hormis un oncle qui a refusé de venir à notre mariage…) ! C’est vrai que les inquiétudes des autres sont assez difficiles à vivre ; sachant que se lancer dans l’aventure du mariage n’est pas une décision anodine, et nous devons également faire face à nos propres peurs et doutes… Pourquoi donc en rajouter ? J’ai parfois l’impression qu’un couple mixte doit « prouver » sa légitimité, bien plus qu’un couple « classique ». Comme si on (la famille, la société) nous attendait au tournant : vont-ils tenir ?

    Malgré ces difficultés, je suis fière du symbole que représente notre couple… et estime qu’en ces temps troubles, il est important de l’assumer pleinement. Ne serait-ce pas une voie possible vers l’union des peuples ? Idéaliste peut-être… Mais en tout cas, c’est dans la réalité que nous essayons de faire cohabiter nos ressemblances et différences ! Et tout cela, évidemment assaisonné d’amour et de tendresse !

    Merci encore pour l’article !

    1. Re-bonjour Hélène,
      je viens de répondre à ton email envoyé hier, et je réalise que tu es la même personne dont le commentaire m’avait fait tant plaisir. Je me l’étais gardé dans mes mails à traiter.
      Mille mercis d’avoir pris le temps d’écrire ces lignes: ça me touche vraiment que mon expérience puisse résonner en toi.
      Ce que tu écris ici « Malgré ces difficultés, je suis fière du symbole que représente notre couple… et estime qu’en ces temps troubles, il est important de l’assumer pleinement. Ne serait-ce pas une voie possible vers l’union des peuples ? Idéaliste peut-être… Mais en tout cas, c’est dans la réalité que nous essayons de faire cohabiter nos ressemblances et différences ! Et tout cela, évidemment assaisonné d’amour et de tendresse ! » me parle beaucoup beaucoup.
      Oui soyons idéalistes, soyons des symboles, soyons tendres, soyons amoureuses: je plussoie à tout ce que tu écris ici 😀
      Amitiés !

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